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Le 16 aoû 2018

Ecrit-on de la même façon à la main ou avec un ordinateur ?

Ecriture cursive, écriture scripte, écriture typographique. Certes tout est acceptable, tant que les mots sont jolis et que les phrases s'enchaînent. Mais s'est-on vraiment posé la question de l'influence des modes d'écriture sur notre manière de lire, de rédiger, d'écrire un roman ? "La comédie humaine" aurait-elle été identique si elle avait été tapée au Mac ? Un Marc Levy écrit à la plume d'oie aurait-il été aussi efficace ?
Est-elle talentueuse parce qu'elle frappe ?Est-elle talentueuse parce qu'elle frappe ?

Un jour on n'apprendra plus l'écriture cursive

On a cru (par erreur ) en 2014 que la Finlande allait supprimer l’enseignement de l'écriture manuscrite, on apprend aujourd’hui que certains Etats des Etats unis ont supprimé l’apprentissage de l’écriture cursive au profit de l’écriture script. Les ordinateurs entrent en maternelle.

Or selon une Etude norvégienne de 2015, si un enfant ne sait pas tracer une lettre, il en perd des facultés de lecture. Au clavier, le geste diffère, c’est un point de frappe qui permet de rejoindre une lettre particulière dans un alphabet présenté de façon particulière. Tous les mouvements sont identiques et on ne génère plus ce qu’on appelle une mémoire sensori-motrice. 

Manuscrit ou tapuscrit, écriture à la main ou à l’ordinateur

L’écriture manuscrite favoriserait la lecture 
« D’après cette même étude, l’apprentissage de l’écriture manuscrite (qu’elle soit script ou cursive) amène les enfants à faire un mouvement qui ressemble à la forme visuelle de la lettre. Cette mémoire est indispensable lorsque l’enfant se place en position de lecteur car la mémoire motrice assiste la vision de la lecture des lettres.

Si les échantillons traités ne permettent pas de tirer des conclusions définitives de ce type d'experience et de ses méfaits. On pourra évoquer les défauts de l’electronique, la dépendance qu’ils génèrent. Et in fine, prendre conscience que notre vie ne serait pas la même sans internet et sans smartphone.
Paradoxe : certains constructeurs gèrent cette contradiction en réintroduisant la notion d’écriture manuscrite sur les ordinateurs via les stilets.

 Pour les écrivains célèbres, le passage à l’ordinateur a eu de grandes conséquences. Paradoxalement divergentes

Jean Rouaud Goncourt 1990, en passant à l’ordinateur étire les phrases à l’infini .
«Mes phrases se construisent au fur et à mesure que j'avance et là où, avant, j'avais envie de marquer une pause,.. » déclare t’il.
Et pourtant l’ordinateur est un outil chirurgical qui pourrait appeller la brièveté.

«Gommer, corriger, rajouter, raturer, sont le propre de l’écriture cursive. Beaucoup ont un rapport physique au texte. Comme une lutte à armes égales. Ecrire à la main est alors vital. L'ordinateur n’étant qu’une mise au propre, une pré-édition en quelques sorte.
La spontanéité et le naturel ne viennent pour eux que du crayon et du papier, la naissance de l’idée, d’un guide naturel, garant de la créativité. L'écriture manuelle, on la suit mais on ne la voit pas. Elle est nécessaire pour certains écrivains qui ont besoin de se perdre, de s’égarer, de s’épancher. 

L’écran, quant à lui crée une distance, un filtre aseptique, distant duquel le naturel ne peut jaillir, pense Philippe Grainville qui, selon les circonstances utilise l’un ou l’autre. L’objectivité d’un écran est évidente,  il affiche mécaniquement et violemment le produit de l’écriture. 
Mais attention, l’ordinateur a une fonction. Il est aussi un outil pour optimiser la forme : repetitions, scories et orthographe, utile même pour ses détracteurs. Le bruit du clavier : un ronron, une manifestation objective que le travail avance, inéluctablement.

Ecrire à l'ordinateur, c'est un jeu, une pièce de musique à orchestrer

«Un texte sur l'écran, on l’attaque. Il y a toujours possibilité de revenir.  Modifier la structure du roman , inverser les paragraphes, replacer ou supprimer. C’est un jeu, une pièce de musique à orchestrer..» . Pour Picouly , écrire à l’ordinateur amène à la synthèse, à l’essentiel : couper, ramasser, percuter, remettre en question, brouiller les cartes. L'objectivation rapide de la machine agit comme un verdict. C’est bon ou pas. 
Une écriture manuscrite, à l’inverse amènerait à la subjectivité, l’auto-contemplation, au chaos du brouillon disent les facétieux

Alors faut-il viivre l'ordinateur comme une libération venue rompre un enchainement de longues contraintes ? «Une libération de l'imagination et de l’intelligence, dans un cadre strict, "défini". Esthetique, pourquoi pas, dans sa lumière bleutée, à la typographie impéccable, qui déssine avec netteté le brouillon de vos pensées. 
Un vecteur éclair qui permet la transmission de l'esprit éclairé du romancier.

Nous n’avons pas le choix, l'ordinateur s'impose. Alors soyons optimiste. Louons le.
Ses vertus sont réinventées, optimisées chaque jour., il écrira peut-être un jour des romans tout seul .

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