Chère Flore, je souhaite d’abord vous remercier d’avoir donné votre manuscrit à la lecture. Dès les premières lignes, j’avais noté votre style, la densité et la concision de votre narration. Souvent ces qualités s’essoufflent et la promesse d’une œuvre s’effrite et disparaît aux alentour des pages 25 ou 30 ; c’est précisément là où votre texte au contraire déploie ses ailes et s’envole vers sa fin. …//… Vous avez réussi remarquablement. …//… Votre texte contient tout ce qui m’importe : un style, une perspective narrative, une très forte cohésion entre le fond et la forme, une véritable signature d’auteur. Vous racontez une histoire tragique sans jamais virer dans le pathos. Pas une phrase de trop : vous écrivez à l’os, d’une écriture puissante et pleine de retenue. Je n’aime pas faire de comparaisons, mais j’ai eu le sentiment que vous développez une complicité de plume avec A. Ernaux. Pour moi, c’est un immense compliment quoi qu’il en soit. Je suis fascinée par les auteurs qui fixent leur sujet, comme vous savez le faire, avec rigueur, détermination, extrémisme presque. …//… N’étant pas madame Irma, je ne sais quel destin est réservé à votre œuvre. Si j’étais éditrice, je voudrais savoir ce que vous avez écrit d’autre, creuser la question de votre carrière littéraire, envisager les choses dans le long terme et, en fonction des résultats de cette analyse, vous mettre en orbite, mais je ne le suis pas. Je vous souhaite sincèrement de rencontrer cette personne, si toutefois l’heure est encore à ce genre de perspective dans le monde éditorial (Betty Miallet, peut-être ? A voir, à essayer). Merci.
Publié le 17 juin 2023