Actualité
Le 28 Jan 2019

Qu’est ce qu’un roman court ?

Un roman court, c’est la brièveté poignante d’une émotion qui file comme une étoile. Les écoles s’affrontent : y a t'il une taille idéale de roman ? Au moment ou les générations montantes qui lisent moins (de romans) se portent souvent sur les petits livres, peut on évaluer sur les mêmes critères un long roman d’un roman bref ?
Romans courts : politique éditoriale, volonté d'auteurs, ou air du temps ?Romans courts : politique éditoriale, volonté d'auteurs, ou air du temps ?

Quelle est la différence entre une grande nouvelle et un roman court ?

La nouvelle est courte et peut la plupart du temps être lue d’un seul trait. Le lecteur n’a pas à s’interrompre comme avec un roman. Tout est capturé dans un espace temps fermé et l’univers présenté est extrêmement concentré. Même si elle raconte une vie, la nouvelle en raconte un aspect particulier déterminant pour le destin qu’elle décrit. Entre le début et la fin de la nouvelle littéraire, une transformation psychologique majeure s’est opérée chez le personnage principal.

La concision et la déformation du temps en font ses caractéristiques : peu de personnages, d’événements et de lieux. Tout est réduit et déformé pour aller à l'essentiel car la nouvelle tire souvent des morales. Trente ans en 2 lignes, une heure en 10 pages. Une action unique. 

Les romans, quand à eux, même s’ils sont brefs multiplient souvent les intrigues ou les péripéties. Ils cherchent à créer un climat, à marquer les traces du temps et obéissent aux règles du schéma narratif. Mais il faut convenir que la ligne est parfois floue entre les deux genres.

Pour conclure à la hussarde, on peut dire qu’une nouvelle fait partie d’un recueil et qu’un roman, si court soit il représente une « entité narrative » complète qui est l’objet complet d’un ouvrage.

Le roman court, un genre qui a même fait l’objet d’une vocation d’éditeur

 Une éditrice de Montréal, Brigitte Bouchard, a lancé sur le marché,  il ya une quinzaine d’années, une collection de romans « brefs ». La collection « les Allusifs » se réfère à Kawabata qui qualifiait ses propres romans d’allusifs. Avec moins de cent pages généralement, Ils se distinguent par leur format poche blanc cassé. C'est un ajôut au monde général de la littérature, des ouvrages que les grandes maisons refusent pour cause de « brieveté ».
"C’était plus une opportunité qu’un accident" déclare Brigitte Bouchard.
« J’ai réa­lisé que, dans ma biblio­thèque, j’avais plu­sieurs textes courts de très grands auteurs ; et cela m’a donné l’idée de mettre le focus uni­que­ment sur les romans courts » 
Elle a par la suite invité des auteurs à écrire des romans courts, dont André Marois.

Quelques grands chefs d’œuvre sont des romans courts.

De "24 heures de la vie d’une femme" de Stefan Zweig, à "Gatsby le manifique" de Fitzerald. Du "Petit Prince" à "l’étranger" de Camus. Des "aniimaux de la ferme" d’Orwell au "Joueur d’échec". De "Candide" au fameux "Prophète" de Khalil Gibran. 
Tous les grands auteurs, Voltaire, Lewis Carroll, Stefan Zweig, Hemingway, Molière, Victor Hugo, Machiavel, Garcia Lorca ont écrit des "perles miniatures". On les admire d’autant plus qu’on rapproche ces ouvrages à des densités de parfum. Ciselés, directs, dépouillés ils ont souvent des qualités de style épurés qui vont droit au but, droit au cœur. Et leur brièveté participe à leur essentialité.

Et vous auteurs avez-vous intérêt à écrire des romans court ?

Bien sur que la brièveté n’est pas synonyme de qualité. 
Et pourtant on vous blâmera moins pour un premier roman court médiocre qu’un long roman ennuyeux et mal écrit. Nombre de lecteurs sont plus enclins à acheter un court roman qu’un livre de 1500 pages qui n’est pas plus prometteur de qualité littéraire.
Du côté du lecteur, les styles de vie, le rythme professionnel oblige à une rigueur d’emploi du temps souvent dommageable aux longs ouvrages.

Outre le prix, un petit livre est moins cher à imprimer donc moins cher au prix de vente. La facilité de corriger (directement liée au volume) en est réduite d'autant.
Sans compter la réécriture, cet immense démon qui prend en moyenne six à dix fois plus de temps que l'écriture initiale.
Ce temps de révision, c’est aussi le temps de l’éditeur qui secrètement, rêve bien sûr d’un bon livre court à corriger plutôt qu’un roman fleuve sans limite
Enfin, et c’est peut être le seul argument de bonne foi, ce sera moins ardu de donner du rythme à votre récit et d’harmoniser sa cohérence sur un texte concentré..

Et le lecteur dans tout ça ?

Il varie. S’installer dans un livre est une tâche pour beaucoup, difficile. Alors terminer un livre dans lequel on vient d'apprivoiser les héros est frustrant. 
Quand les personnages sont campés, que l’intrigue intéresse, que l’investissement psychologique est fait, on a envie de s'immerger. La magie de l’immersion, de la vie avec un livre, qu'on retrouve, qu'on délaisse, participe aux plaisirs de la lecture. C'est avec les longs romans qu'on y goûte.

Les recits brefs d’Amélie Nothomb caracolent en tête des ventes. Le succès du roman court est lié à une forte demande des lecteurs. On le déprécie parfois en l’ assimilant à un phénomène éditorial. L’appellation « roman court » est suspecte pour la critique, artificiel, superficiel. Des écrivains à succès comme Éric-Emmanuel Schmitt, Anne Gavalda, Gilles Legardinier ont un rythme de publication annuel que rendrait sans doute impossible la conception de récits plus longs.

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13 CommentairesAjouter un commentaire

Que n'ai-je lu cet article plus tôt !
Moi qui, sous la pression, culpabilisais de toujours faire trop court.

Pourtant, n'est-il pas essentiel d'amener à la lecture tous ceux qui sont effrayés ou découragés par plus de 100 pages ?

Publié le 04 Janvier 2023

Pour moi ce n'est qu'un renouveau de genre, Haiku par exemple de condition libre sans règles.

Publié le 04 Août 2022

La novella n’est ni une nouvelle obèse ni un livre avorté. C’est une expérience littéraire absolument à part et résolument singulière. Dès sa conception, elle contraint l’auteur à une gymnastique particulière et unique.
Si l’art de la nouvelle consiste à chuter savamment et avec élégance, la novella, au contraire, suggère un décollage, une dissolution du texte dans un cadre ouvert dépassant celui du roman long. La brièveté de la narration la rend dense et invite le lecteur à s’immiscer très étroitement dans les desseins de l’auteur. Rien à voir, donc, avec une nouvelle où l’écrivain mène la danse de bout en bout.
À un autre niveau, la novella ne peut pas se contenter de l’anecdote, elle n’atteindrait pas ses buts. Elle doit être reliée à une thématique profonde et universelle. Mon cœur penchant vers l’Italie, je citerai mon compatriote napolitain Erri de Luca (Et il dit, Au nom de la Mère, etc.) qui sait métamorphoser l’écriture en un alphabet sacré et nous offre une véritable expérience mystique en quelques dizaines de pages. Alessandro Baricco : Novecento, 96 pages pour se fondre dans l’océan des origines et du Mystère. Ou Milena Agus (La comtesse de Ricotta, Mal de pierres, Quand le requin dort) auteure d’un univers pictural à la fois Brut et Naïf et Païen.
Ces trois exemples suffiraient à démontrer qu’on ne peut s’aventurer dans la novella qu’en ayant au préalable fondé un univers tangible, fort, arrimé à des thématiques puissantes et profondes car la novella n’est pas un format « bâtard » : elle recèle la beauté et la fulgurance des miniatures.

Publié le 05 Février 2019

J'ai publié sur Monbestseller un roman court, ou longue nouvelle, "La théorie de l’Ève" africaine que vous avez désigné comme le "livre + de la semaine" et m'avez proposé une très belle couverture.
La raison de cette brièveté tient à ce que raconte ce roman, qui est peut-être intéressant ou captivant en 34 pages, mais aurait été ennuyeux dans un format plus long.
De plus, il doit faire partie d'une trilogie que je suis en train d'écrire, et ce format correspond tout à fait à ce que je recherchais.
J'espère que des lecteurs seront intéressés et qu'ils l'apprécieront.

Publié le 03 Février 2019

En même temps je viens de terminer la lecture du dernier Murakami. Deux tomes de quasiment 4OO pages chacun et on se dit que zut, c'est déjà fini... Et puis un gentil éditeur s'occupe de "Cinq Aquarelles", qui faisait difficilement 150 pages, il en fait aujourd'hui 300 et franchement, c'est beaucoup mieux. Quand on écrit, on est un peu dans son monde à soi et on a tendance à négliger tout ce que les lecteurs ne savent pas, enfermés que nous sommes 24h sur 24 dans notre histoire.

Publié le 02 Février 2019

J'aime beaucoup écrire des romans courts. Cela permet de se concentrer sur une seule problématique tout au long d'une histoire, de peut-être mieux creuser le ou les personnages. J'ai déjà deux romans courts à mon actif, Mémorial Tour et 3 à Manhattan, cependant, je qualifie ce dernier de Novella arce qu'il ne dépasse pas les 70 pages . Ce qu'on appelle un roman court en France correspond souvent à un format très répandu aux États-Unis et en général dans la littérature anglophone : Novella. Dans la Russie de la fin du 19e siècle, il y avait le Povest. Les exemples que vous donnez dont Les animaux de la ferme par exemple est classé Novella dans la littérature anglo-saxonne. Selon la longueur, le texte sera classifié dans le monde francophone par nouvelle ou roman, alors que Povest est toujours traduit par roman en français... J'ajoute à votre définition du roman court qu'il y a rarement des intrigues parallèles dans un roman court. L'étranger en est un bon exemple, La novella La métamorphose aussi pour ne parler que de deux œuvres très connues et dont je me souviens. Les formats évoluent au long des années et il n'y a finalement pas plus polyphorme que le roman ! Bonne continuation à tous.

Publié le 31 Janvier 2019

Actuellement, on peut lire sur le site "une nounou pour Noël" :
https://www.monbestseller.com/manuscrit/10502-une-nounou-pour-noel
C'est un roman court tout à fait charmant. Il semble que certains lecteurs réclament une suite, mais selon moi il est très bien comme ça. Allez le lire et donnez votre avis!

Publié le 30 Janvier 2019

@Rezkallahmo c'est joliment dit... je suis justement en train de découvrir votre livre, je viendrai vous faire part de mes impressions sur ces élans, que je connais aussi!

Publié le 30 Janvier 2019

@Victoire Sentenac,

Histoire de trancher, :)je dirai que je préfère écrire des romans courts, aussi parce que les matériaux avec lesquels je travail, si marient à merveilles. La toute puissance d'un élan éphémère, d'une pulsion qui meurent aussi vite qu'elle est née, mais qui vous marque à vie, comme un visage croisé, dans la foule qui vous trouble, et, le temps d'un battement de paupières, s'évanouie pour toujours;

M.R

Publié le 30 Janvier 2019

@Rezkallahmo pourquoi choisir en effet!! ;-)

Publié le 30 Janvier 2019

Bonjour et merci pour ce partage ! Je suis fan des romans courts, j'aime dévorer un livre et c'est impossible avec des pavés qui j'avoue me rebute...Le maximum pour moi se situe entre 250 et 350 pages, et pas écrit tout petit si possible. Ce que j'apprécie dans le roman court, c'est l'intensité de l'émotion (s'il y en a bien sûr), entrer dans une danse et ne plus la lâcher avant la dernière note, le crescendo, ce corps-à-corps avec l'histoire qui me happe, et refuse de me libérer...Je serai en tant qu'auteur incapable d'écrire des romans de plus de 350 pages, mais j'admire le talent de ceux qui le font avec brio...Jolie métaphore d'avec le sexe...Belle journée ! Thalia

Publié le 30 Janvier 2019

@Victoire Sentenac, Bonjour,

De ce que j'en sais, il faut atteindre la centaine de page, pour prétendre à une longue nouvelle ou le court roman. Sauf exception, j'ai croisé peu de livre de soixante page dans les rayons littéraire, catégorie roman. Certains auteurs peuvent en dire long en une phrase, d'autres, ils noirciront une page voir deux pour expliquer l'équivalent. De même qu'ils y a des lecteurs qui lisent debout dans le train, dans le bus, aux toilettes, pendant la pause, alors un roman court sera parfait pour eux, et ils y a les autres, ce qui aiment prendre leur temps, savourer chaque détails d'un univers, qui se régalent de longue descriptions, d'histoire sans fin. Pour ma part arrivé les cents pages, avec le même personnage, je me lasse et je perd la motivation, alors que si j'alterne entre deux temporalité, je pourrai écrire plus longtemps, sans me lasser en passant d'un personnage à un autre. c'est une question de sensibilité.
Pour finir je dirai, que comme pour le sexe,entre un coup vite fait, ou une nuit blanche d'amour, pourquoi choisir :)

M.R

Publié le 30 Janvier 2019

Merci pour cet article, je me posais justement la question à propos d'un récit d'à peine 60 pages que j'hésite à présenter comme un "roman court" ou une "nouvelle longue"... Je crois que je préfère l'idée du roman, même court! Pour moi la nouvelle doit faire partie d'un recueil (idée reçue, peut-être?), et j'ai envie que cette histoire se lise seule. En tous cas les belles références que vous citez donnent toute sa légitimité au roman court, après c'est une histoire de goût effectivement...

Publié le 30 Janvier 2019