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Le 13 déc 2018

Ecrit-on de la même façon à la main ou avec un ordinateur ?

Ecriture cursive, écriture scripte, écriture typographique. Certes tout est acceptable, tant que les mots sont jolis et que les phrases s'enchaînent. Mais s'est-on vraiment posé la question de l'influence des modes d'écriture sur notre manière de lire, de rédiger, d'écrire un roman ? "La comédie humaine" aurait-elle été identique si elle avait été tapée au Mac ? Un Agatha Christie écrit à la plume d'oie aurait-il été aussi efficace ?
Est-elle talentueuse parce qu'elle frappe ?Est-elle talentueuse parce qu'elle frappe ?

Un jour on n'apprendra plus l'écriture cursive

On a cru (par erreur ) en 2014 que la Finlande allait supprimer l’enseignement de l'écriture manuscrite, on apprend aujourd’hui que certains Etats des Etats unis ont supprimé l’apprentissage de l’écriture cursive au profit de l’écriture script. Les ordinateurs entrent en maternelle.

Or selon une Etude norvégienne de 2015, si un enfant ne sait pas tracer une lettre, il en perd des facultés de lecture. Au clavier, le geste diffère, c’est un point de frappe qui permet de rejoindre une lettre particulière dans un alphabet présenté de façon particulière. Tous les mouvements sont identiques et on ne génère plus ce qu’on appelle une mémoire sensori-motrice. 

Manuscrit ou tapuscrit, écriture à la main ou à l’ordinateur

L’écriture manuscrite favoriserait la lecture 
« D’après cette même étude, l’apprentissage de l’écriture manuscrite (qu’elle soit script ou cursive) amène les enfants à faire un mouvement qui ressemble à la forme visuelle de la lettre. Cette mémoire est indispensable lorsque l’enfant se place en position de lecteur car la mémoire motrice assiste la vision de la lecture des lettres.

Si les échantillons traités ne permettent pas de tirer des conclusions définitives de ce type d'experience et de ses méfaits. On pourra évoquer les défauts de l’electronique, la dépendance qu’ils génèrent. Et in fine, prendre conscience que notre vie ne serait pas la même sans internet et sans smartphone.
Paradoxe : certains constructeurs gèrent cette contradiction en réintroduisant la notion d’écriture manuscrite sur les ordinateurs via les stilets.

 Pour les écrivains célèbres, le passage à l’ordinateur a eu de grandes conséquences. Paradoxalement divergentes

Jean Rouaud Goncourt 1990, en passant à l’ordinateur étire les phrases à l’infini .
«Mes phrases se construisent au fur et à mesure que j'avance et là où, avant, j'avais envie de marquer une pause,.. » déclare t’il.
Et pourtant l’ordinateur est un outil chirurgical qui pourrait appeller la brièveté.

«Gommer, corriger, rajouter, raturer, sont le propre de l’écriture cursive. Beaucoup ont un rapport physique au texte. Comme une lutte à armes égales. Ecrire à la main est alors vital. L'ordinateur n’étant qu’une mise au propre, une pré-édition en quelques sorte.
La spontanéité et le naturel ne viennent pour eux que du crayon et du papier, la naissance de l’idée, d’un guide naturel, garant de la créativité. L'écriture manuelle, on la suit mais on ne la voit pas. Elle est nécessaire pour certains écrivains qui ont besoin de se perdre, de s’égarer, de s’épancher. 

L’écran, quant à lui crée une distance, un filtre aseptique, distant duquel le naturel ne peut jaillir, pense Philippe Grainville qui, selon les circonstances utilise l’un ou l’autre. L’objectivité d’un écran est évidente,  il affiche mécaniquement et violemment le produit de l’écriture. 
Mais attention, l’ordinateur a une fonction. Il est aussi un outil pour optimiser la forme : repetitions, scories et orthographe, utile même pour ses détracteurs. Le bruit du clavier : un ronron, une manifestation objective que le travail avance, inéluctablement.

Ecrire à l'ordinateur, c'est un jeu, une pièce de musique à orchestrer

«Un texte sur l'écran, on l’attaque. Il y a toujours possibilité de revenir.  Modifier la structure du roman , inverser les paragraphes, replacer ou supprimer. C’est un jeu, une pièce de musique à orchestrer..» . Pour Picouly , écrire à l’ordinateur amène à la synthèse, à l’essentiel : couper, ramasser, percuter, remettre en question, brouiller les cartes. L'objectivation rapide de la machine agit comme un verdict. C’est bon ou pas. 
Une écriture manuscrite, à l’inverse amènerait à la subjectivité, l’auto-contemplation, au chaos du brouillon disent les facétieux

Alors faut-il viivre l'ordinateur comme une libération venue rompre un enchainement de longues contraintes ? «Une libération de l'imagination et de l’intelligence, dans un cadre strict, "défini". Esthetique, pourquoi pas, dans sa lumière bleutée, à la typographie impéccable, qui déssine avec netteté le brouillon de vos pensées. 
Un vecteur éclair qui permet la transmission de l'esprit éclairé du romancier.

Nous n’avons pas le choix, l'ordinateur s'impose. Alors soyons optimiste. Louons le.
Ses vertus sont réinventées, optimisées chaque jour., il écrira peut-être un jour des romans tout seul .

Bien entendu @FANNY DUMOND, le Journal de Claire a été écrit à la main, d'où son intérêt en même temps qu'un souvenir inestimable et pérenne. D'ailleurs, l'informatique était naissante dans les années 80.
J'imagine quand, en peignoir de bain, elle s'installait à la table de travail dans sa chambre romantique, ouvrait ce gros cahier noir, décapuchonnait son stylo Waterman, inscrivait la date en premier, puis se concentrait un instant avant de laisser courir la plume en s'appliquant, déjà consciente que son Journal aurait une utilisation future.
Un objectif d'écriture que l'ordinateur ne pourra jamais égaler.
Les grands écrivains du 19ème siècle et du début du 20ème qui écrivaient avec un porteplume avaient tout le loisir de réfléchir car il fallait régulièrement tremper la plume dans l'encrier et parfois tamponner le feuillet avec le buvard. Rien à voir avec "l'écriture au km" de ceux qui tapent sans se soucier des fautes éventuelles ni de la présentation.
Pour ce qui me concerne, j'ai gardé le même modus operandi que lorsque j'écrivais à la main : je prends mon temps pour réfléchir, je soigne en même temps la présentation, l'orthographe et la ponctuation. Je me targue d'être de la vieille école, formé par les hussards de la République... auxquels on vouait un respect qui semble-t-il n'a plus cours aujourd'hui. Autre temps, autres moeurs, pas forcément pour le meilleur dans la mesure où l'on constate que les valeurs tendent à disparaître. Amitiés, chère Fanny qui partage mes valeurs.

Publié le 18 Décembre 2018

J'imagine @FANNY DUMOND que vous faites allusion à ceci que j'ai lu le mois dernier :
https://www.courrierinternational.com/article/litterature-bienvenue-dans-lere-du-roman-assiste-par-ordinateur
Effectivement, si l'ordinateur est là pour remplacer l'humain et non le seconder, nos lendemains ne sont pas très réjouissants et les personnages romanesques risquent d'être froids.
Pour ma part, travaillant sur l'ordinateur depuis le tout début des années 90, mon mac est mon outil le plus précieux. Aussitôt mon esprit défaillant sur un synonyme, vite le dictionnaire m'en donne une flopée. Hésitant sur le véritable sens d'un mot, hop ! je ne commets pas l'erreur (et souvent on fait des pléonasmes sans le savoir car le mot contient déjà son adverbe).
Mais depuis l'année dernière, j'ai acheté un "paperblanks", sorte de cahier qui sert certainement à tenir son journal intime. Moi, j'y couche au stylo mes idées dans l'instant, car très souvent, je les oublie aussi sec ! Et la plupart du temps, ça ne me sert à rien : je stocke des bêtises. Dernière en date : j'ai noté, le 15 décembre, une phrase qui est venue toute seule dans ma tête: "Démarrons par des châtaignes".
C'est totalement inutile, mais je l'ai notée.
Le 20 mars : "Les amis ont été inventés pour être trahis, la famille pour se fâcher, l'amour pour les ruptures". Sans doute un jour de doute !
FF

Publié le 17 Décembre 2018

Je rejoins @Michel CANAL. Je suppose que le sublime journal intime de Claire était manuscrit. La plupart de mes écrits se font en deux temps : un brouillon manuscrit puis une mise au propre avec l'ordinateur et toutes ses fonctions bien utiles, je ne le nie pas. Certes c'est plus long de tout ressaisir, surtout avec les renvois, les flèches, etc... J'ai écrit ainsi tout un roman en 8 jours installée sur mon transat à l'ombre de mon érable car c'était impossible de le faire avec l'ordinateur posé sur les genoux ! Mon stylo était pris de frénésie. Plusieurs études démontrent que les fonctions cognitives ne sont pas les mêmes selon que l'on écrive à la main ou sur ordinateur : écrire à la main est un avantage cérébral, les notes manuscrites stimulent la mémoire, la créativité et la pensée et nous retenons souvent mieux les informations écrites à la main. Dernièrement, j'ai vu un reportage sur certaines universités qui bannissent l'ordinateur pour la prise de notes durant les cours. Étonnant : certains chercheurs se penchent sérieusement sur un projet d’algorithme qui écrirait des romans tout seul ! Je m'en vais de ce pas faire un tri dans mes innombrables notes éparpillées sur mon bureau ;-)

Publié le 17 Décembre 2018

Comme il serait dommage que l'écriture cursive disparaisse ! Je dirais, pour ce qui me concerne, pour avoir beaucoup et longtemps écrit à la main, que l'écriture cursive est l'écriture du coeur, de l'inspiration, en même temps que le reflet de sa personnalité. Quand les mots sont posés sur leur support papier, ils sont quasi définitifs s'il s'agit d'une lettre qu'il est hors de question de raturer. S'il s'agit d'un manuscrit, il pourra être raturé à la lecture et aux relectures, éventuellement, le feuillet sera chiffonné et jeté à la corbeille s'il est jugé non satisfaisant.
Taper un texte sur le clavier ne développe pas la même profondeur. Les mots jaillissent plus aériens, plus rapidement. L'inspiration est spontanée, mais probablement plus brouillonne. Quelle importance s'ils ne s'avèrent pas justes ; ils seront supprimés ou déplacés, remplacés sans peine, c'est la facilité de l'ordinateur. A l'ordinateur, je reconnais essentiellement la capacité de présentation, de mise en forme, la facilité de lecture. Je reste persuadé que mes textes ne peuvent pas avoir la même profondeur de pensée.
Je crains essentiellement une chose dont je prends conscience : écrivant moins à la main, je constate à regret que j'écris moins bien et moins facilement. Serais-je à ce jour encore capable d'écrire une belle lettre d'amour, une nouvelle, un manuscrit de roman en y mettant le même coeur, la même passion ?
Il conviendrait donc de ne pas perdre la facilité et l'aisance de l'écriture cursive, tout en sachant que l'ordinateur est devenu l'outil indispensable pour le côté pratique.
L'idéal serait peut-être de procéder en deux phases : un "brouillon" manuscrit pour la profondeur de l'inspiration, une mise au propre sur l'ordinateur.

Publié le 15 Décembre 2018

À la question posée, et pour ce qui me concerne, je réponds NON, mille fois, non.
Pour moi, l’ordinateur est comparable à un ring. C’est l'endroit où que je me bats sans relâche avec les mots, les phrases, le rythme, la musique.
Mais ce n’est certainement pas le lieu où nait l’inspiration.
Papier, stylos de couleur, schémas heuristiques, morceaux de feuilles criblées de notes indéchiffrables, c’est dans ces conditions qu’apparaît la structure des textes et c’est là que je viens retrouver le fil quand il s’amenuise.
Donc, pour résumer.
Structure, cœur et fil de l’histoire, choix de la ligne musicale : à la main.
Réalisation, rédaction, recherche du rythme, du souffle, des couleurs, etc. : au clavier.

Publié le 15 Décembre 2018