Interview
Le 28 mai 2024

Littérature jeunesse : la grande mutation

La littérature jeunesse subit trois grandes influences. Certaines, évidentes, liées à la mode et l'air du temps, d’autres liées aux conséquences indirectes de la pensée woke : le politiquement correct, et enfin à la baisse du niveau moyen des enfants : vocabulaire, grammaire et syntaxe
Littérature jeunesse : retrouver l'actualité des enfants pour gagner des lecteursLittérature jeunesse : retrouver l'actualité des enfants pour gagner des lecteurs

La littérature anglo-saxonne subit une toilette au gant de crin : Agatha Christie, Roal Dhal... en sont les premières victimes

C’est d’ailleurs les coupures drastiques dans les romans de Roal Dhal en 2023, Charlie et la chocolaterie, Matilda… qui ont réveillé les orthodoxes.
Ne plus dire blanc, ne plus dire noir, ne plus dire handicapé...pour éviter des références à toutes formes de discrimination...
Et la molle résistance des auteurs ou des ayant droits n’ont pas suffit à protéger les textes.

En France : Alice, Fantômette et le clan des 7 ont été revampés.  Quant à Martine, on la reconnait à peine tant elle a perdu de son ingénuité.

Moins de description, suppression du subjonctif et du passé simple, suppression du vouvoiement, disparition de verbes considérés comme démodés ou non suffisamment usités, c'est la grande lessive !
Mais ce n’est pas tout. Lever les ambiguïtés est essentiel (sous peine de censure ?) .
Citons l'inévitable Dix Petits Nègres, renommé en 2020 Ils étaient dix dans la version française 
Martine, petite maman devient Martine garde son petit frère car on pourrait croire à une assignation de genre relève Rosalind Elland -Goldsmith, la grande rewriter de tous les "Martine",
Quant aux saltimbanques d’Enid Blyton, ils sont devenus le cirque de l’étoile.

Car ce n’est pas la « bien-pensance » que l’on protège, c’est le concept même des idées originelles

Avec ces nuances, plus que jamais l’enfer se pave de bonnes intentions.
La notion de bien, de mal, de vulgaire, de péjoratif, de manque de tact… disparaissent du même coup. Et d’ailleurs ces mots devraient aussi disparaitre dans cette grande toilette, puisqu’ils n'auront bientôt plus de raison d’être.

Le nous est progressivement remplacé par le on, (Bibliothèque rose et verte). Les expressions sont reprises pour les simplifier : garder le sens mais perdre les nuances (On ne grommellera plus, on grognera
Le passé simple a disparu chez Casterman.

Reprendre les ouvrages jeunesse : Trahison ou adaptation

Qu’en est-il ?
Parler à la nouvelle génération, s’adapter à son vocabulaire, à ses connaissances, vivre avec son temps mérite t’il de modifier le vocabulaire, de changer les termes ?.
il faut  aussi rendre les textes plus actuels, plus naturels. Quant au temps du récit, le présent est plus adapté au temps de l’action. ajoute Rosalind Elland -Goldsmith
Chez Flammarion, au contraire, le choix de préserver les œuvres originales demeure, et l’on s’attache le plus souvent à garder les illustrations d’origine comme Boucle d’or avec Gerda Muller.

Le pavé dans la mare : Harry Potter infirme-t'il tous ces principes ?

Des pavés de 500 pages, une écriture soignée, parfois difficile et nuancée, des intrigues plutôt complexes avec de multiples personnages.
Et des millions de lecteurs  fanatisés de 9-10-11 ans. Ou est l’erreur ?

Si l’air du temps a du sens, c’est sur ce principe unique qu’il faut sans doute se pencher.
Il vaut sans doute mieux écrire que ré-écrire car la frustration s’installe pour tous.
Les anciens qui voient leur littérature d’antan s'étioler et les enfants d’aujourd’hui qui ne se reconnaissent pas ou ne se reconnaitrait pas dans cette littérature.

Créons des Harry Potter bis et ter… pour que les enfants continuent à lire.
Et tant pis pour les vieux enfants

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@monBestSeller
Oui, de préférence pas aux bords du lac BaÏkal ou de l'étang de Walden ;-)

Publié le 28 Mai 2024

@Olivero de Plantada Ingazu
Très sensible à cette citation. Mais une cabane confortable quand même...

Publié le 28 Mai 2024

"Le passé simple a disparu chez Casterman" pourrait être un bon titre de polar ;-)
Tout ce que vous décrivez est bien triste et déplorable mais comment faire... Harry Potter est déjà écrit !
La suggestion de Sylvain Tesson : "Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. (...) Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence - toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu."
C'est sur cette belle note d'espoir que je vous salue et vous remercie pour cette actualité.
La bise,
Oliv'

Publié le 28 Mai 2024