Un cliché est une idée, une expression, une image ou une situation tellement utilisée qu’elle ne surprend plus. Le lecteur a l’impression de relire quelque chose qu’il connaît déjà, ce qui en réduit l’intérêt.
Outre qu’ils affaiblissent la voix de l’auteur, ils donnent un sentiment de simplisme, gomment la nuance, l’ambiguïté et le plus souvent la richesse des émotions.
Les clichés dans les expressions ou associations de mots
Ils véhiculent des stéréotypes parfois décalés : représentations sociales datées, schémas simplifiés et prévisibles.
Dès que ce que vous écrivez vous semble évident, il faut tout de suite vous interroger :
Le garde manger reste désespérément vide, un cœur bat à tout rompre. Et on peut multiplier les exemples : la tension est palpable, les mystères insondables, les vagues déferlent, tandis qu’on dévale un escalier. Et puis les regrets sont le plus souvent amers
Souvent ce sont des couples substantif adjectif mécanisés, des formules et métaphores éculées qui laissent le lecteur las.
La littérature contemporaine en regorge.
Le cliché dans les structures de récit
Un cliché n’est pas mauvais en soi. C’est un code partagé, un raccourci qui permet au lecteur d’identifier rapidement une situation, un personnage ou un enjeu.
Ces archétypes créent une base d’attente. Et cette attente, c’est précisément ce qu'un auteur peut exploiter.
Transformer les clichés en atouts narratifs, permet de surprendre le lecteur dans un récit qu'il pense déjà connaître
Utilisés à bon escient, ils peuvent devenir des leviers narratifs. Non seulement ils créent des repères immédiats pour le lecteur, mais leur détournement génère surprise. L’objectif n’est donc pas de les bannir, mais de les maîtriser. Et c’est là que l’auteur peut nous dérouter.
La puissance du cliché, c’est la prévisibilité. Dérégler cette prévisibilité peut créer un effet ou la surprise
Surprendre : utiliser le cliché comme fausse piste
Un cliché peut aussi servir d’appât narratif. En reprenant une situation ou un personnage très codifié, l’auteur amène volontairement le lecteur à anticiper la suite. C’est au moment où tout semble prévisible que le récit bifurque.
Ainsi on peut
- Retarder le fonctionnement attendu du récit (le mentor refuse totalement d’aider le héros).
- Renverser la caractéristique clé d’un personnage (la princesse en détresse est une diablesse complotiste).
- Détourner le cliché par l’humour ou l’ironie (le “héros élu” refuse son destin de manière rationnelle).
La surprise est efficace quand elle est crédible logique, enracinée dans l’histoire et dans le personnage.
Parodier : transformer le cliché en ressort comique
La parodie repose sur l’exagération volontaire d’un cliché pour en révéler le côté absurde. En amplifiant ce que le lecteur connaît déjà, l’auteur crée un décalage comique immédiat.Les clichés survivent parce qu’ils répondent à des attentes fondamentales.
Pour les auteurs la question n’est pas de fuir les clichés, mais de les dompter, de les tordre, ou de les réinventer pour créer des récits surprenants.
Le lecteur croit connaitre le chemin.Le talent du narrateur consiste à lui faire croire qu’il sait où il va… avant de l’émerveiller.
Lorsque les clichés sont convoqués consciemment, ils deviennent des outils stylistiques.
Parodie, surprise, détournement : trois approches qui permettent de transformer une faiblesse potentielle en force narrative.
L’essentiel n’est pas d’éliminer les clichés, mais de les manier avec intention, créativité et malice.
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