Votre prochain roman parle de ce dont parlait votre précédent roman qui parlait de...Les grands éditeurs (pas LES GRANDS) aiment les algorithmes. Pourquoi ? Pour aider les lecteurs à faire une sélection facile, afin qu'ils se repèrent. Vous avez aimé "La nouvelle année", vous adorerez "L'année nouvelle". Bien sûr tout cela, aux dépens de la créativité et de l’indépendance.
Mais alors quelle est ma marque ? Fait-elle partie de mon patrimoine d’écrivain où est-elle un artifice ? des attributs que le lecteur ou l’éditeur ont projeté sur moi ? La réponse est sans doute entre les deux. Rester authentique est vraisemblablement la clé mais dans une forme de contrôle, une liberté contrôlée ?
L’auteure américaine, Lisa Williamson a écrit un premier essai à succès. (« L’art d’être normal », un essai sur le transgenre). Lorsque son éditeur lui a proposé un contrat pour un second livre, s’est naturellement posée la question pour quel livre ? Un sujet qui me plaît, un sujet approfondissant l’esprit du premier livre ? Est-ce mon talent qui est plébiscité ou mon sujet ?
À sa stupeur, lorsqu’elle remet les épreuves de son second livre, son éditeur laisse tomber un fatal « Not on brand ». Je suis donc « une marque » pense-t-elle. Son premier livre écrit spontanément, naturellement puisant ses références dans la « réalité », est une aventure singulière, un parcours accidentel, pas une thématique choisie par vocation. Son premier livre rencontre par hasard un courant porteur dans "les arts et les médias". Il arrive comme un point d’orgue sur un sujet à la mode. « L’air du temps » comme on dit, mais l’air du temps a aussi une date de péremption.
Elle mène alors une large enquête sur twitter auprès de nombreux auteurs à notoriété élevée pour approfondir cette question : les auteurs sont-ils condamnés à respecter ce pourquoi les lecteurs les ont aimés ?
Résultats plutôt rassurants, la plupart des auteurs interrogés affirment que s’ils ont un genre de prédilection et qu’ils y sont fidèles, c’est par envie ou par passion.
En contrepoint, ceux qui passent d’un genre à un autre le font par choix créatif malgré une réelle pression des éditeurs, soulignent-ils.
« J’ai résolu la question pour moi-même » déclare-t-elle. J’ai "la même voix d’auteur" sur tous mes écrits »… Garder son ADN d’auteur, quel que soit le sujet traité. La vérité est sans doute là. Abstraite mais réelle.
Christophe lucius

Vous avez écrit un livre : un roman, un essai, des poèmes… Il traine dans un tiroir.
Publiez-le sans frais, partagez-le, faites le lire et profitez des avis et des commentaires de lecteurs objectifs…
Words, words, words...
Merci @Christophe Lucius, votre analyse est très intéressante et est source de beaucoup de réflexions. Par exemple, qu'en est-il aussi de l'effet de mode, des stratégies des éditeurs et des réseaux de connaissance entre auteurs et éditeurs ?
Certains écrits peuvent avoir du succès à un moment donné puis voir celui-ci s'estomper peu de temps après, ou inversement. Le "marketing" des auteurs n'est alors pris en compte à mon sens qu'à la marge, c'est la "cerise sur le gâteau" pour les éditeurs qui ont prévu leur budget annuel et les collections qu'ils veulent mettre en avant d'une certaine manière cette année-là.
Un auteur doit avoir son style propre et créer sa propre approche marketing, bien entendu, et ça peut faire toute la différence mais à mon sens et sans vouloir être trop pessimiste cela reste assez marginal.
Pour moi, l'approche du marketing de l'auteur ne peut être vu que dans un ensemble beaucoup plus vaste qui comprend tout l'environnement, le contexte et les réseaux de connaissance de l'auteur. Qu'en pensez-vous ?
Merci Christophe pour cette tribune réactualisée, qui soulève des questions cruciales.
Il y a peut-être deux mondes qui cohabitent, celui de l'édition chez "les grands", qui doit répondre à des critères, à des modes, "l'air du temps", correspondre à des standards pour "vendre", ce qui est de toute façon le but ultime, et celui de votre site, plus libre, sans le carcan commercial imposé. C'est finalement une question qui peut se poser dans n'importe quel domaine artistique.
Peut-être que quand un artiste cherche à vendre pour vendre, il perd son âme. Il devient effectivement une marque.
Le plus intéressant dans tous les livres que l'on peut trouver sur votre plateforme, en tout cas ce qui moi m'intéresse le plus, ce sont les auteurs qui font l'effort de se livrer, de creuser dans leurs profondeurs, ou celles des autres, autour d'eux, et de réfléchir à ce qu'ils ont trouvé.
Car au fond de chacun, il peut y avoir des pépites, des émotions fortes, négatives ou positives, témoins d'un élan vital, d'une volonté ou peut-être d'un besoin de partager.
Un auteur qui sait rester authentique et sincère ne deviendra pas une marque, car il ne sera pas dans le marketing.
En tant que lectrice, j'ai parfois eu le désir de lire tous les livres d'un auteur. Il apparait assez nettement que la qualité n'est pas toujours d'un niveau constant...
Un excellent auteur peut aussi finir par écrire des platitudes. On sent qu'il s'essouffle, qu'il n'a peut-être rien à dire à cette période, ou qu'il tourne en boucle, qu'il ne se renouvelle pas, ou pas aussi bien qu'on aurait pu l'espérer. Il faut aussi savoir sortir de ses ornières :)
Merci d'avoir lancé ce débat et de nous offrir cette plateforme à l'esprit ouvert !
En tant que lectrice, je pense que chaque auteur possède sa "marque de fabrique" comme tout autre produit, un V. Hugo, un G. Sand... Par exemple, si je veux lire un policier, j'irai plutôt vers celui-ci que celui-là, parce que celui-là use du même procédé (marketing ou pas) pour construire ses intrigues ; j'en ai lu un, je les ai tous lus. Tandis que celui-ci sait m'embarquer chaque fois dans une nouvelle évasion. Je ne reste pas fidèle à une marque en matière de lecture, j'en teste d'autres et parfois, j'ai de belles surprises qui correspondent à mes goûts.
@Six-Blaireaux, pour me joindre : viti.catarina*gmail.com, tout simplement.
@Six-Blaireaux : Qu'est-ce qui me pousse à visionner (et revisionner) tous les films de Lynch ou de Jarmusch, Ozu, et/ou qui vous voudrez ? Qu'est-ce qui me pousse à passer des mois entiers en compagnie d'un écrivain dont je vais lire une douzaine d'ouvrages à la suite ? Idem avec les autres arts, mais pareil aussi avec un ou une cheffe ? Qu'est-ce qui me pousse à aller régulièrement manger dans le petit resto d'Oriane ? (ne cherchez pas, elle n'est connue qu'ici, dans ma campagne).
Pour moi la réponse est simple : ces gens (auteurs d'œuvres différentes) sont des éclaireurs. Chacun dans son style, dans sa catégorie passe l'essence de son existence à décliner un univers (visuel, auditif, olfactif, gustatif, kinesthésique (sachant qu'un écrivain couvre tous ces champs par son écriture)).
Pour moi, un écrivain, puisque c'est de lui que nous parlons, est cet individu qui largue les amarres et prend la mer. Et sa vie va consister en cette traversée unique et merveilleuse. Toute sa vie va se tendre vers un seul but : capturer le souffle du vent dans sa voile, et nous en donner un aperçu à travers un écrit. C'est ce que j'appellerais sa marque, sa griffe. Car il en va des marques et des griffes en littérature (ou en littératoche), comme dans les autres domaines : Mac Do est une marque, Oriane Journeau aussi. Nothomb est une signature, mais Handke aussi.
Bref, une marque ce n'est pas toujours plus de la même chose (sauf Mac Do & Co), mais c'est toujours plus haut, plus profond, plus beau, plus vrai, plus plus, mais toujours dans la recherche d'une voie particulière. Et c'est cela qui est exaltant et qui m'inspire.
Et il me semble que si j'écris, c'est pour trouver cette voie qui est la mienne... et la diffuser... au cas où elle puisse devenir l'objet d'inspiration d'un lecteur.
En tout cas, créer cet univers personnel, trouver ce ton qui n'appartiendrait qu'à moi (cette "marque" si vous voulez), est ce qui me motive à écrire.
Voilà. J'ai répondu à la question ?
Un article d'une importance capitale.
Bien sûr, on écrit pour soi-même mais surtout pour être lu. A mon avis, donc, l'auteur n'est pas une marque, qu'il soit connu ou inconnu. Car avec les lettres de l'alphabet, il existe une infinité de combinaisons pour écrire un livre. Par exemple, un écrivain qui a écrit pendant l'année, un livre sur un thème donné, peut l'année suivante, offrir une autre variante du livre conçu sur le même thème, selon ses nouvelles inspirations. Comme quoi, on revient à l'affirmation qu'un auteur n'est pas une marque de fabrique, même si les éditeurs le considèrent, s'il a du succès, comme un simple produit commercial, puisqu'ils sont omnibulés par le critère de rentabilité comptable. Quoi qu'il en soit, je pense que lorsqu'on écrit, on cherche également à sortir de la routine quotidienne, à s'évader, à vivre à travers ses personnages réels ou fictifs, une autre vie que la sienne.
Bonjour. J'imagine que c'est surtout une question de positionnement de l'auteur. Que recherche-t-il ? A faire durer une recette qui marche là où il a rencontré le succès, ou à laisser sa muse et sa plume s'exprimer au gré de son inspiration et de ses envies ? Quand on veut vivre de sa plume, j'imagine que ça peut être, à un moment donné du moins, un choix difficile. On est forcément tributaire, au moins en partie, de cette "entité" publicitaire, et quand bien même on écrirait dans des styles et des genres différents, il est possible de se retrouver catégorisé et "étiqueté" par les lecteurs comme par les éditeurs. Un auteur n'est pas une marque, mais au-delà des impératifs commerciaux et des relations avec un éditeur qui attend parfois des choses très précises, il y a des lecteurs à satisfaire, et certains lecteurs n'imaginent pas leur auteur préféré dans un autre genre. Ca ferait dispersion, moins crédible. Difficile de trouver un équilibre entre passion créative et satisfaction du public, surtout quand on a déjà un public. Au-delà du simple marketing, il peut il y avoir la peur de décevoir. Au fond, la question ne serait-elle pas : les auteurs écrivent-ils pour eux, pour les lecteurs, ou pour les deux ? C'est bien de cette relation avant tout que découle le concept de marque, n'est-ce pas ?
Je ne vais pas nier qu'il existe une "patte" Boris Phillips: des manies de style; des tics de langage... Seulement, je mets mes lecteurs au défi: prouvez, si vous le pouvez, que je suis "unificateur" dans le choix des genres d'expression écrite! Dès mes débuts de "jeune auteur", j'ai revendiqué l'étiquette de "polygraphe" et je compte m'y tenir... Est-ce cela être une "marque"? Je n'ambitionne pas le "Nobel"; j'ai trop de talent pour cela! Est-ce de la mégalomanie? Oui, pure et dure! En écrivant cela, je pose MON repère: l'humour et la dérision...
Cordialement.
Boris Phillips.
Je suis plutôt d'accord avec Marianne. Écrire n'est pas comme faire cuire un gâteau en mettant tous les ingrédients dans un «moule». On peut utiliser son propre style dans tous les genres. Et d'ailleurs, tous les grands auteurs s'accordent pour dire qu'il n'y a pas de recette miracle. Je prends comme exemple, James Patterson, l'auteur le plus réputé dans son genre, le polar, qui a publié récemment une série jeunesse, qui n'a aucun rapport avec son style habituel. La vraie recette est d'être soi-même, authentique.
....certes. Cependant, je pense que quand on a rendez-vous avec un auteur, c'est parce que son style, son rythme, sa vision du sujet qu'il décide de traiter nous attire. Un Pierre Lemaître a fait du polar avant "au revoir là haut", de même Ken folett avant "les piliers de la terre" ou un E.E.schmidt qui surf de recueil de nouvelles en romans divers. Faisons confiance au lecteur pour lui laisser picorer son plaisir et se laisser surprendre par la créativité des auteurs qui savent, trans-genre, distiller l'ADN de leur talent hors marketing éditorial. La caricature Nothomb et ses 249 pages en corps 16 syndicalement livrées chaque début septembre reste un cas isolé de mangeoires à historiettes. Beaucoup d' autres continuent de nous enchanter!