Classiques et Moi
Le 10 jui 2018

Les Classiques : Henry de Monfreid et moi

On le considère comme l’un des plus grands aventuriers du XXe siècle. Henry de Monfreid (1879-1974) doit aussi sa célébrité à sa virtuosité dans la contrebande de haschich. ll en a ainsi écoulé 12 tonnes en Egypte au nez des Anglais en quelques années. Mais c’était surtout un écrivain prolixe qui a publié 74 livres en moins de quarante ans. Tous ses manuscrits ou presque, conservés jusqu’alors dans la famille, sont sortis d’un coup au grand jour lors d’une vente aux enchères. Un choc.
L’auteur est son propre héros et l’on peut retracer sa vie mouvementée à travers ses manuscrits.L’auteur est son propre héros et l’on peut retracer sa vie mouvementée à travers ses manuscrits.

Henry de Monfreid : sa vie est un roman

Mon adolescence s’est passée pour partie à courir dans la nature, pour partie à lire des romans d’aventure. Frison-Roche et Curwood m’ont souvent tenu en éveil. Cependant, Henry de Monfreid tient une place particulière dans mon esprit parce que sa vie, elle-même, est un roman. Il n’a pas eu à choisir de pseudonyme car sa grand-mère s’en était chargée pour lui. Marguerite Barrière était devenue Caroline de Monfreid. On ne savait trop si son fils était issu d’un milliardaire américain ou du roi des belges. Celui-ci, peintre, avait consacré sa vie à faire connaître l’œuvre d’un autre, Gauguin.

Vivre la vie de ceux sur lesquels on écrit

            Curieusement, Henry de Monfreid avait commencé sa carrière par l’exploitation d’une laiterie en Seine-et-Marne. Néanmoins, il avait rapidement préféré chercher l’aventure aux colonies, précisément à Djibouti. Dès lors, sa vie allait alimenter son œuvre littéraire. Au début des années 70, une série télévisée, inspirée des « Secrets de la Mer Rouge », donnait des envies d’Afrique à l’adolescent que j’étais. L’acteur qui interprétait le personnage d’Henry de Monfreid apparaissait, assis à l’arrière de son boutre, simplement vêtu d’un morceau d’étoffe qui lui ceignait le bassin. Cette image était probablement assez conforme à l’apparence que l’écrivain-aventurier adoptait à Djibouti. Il explique dans ses écrits qu’il apprenait à endurer les mêmes conditions de vie que les indigènes en s’entrainant à marcher, pieds nus, sur le ballast du chemin de fer. Tantôt pêcheur d’huîtres perlières, tantôt trafiquant  en tous genres, il réglait ses conflits avec ses adversaires de manière assez radicale et, parfois, de manière pittoresque. N’avait-il pas poursuivi l’un d’entre eux dans tout l’Océan Indien avec une goélette armée d’un canon ? Ses maîtresses étaient éthiopiennes, les plus belles femmes du monde dit-on.

On ne peut pas faire de bons livres avec de bons sentiments

 Henry de Monfreid vécut près de cent ans, comme si la mort hésitait à frapper à la porte de ces hommes qui l’ont crânement défiée. On aperçoit le romancier, sur les images d’un documentaire qui lui avait été consacré à la fin de sa vie, ouvrant d’un grand coup de pied le portail de son manoir berrichon. Il ne se nourrissait plus, à l’époque, que de miel, pour contrebalancer les effets de sa consommation d’opium. Il venait peser ses doses sur la balance de l’épicière du village. Il serait difficile d’imaginer aujourd’hui Henry jouant au Scrabble, avec des vieilles filles, au paradis. Peut-être est-ce parce qu’on ne peut pas faire de bons livres uniquement avec des bons sentiments.

 

 

Michel Pain-Edeline

 

@Michel Pain-Edeline ; @Michel CANAL ; @Letellier Patrick ; @lamish.
Comme beaucoup, j'ai lu « Secrets de la Mer Rouge » et vu la série télévisée - il me semble que l'acteur principal était Pierre Massimi ? - ; les deux en rêvant d'Aventure.
J'ai un autre souvenir : celui d'un court sujet aux actualités télévisées après le décès de l'auteur ; l'épicière d'Ingrandes était interviewée et déclarait - je cite de mémoire - «M. le Comte, bien sûr que je le connaissais : il venait tous les jours dans ma boutique se faire peser sa dose d'opium... »
Alors, juste une petite question dictée par mon esprit insidieux et frondeur : un tel reportage serait-il encore possible de nos jours ?
Cordialement et avec humour.
Philippe.

Publié le 03 Août 2018

"N'ayez jamais peur de l'aventure. Allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît", écrivait Henry de Monfreid. Moi, j'aurais aimé, mais il ne suffit pas de vouloir. Le temps a passé, et les médias ont réussi à gâcher les rêves à force de tapage et d'impudeur. Pourtant, il y a toujours un moyen de sortir des sentiers battus. Alors, je me dis que nous pouvons tous vivre comme des aventuriers, à notre petite échelle. Cela devient un état d'esprit. Je l'ai peu lu, mais j'ai visionné ses petits films, écouté sa voix de conteur, apprécié sa rencontre avec Teilhard de Chardin... Merci pour cette tribune qui nous remet en mémoire un homme et un parcours atypiques. Bonne journée. Michèle

Publié le 23 Juillet 2018

Ah, @Letellier Patrick, ravi de ton retour parmi les "terriens". Je comprends qu’Henry de Monfreid ait pu te séduire à l’âge auquel on admire les héros et les aventuriers. J’irais même jusqu’à penser qu’il t’a un peu inspiré, car ta vie est aussi un roman. Amitiés. Michel

Publié le 17 Juillet 2018

Un aventurier-écrivain qui m’a fait rêver aussi, @Michel Pain-Edeline. J’ai eu à l’étudier, j’ai vu le documentaire... et la série télévisée inspirée des « Secrets de la Mer Rouge ». Je le revois, sa silhouette filiforme, son visage émacié et sa gestuelle de fumeur tirant sur son fume-cigarettes, ancrés dans ma mémoire. Merci pour ce partage.

Publié le 16 Juillet 2018