Un bon lecteur, un lecteur actif, un lecteur créatif est un lecteur qui relit déclarait Nabokov. Alors que dans notre existence entière, nous ne parviendrons pas à lire tous les chefs d’œuvre littéraire. Pourquoi relire ?
Parce que la beauté d’un écrit ne se découvre pas en un seul temps ?
On écoute bien nos concertos de Mozart des dizaines de fois, on joue bien aux Dames des centaines de fois, on apprend bien des poèmes ou des textes par cœur… On a bien des films cultes qu’on a vus trois ou quatre fois.
On relit parce que nous en découvrons les plaisirs nouveaux à chaque lecture, soit des nuances qui nous avaient échappées, soit des points essentiels que nous n’avions pas perçus. Proust est lisible à l’infini… Balzac aussi (ne serait ce que pour trouver le temps matériel de le faire)
Parce qu’un lecteur (de roman en particulier) a tendance à se concentrer sur l’histoire en priorité.
Alors que ces romans regorgent de données documentaires, de détails historiques, d’un style particulier qui mettent en valeur le récit, de descriptions qui créent un climat. La relecture d’un ouvrage nous apporte toutes ces dimensions, parfois éludées en première lecture.
Parce que l’époque change vite et que la perception de nos lectures change avec elle.
Françoise Sagan créait le scandale en 1954 en mettant en scène une jeune fille de 17 ans qui séduisait l’ami de son père, scandale considéré aujourd’hui comme une simple amourette épicée. Mais ce livre résiste au temps. Peut-être simplement parce que Françoise Sagan est un écrivain et que la qualité de l’écriture dépasse la morale surranée.
Parce que notre prisme de lecture varie aux différentes étapes de la vie.
Si l’époque change, nous changeons aussi ; Nos expériences, nos opinions politiques, notre vision de l’histoire, notre morale, nos tolérances et nos exigences cheminent. Et une Madame Bovary, ridicule et prétentieuse hier peut faire l’objet de notre compassion aujourd’hui. Nombre de chefs d’œuvre sont ambigus ; l’évolution de notre regard, nous fait comprendre leur richesse.
Parce que certaines œuvres nous parlent personnellement, on les relit.
Nous sommes connectés à certains auteurs et à leurs sensibilités. Relire un livre d’un de nos auteurs favori, c’est retrouver les charmes d’une première lecture, vérifier si l’on est toujours en phase, redécouvrir ce qui nous a amené à l’aimer. Se conforter dans nos choix et notre personnalité.
Relire par erreur. Eh oui à qui ce n’est pas arrivé ?
Nous sommes tous attirés par les mêmes types de récits, les mêmes types d’auteurs. Et qui n’a pas pris un livre dans une bibliothèque ou une librairie, pour s’apercevoir après deux chapitres qu'il l'avait déjà lu. Amusé et déçu à la fois.
Nous sommes tous des poissons rouges
» Edition 2018 : la dangereuse glissade