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Le 05 Jan 2026

Intertexte et autoédition : nouvelle littérature, nouvelle édition

Un texte n’est jamais totalement isolé : il dialogue avec d’autres textes qui l’ont précédé. L’intertexte peut apparaître sous différentes formes : La citation, L’allusion : référence indirecte, La référence : mention explicite d’un auteur, d’un personnage ou d’une œuvre, Le plagiat : reprise non signalée (considérée comme une faute), Le pastiche : imitation du style d’un auteur, La parodie : transformation d’un texte avec une intention comique ou critique

Tout auteur qui a essuyé les refus à répétition des maisons d’édition traditionnelles le sait : le marché de l’édition est saturé. En littérature, en particulier le roman, tout, ou presque, a été écrit et il est très difficile d’être vraiment original.

Qu’à cela ne tienne !

Inspirons nous du conseil de Raymond Chandler : « quand vous faites votre premier livre, réécrivez le livre de quelqu’un. » A Raymond Radiguet qui lui disait qu’il n’y avait plus beau roman que La Princesse de Clèves, Cocteau répondit que pour faire un aussi beau roman, il suffisait qu’il installe le livre sur un chevalet et qu’il le copie. Le conseil a engendré Le Bal du  comte d’Orgel.  

A l’heure d’internet, il s’agit d’une nouvelle forme narrative, l’intertexte, qui trouve son avènement grâce à l’éditorialisation.

« Mais, c’est du plagiat ! » me direz – vous. Certainement dans sa forme inférieure et dissimulée, surement pas si le procédé est explicite et quand l’auteur écrit avec ses propres mots.

Plagiat et intertextualité : de l’ombre à la lumière

Roberto Gac, dans un article intitulé « Plagiat et intertextualité », publié dans la revue électronique Sens Public  dont il est membre fondateur, définit le plagiat étymologiquement comme un mot d’origine grecque – qui veut dire oblique – mais qui peut aussi signifier occulte et tromperie. Il défend la thèse du plagiat comme modalité éthiquement et esthétiquement inférieure de l’intertextualité.

Le phénomène n’est pas nouveau. Il est aussi vieux que la littérature. Gac l’analyse à travers les exemples célèbres de Montaigne, Cervantès, Lautréamont, Borges et d’autres. Le lien avec l’intertexte prend tout son intérêt pour nous, auteurs autoédités, avec le développement d’internet, des plateformes d’autoédition et, a fortiori, de l’IA générative pour “créer” une œuvre littéraire.

Ces nouvelles technologies font du plagiat littéraire une pratique superflue et inutile puisque tout se montre, s’expose, ce qui est public devient la règle et caché l’exception. En tant que juriste, j’ai réalisé au cours de mes travaux universitaires que les détecteurs de plagiat rendaient inopérante toute intention de cacher et de tromper. Dans la transparence, en citant ouvertement ses sources, apparaît cette nouvelle façon d’écrire, un nouveau genre littéraire, l’intertexte.

Gac reprend cette citation de Lautréamont : « Le plagiat est nécessaire. Le progrès l’implique. Il serre de prêt la phrase d’un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par une idée juste », et en change un seul mot : « L’intertexte est nécessaire. Le progrès l’implique. Il serre de près la phrase d’un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par une idée juste. » En changeant de façon explicite un seul mot, Gac ne plagie pas Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont. Il en fait le précurseur d’un nouveau genre littéraire devenu notre réalité qu’il n’a pas eu la chance de connaître : l’apparition de l’écriture électronique, l’explosion d’internet, la mondialisation technologique et la révolution de l’IA.

Etre explicite ne se borne pas à citer simplement l’auteur, mais permet au texte initial  de se transformer dans le déroulé du texte en devenir enrichi par le style propre et les mots de l’écrivain intertextuel à la fois « respectueux et modeste » qui façonne ainsi sa propre originalité.

Intertextualité et éditorialisation : ouverture versus fermeture

L’intertexte d’un point de vue esthétique fait suite au roman traditionnel, forme narrative esthétiquement fermée. L’éditorialisation implique une ouverture dans l’espace. Je l’ai personnellement testée pour mon premier roman La barre haut sur plusieurs plateformes successivement : Librinova, Wattpad, monbestseller.com, monBestLibraire.com. Egalement ouverture dans le temps et sans limite de date, l’éditorialisation permet d’éviter le pilon. Cette ouverture est l’une des principales différences entre l’édition et l’éditorialisation.

La différence s’applique particulièrement au roman, limité par son contexte, fermé, dépendant pour sa diffusion d’un groupe prédéfini d’acteurs, les éditeurs, tandis que l’intertexte implique une ouverture dans l’espace par la référence à plusieurs œuvres et dans le temps par des interventions dans le texte toujours possibles.

Des lecteurs de mon roman La barre haut se sont étonnés du nombre important de références dans le texte. C’était le but recherché. D’une part, cette forme narrative correspondait aux    méthodes de rédaction préconisées pour les épreuves écrites de culture générale du concours de l’Ena à l’origine de mon roman, exercice de synthèse à partir d’un dossier constitué notamment d’extraits d’auteurs connus et, d’autre part, l’intertexte implique l’ouverture d’un texte à un autre texte. Plus le jeu est explicite, plus on s’éloigne du roman conventionnel. Le procédé permet de sortir de l’hypocrisie. Souvent les références des romanciers aux autres textes sont inconscientes, on parle alors de réminiscences, ou sont dissimulées dans le cas du plagiat.  

L’édition traditionnelle aux dires de Roberto Gac « fait l’éloge de la liberté de création revendiquée par les romanciers, mais les enferme dans les limites et la loi du marché », alors que l’éditorialisation libère leur créativité et leur permet de s’épanouir sans autres contraintes que celles imposées par le développement de leur œuvre. Cette résistance à la nouveauté technique et esthétique  de l’édition traditionnelle est d’autant plus importante qu’il s’agit de « préserver le flux de capitaux et la stabilité du marché littéraire appuyé sur le roman et les best sellers glorifiés inlassablement par les médias. »

L’on ne peut ici que se féliciter du détournement sémantique de la notion de best seller opéré par monbestseller.com avec des expressions comme « prix concours » et l’initiative de monBestLibraire.com de permettre aux auteurs non édités d’exprimer leurs possibilités et recevoir une plus juste rémunération à 50/50.

D’ailleurs des auteurs connus comme le romancier Joël Dicker ont fait le saut dans l’autoédition après des succès obtenus dans l’édition traditionnelle, laquelle exclut l’auto éditeur. Il devient ainsi superflu d’attendre que le texte soit récupéré par un éditeur conventionnel mainstream.

L’important est d’adopter une routine d’écriture puisque aussi bien le lecteur que l’auteur peuvent participer en tant qu’éditorialistes virtuels au réseau éditorial dans la mesure où les plateformes numériques répondent au concept de « self édition. »

Reste posée la question de la promotion du livre. Mais, c’est une autre histoire.

Au final, tous « pure players », la relation entre technologie et culture est incontournable.

 

Eric M          

 

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14 CommentairesAjouter un commentaire

@Sylvie de Tauriac
Les histoires similaires sont fréquentes et sans problème à condition qu'elles contiennent des idées qui rendent chacune d'elle unique. Les lecteurs aiment retrouver ce qui leur parle dans leurs lectures. Les éléments communs dans un type d'œuvre en font un genre littéraire. Les auteurs de chaque genre littéraire puisent dans un fond commun d'idées principales, utilisent les mêmes figures de style et visent un même lectorat cible. Pour se démarquer au sein d'un genre littéraire, il faut réfléchir à la manière de rendre son histoire singulière, racontée sous un angle inédit, inspirée de sources adéquates. Y ajouter un ton, des anecdotes, des situations vécues pour que l'histoire soit personnelle. Les idées appartiennent à tout le monde, mais leur mise en œuvre, les personnages, le décor, la temporalité, les mots choisis doivent être différents de ceux qu'emploient les autres auteurs d'un même genre littéraire afin d'éviter d'être taxé de plagiat. Pour aller plus loin, vous pouvez lire Inspiration V/S plagiarism in your writing. When is your book too similar to someone else ? promotheuséditorial.com.

Publié le 13 Janvier 2026

L'industrie du cinéma achète les droits d'un livre pour l'adapter à l'écran. Mais cette adaptation est une oeuvre à part entière et pas forcément fidèle. Un écrivain s'inspire parfois d'un fait-divers pour sa création, je veux dire par là que chaque création trouve son origine dans un vécu, une autre création. Un livre ressemble à une plante qui pousse à partir d'une graine, une idée faisant partie du domaine public. Les Grecs anciens ont tout dit en matière de philosophie, les philosophes modernes ne font que plagier. @Sylvie de Tauriac

Publié le 13 Janvier 2026

@Catarina Viti @Michel Laurent @Jo Comédie
J'apprécie particulièrement vos commentaires circonstanciés et parfaitement documentés sur l'intertexte et sa frontière parfois ténue avec le plagiat. Toutefois, il ne faut pas oublier la deuxième partie de l'article et le lien avec le phénomène d'éditorialisation qui fait du lecteur un auteur potentiel en ce qu'il peut participer à la construction du récit. A mon avis les plateformes d'autoédition ont un rôle à jouer dans ce processus. De deux choses l'une : ou elles sont de simples sous-traitantes des éditeurs traditionnels et elles sélectionnent des manuscrits que les éditeurs reprendront au cas de succès. Pour info, les éditions Belfond et Plon m'ont orienté vers Librinova pour l'autopublication de mon roman. Ou elles aident les auteurs à se démarquer et elles favorisent de nouvelles formes d'expression. L'intertexte maîtrisé et honnête est l'une d'entre elles. Côté auteurs, il ne faut pas hésiter à faire des essais quitte à garder des manuscrits dans des tiroirs si le résultat n'est pas satisfaisant. Outre les exercices de styles, l'éditorialisation permet de placer le lecteur au centre du processus créatif et ne il ne faut pas hésiter à écrire une histoire autour de lui et pour lui.

Publié le 08 Janvier 2026

@Jo Comédie
Vous avez raison de souligner, je vais modifier la formulation.
Amalgame possible.
Et nous sommes bien d'accord : emprunter n'est pas spolier... à condition de le préciser. D'ailleurs, tout cela est infantile : il faut du génie pour citer, praphraser, incruster.
J'ai en mémoire un ouvrage fort quelconque émaillé de vers de Rimbaud. Le seul résultat atteint : les vers de Rimbaud faisaient ce qu'on appelle en techniques ménagères des "taches de propre" dans un texte au demeurant insipide.

Publié le 08 Janvier 2026

@Catarina Viti

Pas d'amalgame, même si mon intervention peut en effet le faire croire.
Je n'irai pas comparer Perec à tous ces renégats qui remettent en cause le pacte littéraire.
Pas d'amalgame donc, mais le reproche de vouloir se servir des grands auteurs comme caution morale, ou de faire des détournements de textes des concepts intellectuels hautement appréciables.
Il n'en reste pas moins que l' "emprunt", s'il me semble être une exception dans l'œuvre de Perec que je ne connais pas entièrement, est dans l'exemple ci-dessous attestée. Un hommage, sans doute. Mais le lecteur "naïf" se sera fait avoir. Au nom de quoi ? d'une vertu intellectuelle maquillée de vernis universitaire ? Un emprunt reste un emprunt, même s'il est fait par Georges Perec.
quoi qu'il en soit nous sommes d'accord : cette IA nous tue.

Publié le 08 Janvier 2026

@Jo Comédie
Il y a une chose que j'apprécie follement dans votre dernière intervention : "Très bien. La littérature se nourrit d'elle-même, elle appartient à tous les auteurs. Pourquoi la signer alors ?""
***Pourquoi la signer, alors ?
*
Une autre, que j'apprécie moins : l'amalgame possible.
Quoi qu'il en soit, Georges Perec a travaillé avec ses propres neurones. Et cela fait une sacrée différence avec ces auteurs qui balancent des prompts à ChatGPT, retravaillent vaguement le texte en l'enfumant de leurs fantasmagories, et nous infligent des productions dont on voit les coutures depuis la lune... enfin, à condition de savoir lire, ce qui n'est plus le cas de la majorité des lecteurs.
Ce qui serait bien, c'est que l'auteur de cet article passe une tête et nous réponde un peu.

Publié le 08 Janvier 2026

@Michel Laurent

Très bien. La littérature se nourrit d'elle-même, elle appartient à tous les auteurs. Pourquoi la signer alors ?
D'une certaine manière, vous ne servez pas la cause de Georges Perec, et plus généralement de l'Oulipo, ou de tous ces jeux littéraires qui travestissent une réalité bien brute. Vous faites de Georges Perec et de ces jeux littéraires la caution morale à tous les abus. En d'autres termes, vous donnez un blanc-seing à tous les utilisateurs de l'IA qui ne le disent pas, ainsi qu'aux gens qui se servent généreusement dans le texte des autres.
Prenons un lecteur lambda qui n'a pas lu Villon ou Apollinaire et tombe sur ce paragraphe de Perec, s'esbaudit en le lisant, et considère alors que cet auteur est génial. Ce lecteur "naïf", comme vous dites, a été dupé et cette duperie, vous l'habillez d'un costume moral et académique.
Pour moi c'est clair et je le répète, tous les lecteurs se valent – les "avertis" comme les "naïfs". Ils ont droit au respect du pacte littéraire, c’est-à-dire celui de partager un texte original. Ou alors l'auteur cite sa source, précise l'hommage, et dans le contexte actuel, dit qu'il a utilisé l'IA (la forme contemporaine de l'intertexte).

Publié le 08 Janvier 2026

@Jo Comédie
Chez Perec — et plus largement dans l’esprit oulipien — la contrainte et le recyclage ne relèvent pas de la citation savante mais de la transformation. L’intérêt n’est pas de montrer la source, mais de produire un objet nouveau à partir d’elle. Mentionner Apollinaire aurait déplacé l’attention vers l’origine, alors que l’enjeu est le fonctionnement du dispositif.

Cet effacement du modèle peut être vu comme un hommage paradoxal : Apollinaire est suffisamment intégré à la mémoire littéraire pour que son texte puisse circuler et vivre ailleurs sans autre explication. L’emprunt est une manière de faire entrer Apollinaire dans le présent de l’écriture, non dans le musée des références.

Et Perec joue souvent avec l’idée même de reconnaissance : reconnaître ou ne pas reconnaître la source fait partie de l’expérience de lecture. Le lecteur averti peut percevoir l’écho, le lecteur naïf lire un texte autonome — et cette coexistence des niveaux, c’est un ancrage profond chez Perec : laisser la littérature se citer elle-même sans avoir à se justifier.

Publié le 07 Janvier 2026

@Michel Laurent

Je n'ai pas parlé de plagiat, mais d'une forme d'emprunt que le langage universitaire auréole de génie ou d'attention formelle visant à l'éclatement du sens, à la beauté du concept – dont la transfonctionnalisation en est l'exemple. Les universitaires, et plus généralement les intellectuels, ont leurs idoles. Georges Perec les nourrit avec une œuvre qui fait appel à tout le corpus de la linguistique ou de la sémiotique (et bien d'autres mots aussi savants). Une vraie mère nourricière.
Pour revenir à Roland Barthes, il avait inventé l'IA avant l'heure : "Tout texte est un intertexte, fait des textes de la culture antérieure et ceux de la culture environnante".
Mais vous auriez pu citer Maurice Blanchot qui allait plus loin en disant que l’écriture recherche le moment qui la précède, moment qui annule l’auteur et à partir duquel s’ouvre l’œuvre... là où la lecture prend origine. L’auteur reste celui de son écrit, mais il est l’écho de ses lectures et de ce qui l’a constitué : un passeur et un héritier. Beaucoup plus élégant n'est-ce pas, qu'un emprunteur ou un répétiteur.
"Croire qu’il aurait « involontairement » repris Apollinaire, ou pire, qu’il l’aurait fait par facilité, est intenable. Chez Perec, rien n’est naïf, surtout pas la langue." écrivez-vous.
Je n'ai pas dit le contraire. Involontairement, c'est impossible. L'homme est instruit. Donc volontairement, oui. Par facilité, évidemment que non, puisqu'il aurait été démasqué très vite par les littérateurs. Naïvement, non plus. Il s'agit donc d'un hommage, mais l'a-t-il précisé, mentionné, évoqué ? Là est le point de toute la discussion. Et plus généralement des utilisateurs ici de l'IA.

Publié le 07 Janvier 2026

@Michel Laurent
Hormis la citation particulièrement jargonnesque (mais parfaitement adapté au style de la rubrique), merci de remettre les cuistres à leur juste place. Sinon, ça va chez vous ?

Publié le 07 Janvier 2026

@Jo Comédie

Assimiler ce passage de "Un homme qui dort" à un plagiat relève d’une conception pré-structuraliste de l’originalité. Comme l’a montré Barthes, l’écriture est un tissu de langue déjà-là, non une invention ex nihilo. Si vous aimiez le langage universitaire, je vous dirais que « la reprise d’Apollinaire chez Perec n’est ni citation ni intertexte, mais en quelque sorte une transfonctionnalisation : le lyrisme de la durée est vidé de sa valeur subjective pour devenir symptôme de l’attente vide et de la désubjectivation ». En termes plus proches du langage des cavistes, il ne s’agit pas d’un emprunt, mais d’un geste critique propre à la poétique moderne. Perec n’écrivait pas pour produire des phrases-signatures, mais pour montrer que la langue est collective, usée, hantée, et que le sujet moderne parle toujours avec des mots déjà prononcés. Perec est l’un des écrivains les plus conscients, théorisés et revendiqués de la contrainte, du recyclage, du montage :
• Il a écrit un roman sans la lettre e.
• Il a reconstruit des récits à partir de listes.
• Il a fait de la reprise une méthode déclarée.
Croire qu’il aurait « involontairement » repris Apollinaire, ou pire, qu’il l’aurait fait par facilité, est intenable. Chez Perec, rien n’est naïf, surtout pas la langue.

Publié le 07 Janvier 2026

Merci pour cette chronique. Et pour "La barre haut", votre roman que j'ai beaucoup apprécié ici en lecture libre (j'ai appris plein de choses sur l'ENA, les rapports entre les élèves etc...)
À propos d'intertextualité, il y a cet exemple frappant que j'ai lu dans un texte sur le sujet, un exemple qui interroge et/ou choque : une double intextextualité (par intégration) qui s'est terminée... chez Georges Perec !
Faisons le chemin.
À la fin du Moyen Âge, François Villon écrit dans "Le testament" :

« Allé s’en est et je demeure »

En 1912, Guillaume Apollinaire intègre ce vers dans "Le pont Mirabeau" :

« Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure »

Deux vers à leur tour intégrés ou "digérés" en 1967 par Georges Perec dans "Un homme qui dort" :

« Tu es assis et tu ne veux qu’attendre, attendre seulement jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à attendre : que vienne la nuit, que sonnent les heures, que les jours s’en aillent, que les souvenirs s’estompent... »

Grosse déception concernant les deux derniers auteurs, non ? on croyait que ça venait d'eux...

IA aujourdhui qui reprend à bon compte tout le patrimoine littéraire, et l'intertextualité qui ne dit pas le mot d' "emprunt", tout ce bazar est discutable, ou effrayant.
Et interroge sur la conscience de l'écrivain, sa bonne conscience.
Pour moi c'est clair, il faut citer ses sources, ou alors on est un renégat (on a trahi le pacte littéraire avec le lecteur, celui de partager un texte original).
Chez Jo Comédie, tout est clean. Que du Jo ! qu'on aime ou qu'on n'aime pas, du côté de chez Jo on ne risque pas de vous refourguer des vieilles phrases ou de l'IA. Rendez-vous à Pigalle !

Publié le 05 Janvier 2026

Je n’ai pas lu votre article en qualité d’autrice, mais en qualité de lectrice.
Et c'est en tant que lectrice qu'une question s’est imposée — non pas en marge de votre réflexion, mais en son cœur.
Vous défendez l’intertextualité comme un geste explicite, éclairé, honnête, qui tire sa légitimité de la transparence des sources et de la visibilité du processus d’écriture. Vous opposez ainsi l’intertexte au plagiat, non sur la base de l’emprunt, mais sur celle de la dissimulation.
Or, du point de vue du lecteur, cette exigence de transparence ouvre un trouble nouveau : avec l’intertextualité — et plus encore avec les outils contemporains d’écriture — je n’ai plus aucun moyen de connaître la nature de ce que je lis.
Mon seul recours devient alors la parole (ou l'absence de parole) de l’auteur. Son honnêteté. Sa loyauté à l’égard du lecteur.
Dès lors, une question se pose : comment puis-je me fier à ce capital de sincérité lorsque je sais que, dans les faits, la quasi-totalité des auteurs ne mentionnent pas leur recours à l’intelligence artificielle, même lorsqu’elle intervient de manière significative et évidente dans la production du texte ?
En tant que lectrice, je ne demande ni justification, ni hiérarchie morale des pratiques. Je ne demande pas que l’on disqualifie l’IA, ni que l’on sacralise l’écriture humaine. Je demande simplement à savoir ce que je lis.
Car lire, ce n’est pas seulement consommer un texte ; c’est entrer en relation avec un geste, une expérience, une médiation. Et cette médiation — humaine, technique, hybride — change la nature de l’objet littéraire.
Lorsque j’achète un légume, je souhaite savoir s’il provient d’un jardin semblable au mien ou d’une serre industrielle ; s’il est issu d’une graine paysanne ou d’une semence Monsanto. Non pour juger, mais pour choisir en connaissance de cause.
Pourquoi cette information, que nous jugeons élémentaire dans tant d’autres domaines, deviendrait-elle superflue dès lors qu’il s’agit de littérature — précisément au moment où vous appelez de vos vœux une écriture adulte, explicite et affranchie des hypocrisies ?
Merci pour cet article.

Publié le 05 Janvier 2026

Oui le marché du roman est archi saturé.
Pour ma part j'ai préféré me recentrer sur la poésie, mais je n'espère pas gagner de l'argent ainsi : just for fun !

Publié le 05 Janvier 2026