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Le 20 fév 2019

« Un livre doit remuer des plaies, en provoquer même. Un livre doit être un danger ».

"Je n’écrirai plus jamais un seul mot sur ma famille. C’est ma certitude. La leçon comprise, j’ose juste espérer écrire à nouveau, tout simplement..." Nathalie Maulet nous émeut. Pour essayer d'expliquer ses maux par l'écriture, elle complexifie sa vie
Le pardon guéritLe pardon guérit

« Un livre doit remuer des plaies, en provoquer même. Un livre doit être un danger ». 

Cette phrase résonne en moi avec véhémence. Lors de l’écriture de mon premier roman, les trois cahiers, je ne souhaitais pas réveiller les douleurs familiales et surtout, le dessein de ce projet ne se voulait nullement vindicatif et régleur de comptes. 

L’erreur commise fut d’avoir la prétention de réparer ma mère et ma famille. Je n’ai fait qu’appuyer là où cela faisait très mal. Nécessaire ? Certainement. Mais au moment de la mise en ligne de mon livre, je n’imaginais à aucun moment qu’il serait « découvert » par certains membres de ma famille avec qui j’étais déjà en rupture, car il ne leur était pas destiné. Et la Vie s’est chargée de déposer sur leur chemin mes écrits, révélant ainsi mes pensées les plus sincères, mais aussi mes jugements parfois rudes. J’ai semé des petites graines que je pensais inoffensives. Elles se sont révélées être des baobabs. J’ai reçu leur haine en plein visage. Les plaies que j’ai rouvertes, suintant depuis des années, ont explosé libérant la rancœur et l’amertume. Nécessaire ? Sans aucun doute. 

L’ai-je regretté ? Au début, oui. J’ai culpabilisé vis-à-vis de ces fantômes que j’avais bafoués, selon mes détracteurs féroces. Puis j’ai cheminé en essayant dans un premier temps de me pardonner. Le pardon apaise. Le pardon soigne. Le pardon guérit. Et j’ai pu enfin leur pardonner aussi. 

Mais mon livre a été sali. J’ai eu le sentiment que mon intention n’avait pas été comprise. Je l’ai alors condamné à errer au fond d’une mémoire virtuelle. 

Aurais-je un jour le courage de lui rendre la lumière pour qu’il reçoive l’amour et non la colère ? 
Le chemin n’est pas fini. La Vie me guide vers la sérénité si difficile parfois à atteindre. Elle m’enseigne aussi au travers de ces événements violents et cruels parfois à être humble et à reconnaître mes torts. 

Je n’écrirai plus jamais un seul mot sur ma famille. C’est ma certitude. La leçon comprise, j’ose juste espérer écrire à nouveau, tout simplement... 

Nathalie Maulet

17 CommentairesAjouter un commentaire

@Nathalie M.
Rousseau considérait que la conscience est un instinct divin, et qu'en cela il fallait savoir le suivre.
L'important dans votre démarche d'écriture est que vous ayez suivi votre instinct. Quand je parlais de prudence, loin de moi était l'idée de me prononcer sur ce qui doit ou non être fait ou dit. Et personnellement, je ne me suis jamais senti légitime pour répondre à cette question, somme toute très ambitieuse et bien trop personnelle.

Publié le 28 Février 2019

@Hubert LETIERS

Je comprends votre point de vue. J’avoue ne m’etre posée aucune question au moment de l’écriture de mon livre. La seule chose qui me hantait, et ce depuis mon enfance, était de pouvoir réparer ma mère qui avait souffert toute sa vie d’un destin particulier. On parle d’heritage Transgerationnel. Il s’agissait de cela. J’avais vu et entendu ma mère souffrir une grande partie de ma vie à ses côtés. Alors, maladroitement’ j’ai imaginé une autre histoire que la sienne ou du moins une fin. Je me suis autorisée une liberté d’ecriture mêlant la réalité et la fiction, sans penser aux conséquences. Puis, l’inspiration comme compagne, j’ai continué sur la lancée avec ma fratrie que j’ai voulu aussi réconcilier. Un désir passé sous silence. Un espoir aussi. Aïe ! Le réveil fut douloureux mais eut au moins le mérite de mettre fin à tout rêve d’une famille retrouvée.
Alors oui, je ne saurais conseiller que prudence quand il s’agit d’exprimer les sentiments familiaux. Mais ce qui doit être fait, écrit ou dit, se fait, s’ecrit, se dit... amicalement.

Publié le 26 Février 2019

@Thalia Remmil

Je vous remercie Thalia de partager votre expérience qui ressemble à la mienne. Oui, c’est difficile de subir la foudre familiale, d’une fratrie me concernant. On se sent incompris et rejetté mais cela permet aussi de prendre sa place. Pour ma part, c’est le cas. Je crois également en une force de vie supérieure qui nous mène là où nous devons être. Elle nous permet d’experimenter pour apprendre. Alors j’apprends beaucoup ! La violence de cette histoire m’a menée vers une introspection riche qui bien sûr m’aide aujourd’hui à pardonner. Je suis convaincue que le hasard n’existe pas. J’ai écrit pour le bien de tous. Ils ne le savent pas... chacun son rythme et je leur souhaite d’emprunter le chemin spirituel qui les rendra aussi heureux que je le suis.

Publié le 26 Février 2019

@lamish

Merci pour votre gentil commentaire. Je ne baisse pas les bras. Juste une pause dans ma prose ! Cette histoire intime a besoin de temps pour être totalement cicatrisée. Mais la lumière brille bien plus fort depuis. Bien sûr, les mots que j’ai reçus en retour planent encore un peu au dessus de ma tête les matins chagrins. Mais je ne regrette en rien mes écrits. Cette fracture familiale devait avoir lieu d’une manière ou d’une autre. Je comprends votre propos et l’experience que vous partagez. le silence de nos proches est parfois aussi violent que les paroles. À très bientôt, je l’espere.

Publié le 26 Février 2019

@Catarina Viti
Je vous remercie sincèrement pour ce que vous m’avez écrit. L’exactitude de vos propos me touchent. Vous mettez exactement le doigt sur mes ressentis. J’ose espérer que vous dites vrai. Le temps fera son œuvre, sans aucun doute. Il est salvateur. J’ai réveillé une haine que je n’imaginais pas alors que mon intention n’etait qu’amour, comme vous l’avez souligné. Ainsi va la vie. Ainsi va la mort. Celle d’une famille complexe et en souffrance mais quelle famille ne l’est pas ! Merci encore.

Publié le 26 Février 2019

Je vous remercie sincèrement pour vos commentaires. Pour répondre à certains, il ne s'agit pas du livre en ligne actuellement "Ils se marièrent et vécurent...", n'étant qu'un pur roman léger et totalement fictif. "Les 3 cahiers", comme expliqué, a été retiré. J'ai désormais besoin de temps pour cheminer et peut-être lui redonner vie. Mais à ce jour, j'invoque l'Univers pour que mon inspiration me soit rendue ! Les idées s'entrechoquent sans pour autant se poser et s'imposer. Alors j'attends. J'attends ce jour merveilleux qui me permettra, à nouveau, d'entendre les mots chanter dans ma tête, mes doigts pianoter à toute allure sur le clavier, arpenter les sentiers au petit matin accompagnée par des flots de phrases que je m'empresserai de retranscrire. J'ai hâte ! Je me languis de ce moment, même si pour retrouver ce plaisir intime, la plaie doit être cicatrisée, alors, je patiente...

Publié le 25 Février 2019

Bonsoir Nathalie, je cherche votre livre : "ils furent heureux et eurent beaucoup ..." tant d'idées me viennent pour achever cette phrase. Je ne parviendrai sans doute pas aujourd'hui à vous dire tout ce qui se bouscule dans ma tête après avoir lu votre article ! Avant tout : j'aimerais lire votre livre bien entendu ! Tout comme Thalia, qui a lu mon propre témoignage, je vibre à chacune de vos émotions ! Pour commencer j'aimerais vous dire que, comme vous l'avez compris, le pardon commence par SOI-MEME. Laissons aux responsables de nos maux/mots le pardon de leurs actes ... ou pas ! Car pour cela, il faudrait déjà qu'ils acceptent de regarder le passé en face ... "no comment" ! Ecrivez, Nathalie, écrivez et écrivez encore. Publiez ou pas, c'est votre choix! Mais n'arrêter pas pour des raisons qui ne vous appartiennent pas. Ecrivez ... pour vous pour vos descendants, qui auront peut-être envie de connaitre votre vérité ! On écrit pour faire table rase et tenter de se reconstruire : l'objectif est devant, le passé est passé, il ne changera pas, qu'il soit dévoilé ou pas ! Je vous trouve très courageuse d'avoir affiché votre photo, moi j'ai choisi un anonymat complet. Ma famille n'est même pas informée de l'existence des mon écrit. Il n'y a aucun pansement miracle aux blessures du passé. En revanche je suis persuadée que ce passé, quel qu'il fut a permis de faire éclore en nous des qualités rares et intarissables ... la dernière phrase de mon témoignage est "Relevez vous, vous êtes quelqu'un de formidable ! Ne doutez plus, faites ce qui est bon POUR VOUS ! Je me permets de vous conseiller les nombreux articles de Murielle SALMONA sur la place de la victime. J'espère avoir de vos nouvelles et vous propose de me retrouver sur ma page fB sous mon pseudo Anne Mélahel.

Publié le 22 Février 2019

@Nathalie M.
Au-delà de l’extrême pudeur qui tamise votre article, je ne peux que partager le commentaire de @Lisa DJ
Lire un proche, que ce soit de son vivant ou post-mortem, est quelque chose de très difficile.
Quelle que soit la dignité du propos, fut-il ou non cathartique, la subjectivité nous guette.
J’ai à plusieurs reprises été tenté d’écrire ma propre saga familiale. Une biographie dans laquelle beaucoup de mes choix ont résulté de dissensions avec mon père.
Celui-ci étant mort prématurément et de manière violente, je m'en suis finalement abstenu. Trop de questions resteront sans réponses. Le risque de falsifier la réalité en fabriquant des souvenirs qui ne sont pas les miens est trop élevé.
Merci pour la sincérité de votre article.

Publié le 22 Février 2019

Peut-être écrirez-vous encore à propos de cette famille, de cette histoire qui est la vôtre, mais d'une autre façon, depuis un point de vue entièrement différent. Plus haut. On prend toujours un risque immense à descendre dans les souterrains du passé. De prime abord, on se dit que le risque est personnel (que vais-je découvrir? qui vais-je rencontrer? vais-je encore éprouver la même souffrance? etc.) mais l'on pense être assez fort pour faire face à ces fantômes et puis, surtout, on se dit qu'on le fait au nom du vrai, du juste, du bien ou de l'amour ou que sais-je encore. Ce qu'on ne savait pas, c'est que là-dessous, là-bas ceux qui nous attendent sont bien réels et l'on s'attend à tout, sauf à cette phrase "Mais qu'est-ce que tu racontes, espèce de c...sse ?" qui évolue en "Ferme ta sale gueule, s...e ! Arrête tes délires. Arrête de nous salir". N'est-ce pas cela, Nathalie ? Ce déni, cette violence inouïe qui déchire de part en part. On a réveillé la haine alors qu'on était à la recherche de l'amour, de la réconciliation. Vous savez ce que je parie ? Dans cet endroit sans pitié où l'on vous a jetée comme une chose sale et hideuse, vous allez vous transformer. Cela prendra des mois, des années peut-être mais vous en reviendrez. Vous en reviendrez avec une nouvelle histoire, démystifiée, éclatante de cruauté, belle et terrible. Merci pour votre contribution.
PS: j'ai mis des points de suspension dans les gros mots. Après réflexion...

Publié le 22 Février 2019
hx

Très joli texte, Madame Maulet. Plein de sensibilité, de pudeur et de réserve. Ce qui nous change fort agréablement des éternelles exhibitionnistes du sentiment.

Publié le 22 Février 2019

@Thalia Remmil, oui, je comprends et, une fois de plus, j'ai péché par empressement et manque de précision. Je croyais qu'en parlant de règlement de compte, il était évident que je n'incluais pas les récits post-mortem qui sont nombreux, qui ont souvent vocation à évoquer avec nostalgie, souvent avec plaisir, à comprendre, voire à se délester pour avancer dans la vie qui continue pour les vivants. Tu sais, lorsque je lis, je ne peux m'empêcher de deviner l'auteur, et lorsque je constate exagération et incohérences, il m'arrive de soupçonner une inobjectivité et, dans ce cas, de regretter le non droit de réponse évident du disparu. C'est ce que j'ai voulu exprimer dans mon com'. Je crois que lorsque l'on veut se délester, interpeller ses proches sans directement leur assener des vérité pas toujours bonnes à entendre, le mieux est la méthode douce, celle qui consiste à missionner nos personnages afin qu'ils distillent à petite dose le message que l'on veut leur faire passer. Belle fin de journée à toi aussi. Michèle

Publié le 21 Février 2019

@Lisa DJ je suis d'accord avec vous, je pense qu'il est très compliqué pour les proches de lire nos écrits car c'est effectivement une mise à nu cependant, je suis aussi d'accord avec lamish, il est pour moi plus sain et salvateur de ne pas faire l'autruche. Belle journée. Thalia

Publié le 21 Février 2019

@lamish Tu me poses là un cas de conscience. Lorsque l'on a pas réussi à régler ses comptes quand nos parents ou responsables de nos traumas étaient vivants, (ou qu'on a tenté de le faire mais qu'ils se sont planqués dans un total déni), si on écrit son autobiographie alors qu'ils sont morts et donc qu'ils n'ont plus de droit de réponse, comment se positionner alors ?
Thalia

Publié le 21 Février 2019

@Lisa DJ, si, Lisa, non seulement je le soupçonne mais je sais par expérience à quel point c'est difficile, tout comme je sais que l'on a deux choix lorsque l'on écrit ou que l'on lit au sujet de sa famille et de ses proches : faire l'autruche et rester dans le déni, situation confortable dans un premier temps mais étouffante sur le long terme, ou affronter la situation, essayer autant que possible de faire preuve d'empathie, d'autocritique objective, situation très inconfortable dans un premier temps mais salvatrice sur le long terme. Et puis rien ne m'insupporte plus que les règlements de compte post-mortem qui privent du droit de réponse. Je vous conseille le très beau roman de Camille Sylvie Mestres, qui a malheureusement quitté MBS et qui traite du sujet : "J'ai tué la mère parfaite". Belle journée. Amicalement. Michèle

Publié le 21 Février 2019

@lamish
@Nathalie M.
Chère Lamish, pour avoir une mère écrivain... il ya peut être quelque chose que vous ne soupçonnez pas : Lire un très proche est quelque chose de très difficile. Sans être un viol, c'est une mise à nu . Un peu comme si l'on était responsable aussi des écrits de ce proche.

Publié le 21 Février 2019

Bonsoir Nathalie, j'ai lu, il y a pas mal de temps déjà, "Ils se marièrent et vécurent..." que j'avais beaucoup apprécié. Il faut persister, vous accrocher, les bonnes intentions finissent toujours par donner des fruits. Généralement, je n'aime pas dévier le débat sur moi, mais je vais faire une exception pour vous. Ma sœur, à qui j'ai récemment donné mon avis sur une de ses soutenances, et à qui j'avais confié mes écrits pour correction sans que cela ne soit suivi d'une quelconque réaction, m'a écrit : "Je ne t'ai pas encore lue. Je t'expliquerai pourquoi". Depuis, pas d'explication mais ce n'est pas grave. Non seulement j'en subodore les raisons mais j'ai pu constater tout récemment que la graine semée avait germé. Il faut casser les non-dits, ruer dans les brancards, quel que soit le prix à payer, car le retour sur investissement se fait toujours, même si c'est souvent trop tard à notre goût, pressés que nous sommes. Tout le monde n'éprouve pas le besoin de se délester au même moment, mais quoi de pire que de voir disparaître ses proches sans que les abcès ne soient crevés ? Quoi de pire que les tentatives posthumes qui ne reçoivent autre écho que celui du néant ? J'espère que vous retrouverez très vite le goût à écrire, que vous reviendrez vers nous pour partager votre œuvre. Amicalement. Michèle

Publié le 20 Février 2019

chère Nathalie, comme je me retrouve bien dans ce que vous dites ! Il est rare que nos intentions soient comprises surtout lorsque l'on s'attaque à un sujet aussi épineux que la famille, et bien souvent nos parents ! Le pire dans tout ça, c'est que l'on se retrouve à culpabiliser alors que les autres nous ont bafoués. Dans mon cas, on m'a rétorqué que de remuer la merde sentait mauvais. J'en souris aujourd'hui mais à l'époque, j'en pleurais. Personnellement, je crois en la justice divine, alors je la laisse faire. Et le pardon (principalement celui que je me suis accordée) m'a également permis d'aller au plus près de ma résilience. Merci pour cette tribune. Thalia

Publié le 20 Février 2019