Interview
Le 02 juin 2016

"James & Cie Les Écarts" ou faire de la toile un nouveau support de création.

Avec le numérique, toute forme d'expression se renouvelle, fond et forme. James & Cie l'illustre. Son créateur Romain Ravenel s'est illustré par ses médiations artistiques mixant illustration et écriture. Son personnage James vous a souhaité ses vœux via monBestSeller. Aujourd'hui, il reprend la scène.
James & Cie - Romain Ravenel - monBestSeller.com"James & Cie : collectif d'auteurs/personnages ou de personnages/auteurs dessinés, à vous de choisir."

James met en scène les joies et les doutes des auteurs indépendants...

Nouvelle complicité entre James & Cie et monBestSeller : une chronique illustrée publiée deux fois par mois sur les réseaux sociaux. James s'y met en scène au pays des auteurs indépendants. Au programme : excitation, frissons, inquiétudes… de l'auteur sur le web. Présentation et explications avec son créateur, Romain Ravenel.

Question: 

Romain Ravenel, pouvez-vous nous tracer un petit autoportrait ?

Réponse: 

Je suis né à Metz. J'ai fait des études universitaires en Théâtre puis en Danse, à Lille et à Paris où j’ai pratiqué ces deux arts (ateliers, école, spectacles). À la fin de mon Master, qui portait sur la figure du dramaturge en danse contemporaine, j'ai eu l'occasion de partir en Pologne, à Wroclaw, où je suis resté trois ans et demi. J'enseignais la langue française en utilisant la pratique théâtrale. J'ai eu la chance de pouvoir créer des "options théâtre" sur une université mais aussi dans un lycée bilingue franco-polonais puis dans une école privée. À l'époque, ma vie se partageait entre l'enseignement, les mises en scène et les représentations de mes spectacles, en plus de travailler comme jeune artiste dans plusieurs théâtres.
Après cette riche expérience, j'ai décidé de revenir en France et je me suis installé à Metz.

Aujourd'hui, je me définis comme un «  intervenant artistique ». J’utilise plusieurs supports : le théâtre, le dessin et l'écriture. Mon métier, c’est d'intervenir sur différents secteurs et auprès de différents publics pour mettre en place des projets, des médiations culturelles et artistiques qui se traduisent par  des spectacles, des expositions ou la création de courts ouvrages grâce à des ateliers d'écritures. Pour moi, le dessin, le théâtre et l'écriture sont devenus trois champs intimement liés et qui se nourrissent l’un l’autre. Cette diversification me permet aussi de développer des projets plus ajustés aux publics que je rencontre. Ces personnes avec lesquelles je travaille je les nomme d’abord  « amateurs » au sens le plus noble du terme : des personnes qui aiment, ou qui se découvriront des désirs, des plaisirs, des capacités qu’elles ignorent parfois. 

Question: 

Vous avez créé James & Cie - Les écarts en 2013, un projet, une initiative combinant illustrations et textes. Pouvez- vous nous en dire plus ? Et peut-être nous dire qui est James…

Réponse: 

Ce projet à vu le jour lorsque je suis rentré de Pologne. Je m'intéressais aux blogs et sites web d'auteurs indépendants. J'avais le désir de monter un projet exclusivement sur internet. Tout a commencé par une page Facebook où mon meilleur ami et moi publions de petits récits et des poésies que nous nommions « les écarts ». J’ai choisi le pseudonyme de James et lui, celui de Pereira. Au fils des publications, j’ai souhaité donner un « corps » à nos pseudos qui portaient chacun un univers littéraire. C'est ainsi qu'est née cette première association entre illustration et texte : chacun a créé une biographie puis j'ai illustré ensuite. Je suis devenu James, il est devenu Pereira. À présent chaque texte est accompagné d'une de mes illustrations. Cet univers graphique nous donne plus de consistance, de netteté et nous sommes rejoints par d'autres auteurs amateurs qui souhaitent produire des "écarts" et avoir leur personnage.

Mon « concept » aujourd'hui s’énonce ainsi,  "James & Cie : collectif d'auteurs/personnages ou de personnages/auteurs dessinés, à vous de choisir."
Je développe des propositions telles que "James a rencontré..." un portrait écrit "à la James" à l'intention d'auteurs, d'artistes, d'associations, de sites web accompagnés d'une illustration exclusive où mon personnage met en forme leur initiative.
Je propose un principe d'expositions où James devient l'illustrateur - ou le médiateur - pour des événementiels socio-culturels ou autres, etc.
Plus récemment encore, un nouvel axe que j'appelle Appar-Être combine la photographie et l'illustration à l'aide de séries d'images thématiques où James voyage dans une ville, s'incruste dans des tatouages ou pose auprès de personnes qui souhaitent une collaboration artistique et littéraire avec lui. Son apparition sur des photographies témoigne d’une envie de s’approcher un peu plus du réel. La création de ces visuels mêlés à de l'écriture étend et développe notre univers graphique et notre goût pour des récits toujours plus variés mais toujours tendus entre  l'image et les mots.
C’est une très ancienne question que celle de l’image et des mots. Il me plait de m’inscrire au cœur de cette histoire et de continuer à l’écrire modestement à ma manière. L’image appelle le mot et le mot appelle l’image.

Qui est James ? bonne question. Le personnage vit dans la tête de celui qu'il appelle son "logeur" - en l'occurrence moi-même. La lecture de Dostoïevski m’a amené à avoir une certaine tendresse pour le personnage du «  logeur ». James a vécu longtemps comme une sorte  de rat de bibliothèque qui trie les idées, les rêveries et les observations de celui qui le loge. Mais depuis quelques temps James s’est plaint d'une certaine obscurité qui l'empêchait de travailler. Un jour, il a découvert un faisceau de lumière venant d'un endroit isolé : l'oeil de son logeur. A travers lui, il a commencé à découvrir un monde qui lui était inconnu : le réel. James, trop curieux s'est  penché et a chuté de cet œil pour se retrouver sur une feuille blanche d’où, aujourd'hui, il dialogue avec son créateur. Cette petite fiction, résume la naissance et quelques événements de la vie de James. Je tiens à ce principe d'auteur/personnage ou de personnage/auteur car je souhaite que le lecteur soit libre d’imaginer qui écrit l'écart ? L'illustrateur, l'auteur, James ? Ou peut être les trois... 

Avec le recul  je me rends compte que dans ma pratique du théâtre et de la danse - qu'aujourd'hui je ne pratique plus - j'ai toujours dessiné les mouvements de mes acteurs, mes mises en scène, les costumes, les décors, etc. Ce petit personnage m'a toujours accompagné. Ses quelques traits, sa forme, sa dynamique, son style ont toujours été présents comme une sorte d'avatar ou de double. Il y a peu de temps, j'ai retrouvé mes premiers coups de crayons sur des cahiers du collège ou du lycée où - lorsque je n'écoutais pas mes professeurs - il commençait à prendre forme.

Question: 

Après plusieurs collaborations avec monBestSeller, dont notamment les vœux 2016, vous créez aujourd’hui une chronique illustrée sur l’indépendance d’écrire et l’auto-édition. Qu’est-ce qui plait à Romain Ravenel dans ce nouvel exercice ? Qu’est-ce qui plait à James qui se fait le porte-parole des auteurs indépendants ? Qui inspire qui : le texte ou le dessin ?

Réponse: 

Vous voyez, vous n’avez pas résisté à me poser la question ! Mais je vais tenter d’y répondre autrement.
Cet exercice m'intéresse car il s'inscrit dans la démarche que je propose via James & Cie - Les écarts : illustrer des partis-pris, une initiative. Depuis que je connais monBestSeller.com, j'ai remarqué le soin porté à l'actualité par les auteurs indépendants et l'auto-édition : les articles, les débats, les conseils et les réflexions. Ma proposition est un projet et un challenge. Étant moi-même un auteur indépendant, je m'interroge sur mon activité : ses avantages, ses difficultés et même ses débouchés. Dans cette chronique, j'essaye de proposer un objet ludique et réflexif où chacune et chacun, à son niveau, peut se reconnaître et réagir. Ce serait pour moi un formidable accomplissement de voir James devenir une petite mascotte pour monBestSeller, un rendez-vous régulier, sur lequel votre communauté dialogue, s'amuse et réagit pour engager des réflexions ou des propositions que je pourrais illustrer. Encore une fois, je propose une médiation via mon personnage, son humour et sa poésie.

J'ai deux manières de travailler. Par exemple, il m'arrive de dessiner une dizaines de James (ou d'autres personnages) avec des attitudes, des intentions ou des postures différentes sans pour autant avoir de textes à publier. Je les prépare en me disant que, peut être, cette illustration s'associera avec un futur texte. Quant à l'autre méthode : un de mes auteurs m'envoie des nouveaux textes, je les lis, les décortique puis ils m'inspirent le dessin, l'ambiance et le décor. Finalement, mon activité d'illustrateur est très proche de mon activité de metteur en scène car parfois la lecture d'une pièce vous inspire déjà une mise en scène, ses mouvements, sa couleur et sa forme. À l'inverse, parfois ce sont les acteurs, ce qu'ils proposent et ce qu'ils sont, qui vont vous conduire vers tel ou tel texte de théâtre.

Question: 

De manière plus générale, un aspect intéressant est la « malléabilité » de vos personnages permettant la mise en scène d’idées à travers eux. Pourraient-ils vivre également à travers une thématique plus commerciale ? Aimeriez-vous cela ? En avez-vous le projet ?

Réponse: 

Il est vrai qu'aujourd'hui encore, je suis le premier surpris de la souplesse de mon personnage, de l’intérêt qu’il suscite et des perspectives qu'il ouvre. Depuis la mise en place des collaborations, j'ai réalisé neuf expositions toutes très différentes mais faites avec et pour des publics très divers.
Avec Appar-Être, je reçois régulièrement des propositions de collaborations artistiques qui mettent en scène James aux côtés de personnes bien réelles et d'univers artistiques différents. Je suis heureux de vivre, en partie, de mes expositions et de l'ensemble des médiations que je crée avec James.
Je n'ai jamais eu l'intention d'en faire un "commerce" mais j'avoue qu’il est devenu ma marque de fabrique et je peaufine quotidiennement ses différents usages possibles. Depuis presque deux ans, le personnage m'accompagne dans mes interventions auprès d'enfants, d'adultes ou d'adolescents. Il devient de plus en plus reconnaissable, identifiable, et le public saisit de mieux en mieux comment l'utiliser, se l’approprier.
Cependant, si je dois parler d’un désir plus  personnel, d’un espoir, j'aimerais que James soit choisi pour illustrer le roman, une nouvelle ou des poésies d'un auteur, indépendant ou non. Aujourd'hui, je songe à réaliser les premières compilations des Ecarts de James, sous forme de recueils, en les séparant par thème et en proposant des illustrations originales. J'aimerais "sauter dans le grand bain" et publier hors de mon propre site afin de tester à la fois mon écriture, mes histoires et mon graphisme.

Question: 

Votre démarche s'inscrit parfaitement dans l’évolution des formes d’écriture associées au numérique. Si je vous dis "livre 2.0", que répondez-vous aujourd'hui près de trois ans après le lancement de l'aventure James et Cie – Les écarts ?

Réponse: 

Je réponds qu'en effet, James & Cie - Les écarts, est né du désir de diffuser de l'écriture et du récit à travers internet et les réseaux sociaux. C'est une chose formidable d'avoir tous ces outils de communication à disposition pour s'auto-diffuser : c'est un monde de correspondances, d'ententes et de rencontres virtuelles ou réelles à travers l'écrit. Mais ne perdons pas de vue l’essentiel : fédérer un public et créer une dynamique qui s'inscrit dans le temps reste la chose la plus difficile. Créer des espaces sinon des mondes qui soient « habitables », dans lesquels on a plaisir à venir, revenir, quitter un moment puis se retrouver à nouveau. C'est agréable de constamment renouveler son projet ou son écriture ; son style et sa forme. Comme pour beaucoup de choses, le monde du livre 2.0 ne pourra tenir que dans l'invention et le renouvellement des formes de promotions ou de prises de contact avec l'écriture, le récit et la langue. Certes, internet est la fenêtre principale pour beaucoup de formes de communication mais ça doit rester avant tout un moyen pour tendre vers l’essentiel : échanger, surprendre, se laisser surprendre. Dans cette vaste toile, je me plais à penser que j'essaye, à mon niveau, de créer une singularité, une aventure partageable à travers  le projet de James & Cie - Les écarts.

Propos recueillis par Isabelle de Gueltzl

Déjà deux chroniques illustrées publiées sur nos réseaux. Restez connectés, James vous donne rendez-vous deux fois par mois sur Facebook, Twitter... !

@James. Qui sait? Mais je suis dans le carcan de mon âge. Je pense écrire mes mémoires. Je le peux. Que je publierai quand ceux qui me sont chers ne seront plus. J'ai attendu 40 ans pour publier le Ciel en enfer.

Publié le 06 Juin 2016

@Letellier Patrick A mon sens l'écart est une attitude et une position intéressante dans l'acte d'écrire. James étant un errant par nature, il ne peut pas rester coller au réel trop longtemps. Qui sait, si vous vous écartez suffisamment peut être qu'un nouveau personnage verra le jour dans vos futurs écrits... :-)

Publié le 06 Juin 2016

@Marguerite Rothe merci pour votre commentaire et vos compliments. Il faut croire que James tape dans l'oeil pour ses écrits comme pour ses visuels :-). Nous essayons de publier régulièrement, généralement les mardis et les jeudis, il peut s'agir d'écarts ou d'autres projets tel qu' "Appart-Être" ou des comptes rendus d'expositions ou d'animations. Il est vrai que c'est une dimension que je n'aborde pas dans cet entretien, à savoir, la régularité des publications. J'aime laisser mes auteurs libres de publier quand ils veulent. Parfois, il y a aura plus d'écarts de James ou de Saranonyme ou une recette de cuisine de Kymog, qui sait... Comme nous sommes dans vos favoris vous aurez le loisir de découvrir l'ensemble de notre univers et n'hésitez pas à nous faire d'autres retours ici ou chez nous. James prendra plaisir à y répondre.

Publié le 06 Juin 2016

@James. Je pense que les écarts vont donner des idées de nouvelles aux scribouillards que nous sommes.

Publié le 06 Juin 2016

« Un jour, il a découvert un faisceau de lumière venant d'un endroit isolé : l'œil de son logeur. » Métaphore aussi jolie qu’intéressante sur l’éveil de la maturité. Je la trouve tout à fait en harmonie avec la démarche intellectuelle et artistique que vous décrivez dans cet entretien. Ce que m'a confirmé le coup d’œil jeté vite fait sur votre site (placé dans mes favoris pour y retourner de temps en temps). Merci à vous Romain, et mBs pour cet échange. Je vous souhaite une excellente continuation, bien à vous, Marguerite.

Publié le 06 Juin 2016

@Letellier Patrick Merci de votre visite et encore merci pour vos mots qui me conforte dans l'idée que les écarts de notre collectif de personnages/auteurs vont continuer à progresser en proposant toujours plus de récits et de nouvelles manières d'y accéder. J'espère aussi que les chroniques dessinée de James plairont au public de monbestseller et que l'imagination de James vous fera réagir. Au plaisir de rediscuter avec vous sur monbestseller ou sur notre site.

Publié le 05 Juin 2016

@James. Les Écarts, le site. Je n'ai pas tout lu, mais j'ai découvert un fantastique travail, bourré d'idées. Ces deux "Drôles", ont une imagination fertile et débridée dont peuvent s'inspirer les jeunes auteurs. J'ai adoré. Je reviendrai au coup par coup.

Publié le 04 Juin 2016

@Letellier Patrick James et son créateur vous remercie pour votre commentaire et vos compliments. Dans l'attente de vos retours sur l'initiative qu'est James & Cie - Les écarts, je vous souhaite un bon écart dans nos écarts.

Publié le 03 Juin 2016

Très professionnel et innovant. Je dois relire, visualiser les liens et réfléchir avant de commenter. Ma connexion est lente, je vais revenir. Merci à cet auteur et à monbestseller pour cette interview.

Publié le 02 Juin 2016