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Du 28 déc 2020
au 28 déc 2020

CONTE À REBOURS DE NOËL

Le chat et la souris, tel est pris qui croyait prendre... Voilà, en plus subtil les fêtes d'Alix Cordouan, les fêtes d'une arroseuse manipulée. Une contribution spirituelle à l'appel à l'écriture monBestSeller : Je ne me suis pas reconnue
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Il y avait des semaines que l’approche de Noël me taraudait comme une menace latente, confinée dans une partie de mon cerveau.

Dans mon deux-pièces cuisine de Pantin acheté sur les conseils de mon père qui ne jurait que par la pierre (il reposait depuis au cimetière de Pantin sous une dalle de granit de 500 kg, ce qui dénotait d’une certaine constance), je me posais encore des questions sur le bien-fondé de rendre visite à ma mère pour Noël.

À 35 ans révolus, je venais de « fêter », je ne suis pas sûre que ce soit le terme adéquat, mon anniversaire en compagnie de Caroline et de Sylvie.

Après quelques verres nous avions évoqué nos relations avec les hommes.

Provisoirement en manque d’affection, nous étions prêtes à toutes les aventures pour peu qu’elles nous donnent la sensation d’exister, y compris sous la forme de victime consentante.

Après avoir éclusé un grand nombre de vodkas, Sylvie avait craqué la première.

 

Elle s’était levée d’un bon pour que nous puissions juger du problème qui l’obsédait.

— Avec un cul comme ça, avait-elle dit dans un sanglot déchirant, je ne suis pas près de trouver un mec !

Caroline avait tenté de la rassurer en lui faisant remarquer que, même si elle était bien pourvue côté fessier, elle n’était pas seule dans ce cas, et que nombre de filles gavées de hamburgers et sevrées à la kro dès leur adolescence n’avaient rien à lui envier.

— C’est tout ce que tu as à me dire pour me remonter le moral ? Pourquoi ne pas m’inscrire à « L’amour est dans le pré » pendant que tu y es ? Ce serait le rêve de m’exiler dans un trou perdu avec un mec qui se lève à cinq heures du mat pour traire ses vaches ! Passer sa vie à patauger dans le fumier en bottes de caoutchouc et en combinaison à fermetures éclair, que peut-on espérer de mieux ?

Arrivée au bout de sa diatribe, elle s’était effondrée en larmes dans mon canapé Ikea qui avait failli rendre l’âme.

Caroline et moi n’avions pas le même handicap que Sylvie et même si nous n’étions pas à proprement parler des canons, nous pouvions encore prétendre attirer des mâles dont nous n’aurions pas honte en public.

Notre problème était ailleurs, il nous fallait, à nos âges, trouver la perle rare susceptible de tenir la distance, et c’était là que tout se compliquait.

Nous avions toutes à peu près le même âge et nous devions envisager de nous caser une fois pour toutes avant d’atteindre la quarantaine fatidique qui risquait, nous pensions, de nous mettre hors circuit définitivement.

Si nous ne l’exprimions pas aussi clairement entre nous, c’était bien de cela qu’il s’agissait.

 

Malheureusement, il semblait que nos conquêtes masculines, pour la plupart, ne voyaient pas les choses sous le même angle et prenaient la fuite dès qu’elles sentaient que nous avions d’autres projets que de s’envoyer en l’air le samedi soir entre minuit et cinq heures du matin.

Nous avions toutes fait le même constat, ce qui n’était pas rassurant d’autant qu’au fil des ans les choses ne risquaient pas de s’arranger.

Saoules comme des grives, nous avions fini en pleurs aussi désespérées que des adolescents privés d’internet pendant vingt-quatre heures.

Le lendemain de cette soirée cauchemardesque, j’avais réfléchi à ma condition de femme célibataire, endettée à vie pour payer un appartement dont l’ultime traite interviendrait à un âge où il deviendrait envisageable de me réserver une place en maison de retraite.

Devant ce constat, qui me laissa dans une profonde déprime, je décidais, alors que j’avais jusque- là repoussé cette éventualité, de passer les fêtes avec ma mère, quitte à lui transmettre la Covid19 qui reprenait de la vigueur.

C’était très égoïste, et j’en étais consciente, mais après tout c’était elle qui me tannait depuis des semaines pour que je la rejoigne, prétextant que c’était peut-être les dernières fêtes que nous passerions ensemble.

Ce n’était évidemment qu’un prétexte puisqu’elle était en pleine forme et passait sa vie en voyages lointains avec le club du troisième âge de son bled qui semblait être subventionné par un roi du pétrole.

Mes parents, comme beaucoup avant eux, s’étaient laissé tenter par une maison au soleil, comme si c’était une priorité.

 

Une fois installés dans le midi, ils n’avaient eu de cesse de se plaindre de la chaleur et des trois cent soixante jours de soleil garantis, mais pour rien au monde ils n’auraient reconnu leur erreur.

Ce fut en gare d’Avignon que je débarquais en fin d’après-midi après un voyage éprouvant. Des gosses surexcités n’avaient cessé de brailler pendant tout le trajet, et il était évident que leurs parents commençaient à douter de la pertinence d’un voyage qui, sous prétexte de tradition, risquait de remplir les hôpitaux de la région.

À ma grande surprise, alors que je m’attendais à prolonger mon calvaire par un trajet en car vers le trou perdu où mon père avait cru bon de faire édifier une horrible baraque néo-provençale, un homme jeune que je ne reconnus pas immédiatement s’était dirigé vers moi d’un pas décidé et m’avait appelé par mon prénom.

— Salut Magali, tu as fait bon voyage ?

Ma surprise s’était doublée d’un trouble inattendu quand j’avais reconnu Romain, le fils des voisins de mes parents, avec qui j’avais flirté le temps des vacances à une époque qui m’échappait tant elle me semblait lointaine.

— Salut, avais-je répondu en prenant garde de ne rien laisser paraître.

— Ta mère m’a demandé de venir te chercher, elle a pensé qu’après ton voyage en train...

Je ne lui avais pas répondu trop occupée à le redécouvrir après toutes ces années. Comme le bon vin, il s’était bonifié avec le temps et, pour tout dire, pouvait rentrer largement dans les critères que je m’étais fixés par rapport à mon potentiel de séduction revu à la baisse depuis mon anniversaire.

Pendant le trajet en voiture qui dura une demi- heure, j’eus la surprise d’apprendre qu’il habitait à Paris à un quart d’heure de chez moi et qu’il était lui aussi célibataire.

Décrire ce qui se passa entre nous pendant cette semaine n’aurait rien d’original pour des homo sapiens normalement constitués, sauf peut-être que nous n’attendîmes même pas le lendemain de nos retrouvailles pour aborder les travaux pratiques.

Lui aussi avait apparemment du retard à combler, et sous prétexte de confinement nous passâmes la plus grande partie de notre temps au lit chez lui.

— C’est la magie de Noël, m’avait balancé ma mère ironique en constatant que les cernes qui entouraient mes yeux me faisaient ressembler à un zombi.

C’est ensemble que, mon cadeau de Noël et moi, nous sommes rentrés à Paris en voiture.

Pour une fois, la chance me souriait. Ce jour-là, je ne me suis pas reconnue.

 

— Comment allez-vous Maryse, c’est la mère de Magali au téléphone.

— Tout va bien Christiane, je vous remercie. Romain a l’air heureux comme un pape. Tout a marché comme prévu, et avec un peu de chance nos gosses vont nous foutre la paix un petit moment.

— Croisons les doigts, ça me semble assez bien parti en effet, il faut dire qu’on a fait ce qu’il fallait pour ça. Au fait, je voulais vous dire, ça vous tenterait une croisière en Méditerranée au printemps ? Si l’on réserve tout de suite on peut avoir 30 % de réduction et le forfait avec boissons à volonté offertes.

Alix Cordouan

@la miss 5 Bientôt coupés du monde par la neige, mais c'est si beau ! Je m'extasie, nez collé à la vitre, avec cependant une petite larme pour mon Rhodo dont je me languis déjà ;-). Bien le bonjour chez vous, et ménagez un peu vos bigoudis, à moins que vous n'en ayez reçu quelques jeux pour Noël ;-). Bonne soirée. Michèle

Publié le 29 Décembre 2020

@ la miss 6
J'avoue n'avoir pas tout compris, peut-être qu'il se fait tard. Pour les insultes, désolé de vous décevoir, mais rien ne me vient qui soit adapté à la situation. Je vous promets d'y réfléchir.
Bonne soirée.

Publié le 29 Décembre 2020

@la miss 6 Avant, chère la miss, avant ;-)...

Publié le 29 Décembre 2020

@lamish
Si j’ai pu contribuer à vous faire sourire en cette fin d’année 2020, j’en suis enchanté.
Je vous souhaite une très bonne année 2021 qui, je l’espère, sera riche en échanges sympathiques et chaleureux.
Amicalement,
Jean-Bernard

Publié le 29 Décembre 2020

@Kroussar
Tenter de se mettre dans la peau d'une femme est une chose, y arriver en est une autre, et j’ai encore quelques doutes sur ma crédibilité…
Merci Kroussar pour ce dernier commentaire de l’année 2020.
Je te souhaite le meilleur pour l’année à venir.
Amicalement.

Publié le 29 Décembre 2020

@monbestseller
/n
Vous auriez pu prendre le Costa Concordia et non le Costa Smeralda, afin de corser l'histoire...
Bonne fin d'année à toutes et tous.

Publié le 29 Décembre 2020

Ha, ha, excellente, votre nouvelle, Jean-Bernard :-) ! Rien ne manque à l'appel de ce qui caractérise votre plume... Toujours ce regard critique, caustique, sur la banalité et la bêtise de certains de nos congénères... J'ai bien aimé la chute sous forme d'arroseur arrosé. Merci pour ce partage qui m'a fait sourire et meilleurs voeux pour 2021. Amicalement, Michèle

Publié le 29 Décembre 2020

@Alix Cordouan
/n
Comment fais-tu pour te mettre dans la peau des filles aussi facilement ? Bravo et bonnes fêtes de fin d'année. Amicalement.

Publié le 29 Décembre 2020