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Le 26 fév 2019

Roman, essai : le talent est un don, l’écriture est un travail

Yannick Fradin fait partie de l’école du travail. Pour lui, apprendre à écrire, apprendre à mieux écrire, se former, se perfectionner font partie des devoirs de l'auteur. Si c'est un passage obligé, il considère que l'auto-formation, la formation et le coaching sont des atouts de taille pour permettre à un auteur d'atteindre son véritable statut. Ses conseils.

Depuis bientôt sept années que j’écris, j’ai pu échanger avec de nombreux acteurs du livre : auteurs, éditeurs, distributeurs, libraires, organisateurs d’événements, imprimeurs, etc.
Édité et autoédité, en formats longs (romans) comme en formats courts (nouvelles, contes) et intermédiaires (novellas) j’ai pu discuter avec des personnes évoluant dans le monde de l’édition traditionnelle (à compte d’éditeur), de l’autoédition, ou dans les deux (les fameux hybrides).

Auteur autoédité : trouver son chemin dans la jungle

J’ai également discuté avec de nombreuses personnes en souffrance, souvent tombées hâtivement dans des formats d’édition à compte d’auteur se faisant passer pour des éditeurs à compte d’éditeur. L’édition à compte d’auteur peut être un bon choix quand ce dernier est voulu et réfléchi, mais c’est rarement le cas quand il est subi et qu’on s’attendait à autre chose.

Prenez le temps de bien vous renseigner avant de signer un contrat ou de vous engager, c’est important, c’est essentiel, dans l’écriture comme pour acheter une maison, une voiture, etc.
Ce que j’ai pu constater au fil de ces nombreuses discussions, c’est que quand on parle écriture, deux points de vue sensiblement opposés ressortent souvent : le talent et le travail.

Le talent : Écrire, c’est un don. On possède ce dernier ou ne le possède pas. En clair, ça ne s’apprend pas.
Le travail : Écrire, ça s’apprend. C’est une question de méthode et de travail.

Ecrire est un métier, et  comme tout métier, cela s’apprend et se travaille.

Bien sûr, certaines personnes seront plus douées que d’autres, plus à l’aise ou plus efficaces que d’autres, retiendront et assimileront plus vite ou plus aisément certains mécanismes que d’autres, mais il n’empêche qu’écrire, cela s’apprend, et cela se travaille.

Cela s’apprend, c’est-à-dire qu’il y a des méthodes, et que pour assimiler ces dernières, on peut se former. On doit se former. Se contenter du talent que l’on pourrait avoir, et que certains ont déjà en eux, car nous sommes en effet inégaux sur ce point, sans le nourrir, quel gâchis ! Ne pas essayer ou abandonner sous prétexte qu’on n’aurait pas de talent, ou qu’on nous l’a fait croire, quel dommage !

Écrire, c’est s’adresser à un public. S’adresser à un public, c’est utiliser des codes.

On utilise ces codes pour raconter quelque chose à un public cible. Ceux qui soutiennent que l’écriture n’est qu’histoire de talent ont à mon sens une vision très romantique du métier et des œillères qui risquent fort de les empêcher d’évoluer, à moins que cela ne soit pure malveillance à l’encontre de celles et ceux qui veulent s’améliorer.

J’ai rencontré beaucoup d’auteurs bienveillants, mais aussi beaucoup d’auteurs qui l’étaient moins... Comme dans tout métier, il y a des personnes sympathiques et positives, et d’autres moins, qui peuvent parfois se révéler très toxiques, ou tout simplement « bêtes » ou jalouses. Après tout, on est humains, et on a tous ses qualités et ses défauts. Le tout, c’est de s’entourer des bonnes personnes.

Tout le monde est capable d’écrire. Mais raconter une histoire et la diffuser à un large public, cela ne s’improvise pas. Cela s’apprend. Et quand on a appris, cela ensuite se travaille. Comme pour tout métier, on apprend d’abord la théorie, puis la pratique, souvent les deux en parallèle, et plus on pratique et plus on se spécialise, plus on acquiert de connaissances, plus on acquiert d’expérience, plus on devient efficace, pertinent, professionnel.

C’est à cela qu’on distingue un débutant d’un professionnel. La formation et l’expérience. La méthode et le travail.

Ce billet a pour seul but de vous encourager vivement à vous former, encore et toujours. Soyez curieux. Identifiez vos faiblesses. Cherchez des formations, fussent-elles à distance ou en présentiel. Intéressez-vous par exemple à l’écriture narrative, surtout si vous réalisez des écrits de fiction. Intéressez-vous aux mécanismes d’écriture, aux spécificités du ou des genres dans lesquels vous écrivez, au marketing, au blogging, etc.

Dans le monde de l’écriture, on peut se former à bien des choses utiles, selon ses attentes et ses choix. Un incontournable sera cependant l’écriture narrative, ce qu’on nomme couramment la scénarisation dans le monde du cinéma.

Avant toute chose : chercher une méthode !

Difficulté : il en existe peu dans le paysage français. Pourtant, on commence à en trouver, mais pour cela, il faut chercher, souvent longuement, observer avec attention, et quand on pense avoir trouvé la perle rare, il faut faire l’effort de se lancer. Effort financier d’abord, car une formation digne de ce nom n’est pas gratuite. Effort personnel ensuite : assiduité, investissement, pratique, transférabilité.

Comment reconnaître une « bonne » formation ?

Quelques indices :
- un programme clairement présenté et détaillé
- des objectifs concrets
- du contenu
- des exercices pratiques
- un formateur à votre écoute, qui intervient, vous accompagne, vous conseille, vous corrige (cela peut être par mail et/ou téléphone, peu importe que ce soit en présentiel ou pas, mais il est important que des échanges aient lieu, en direct et/ou différé)
- une méthode progressive
- un parcours personnalisé qui va s’adapter à vous, pour transférer les savoirs et les savoir-faire que vous allez acquérir à votre propre pratique
- un lieu d’échange avec d’autres apprenants, comme par exemple un forum. Un lieu en tout cas « protégé » et privé ou les apprenants se retrouvent et peuvent échanger entre eux, ainsi qu’avec le formateur

En parallèle de telles formations, on peut bien sûr s’auto-former. Il existe de nombreux ouvrages, de nombreux parcours de types plates-formes à distance, qui vous permettent d’apprendre et d’améliorer votre pratique. Vous pouvez aussi rejoindre des ateliers d’écriture, des groupes littéraires, des cafés thématiques, des associations de gens de lettres, etc.

Ces parcours et ces lectures sont utiles et intéressants, il faut en faire, mais ils ne vous feront jamais autant avancer qu’un parcours avec un professionnel averti qui pourra partager son expérience et vous corriger, vous motiver, vous guider.

Comment reconnaître un bon formateur ?

C’est sûrement là la partie la plus délicate. S’il existe peu de formations dignes de ce nom dans le paysage français, on en voit fleurir de plus en plus ces dernières années, et une bonne partie est proposée par des personnes qui s’improvisent formateurs, souvent par passion ou envie de partager, et parfois dans l’unique but de vendre un produit.

Si des auteurs chevronnés peuvent être de bons formateurs, mon expérience me permet de suggérer que des personnes issues du monde du cinéma et notamment des branches de la scénarisation sont souvent de bons formateurs.

Raconter une histoire, cela suit des schémas précis, cela s’inscrit dans une structure, une méthode, et c’est ainsi qu’on pourra toucher l’intérêt du public, l’intérêt des lecteurs, et faire d’une œuvre simplement sympathique et agréable à lire un best-seller.

Le talent en fait certes partie, mais le talent, c’est plus une affaire de style. Et le style, cela ne s’apprend pas. Cela se travaille, cela s’acquiert et se précise avec l’expérience. Il n’y a pas de méthode pour avoir du talent, il n’y a que la pratique, la passion et la persévérance. La structure par contre, cela s’apprend ET se pratique.

Je pourrais vous parler de différentes formations que j’ai suivies, des lectures que j’ai pu faire, mais je pense que chacun doit faire ses propres découvertes, ses propres expériences, et trouver botte à son pied.

Nous avons tous un parcours différent, des attentes différentes, des sensibilités différentes. Ce qui convient à l’un ne conviendra pas à l’autre et vice versa. Par contre, tout le monde est capable d’apprendre et de s’améliorer en se formant.

La formation, c’est essentiel, dans tous les métiers. Ceux qui ne se forment pas stagnent, voire régressent. Ceux qui se forment s’adaptent, s’améliorent, prennent du galon, de l’avancement, deviennent de meilleurs professionnels, savent faire face à davantage de situations, plus efficacement et plus sereinement. Ils deviennent plus compétents et peuvent à leur tour partager leurs connaissances à ceux qui ne les possèdent pas.

Pour l’écriture, c’est pareil. Se laisser la chance de se former, travailler avec résolution, régularité et acharnement, c’est cela qui fera de vous un « bon » professionnel.

Vous rencontrez une difficulté ? Identifiez-la et trouvez un moyen de la dépasser. Vous trouverez forcément quelqu’un qui pourra vous aider. 

La mode actuelle est au coaching.On met un peu tout et n’importe quoi sous cette étiquette. Toutefois, l’idée est la même. Un coach, c’est comme un formateur. C’est quelqu’un qui va vous accompagner, vous faire atteindre et dépasser vos limites, vous faire prendre conscience de vos faiblesses, vous aider à les exploiter. Un coach va vous donner une méthode ! Ensuite, qu’est-ce qui va vous permettre de continuer à évoluer ? Le travail ! La pratique ! Alors, zou, au boulot J

Et pour vous, l’écriture est-elle une affaire de talent ou de travail ?

14 CommentairesAjouter un commentaire

Bonjour à toutes et tous,

Un grand merci pour cette tribune, qui rappelle les grands principes, et surtout merci à @Filippo Fuchs
pour ses commentaires précis et complémentaires. .

Par contre, je m'étonne que la rubrique "Conseils & Atelier d'écriture" de MonBestSeller soit si pauvre, si figée, depuis fort longtemps; toujours les mêmes 21 thèmes. Pourtant, avec autant de talents qui s'échangent des conseils, nous devrions avoir une liste phénoménale.

Un auteur en herbe, qui ne demande qu'à apprendre. Amicalement.

Publié le 03 Octobre 2019

Oui @Yannick A. R. FRADIN, le talent est un don, l’écriture est un travail.
C'était judicieux de citer Simone de Beauvoir : "Ecrire est un métier qui s'apprend en écrivant".
Merci pour tous ces conseils à nous auteurs publiés sur mBS :
— Apprendre à écrire, apprendre à mieux écrire, se former, se perfectionner font partie des devoirs de l'auteur.
— L'auto-formation, la formation et le coaching sont des atouts pour permettre à un auteur d'atteindre son véritable statut.
@Catarina Viti, @Thalia Remmil, @Hubert LETIERS, @Filippo Fuchs, @lamish, @Victoire Sentenac, et @FANNY DUMOND ont déjà tout dit, confirmant la voie à suivre pour un auteur auto-édité :
— Qu'écrire est un métier qui, comme tout métier, s’apprend et se travaille.
— Qu'écrire, c’est s’adresser à un public un public en utilisant des codes.
— Que se former, travailler avec résolution, régularité et acharnement sont nécessaires pour se donner la chance d'être un « bon » professionnel.
Tout cela explique votre réussite votre réussite, cher Yannick, réussite que je suis de loin car je ne suis pas friand du genre "Fantasy" mais qui n'en génère pas moins admiration et respect.
Bonne chance sur la voie d'un succès déjà assuré. Amicalement. MC

Publié le 03 Mars 2019

@Yannick A. R. FRADIN
Si codes = schéma d’écriture comme l’appliquait Erle Stanley Garder (adepte de la roue à intrigues) qui a écrit des centaines de livres dont la série des Perry Mason, on se trouve dans une « mécanique » : un personnage auquel on pose un problème. On lui attribue un adversaire, voire un allier. Le personnage principal doit répondre au problème. Arrivent quelques anicroches pour lui durcir le travail. Puisqu’il y a un adversaire, il y a conflit, un début, une fin et au milieu un climax, c’est-à-dire le point culminant du récit.
Si codes = écriture « académique », on ferme un peu et beaucoup la porte à l’originalité. On est dans la redite de ce que d’autres ont écrit avant nous, et souvent, mieux que nous. (Peut-être même toujours, car ne dit-on pas que tout a déjà été écrit ? /on parle des sentiments et rapports humains, naturellement).
Si codes = travail sur le peaufinage de texte : chasse aux subordonnées en cascade, chasse aux adverbes inutiles, aux participes présents… trop présents ! chasse aux répétitions… (encore qu’il vaut mieux, à mon sens, répéter 10 fois le mot « soleil » que de le transformer un coup en astre de feu, la fois d’après en astre du jour, astre solaire ou je ne sais quelle pirouette qui devient ridicule… donc si codes = ce travail-là alors, OK. Mais attention au trop grand peaufinage. Je connais des gens qui se brossent tellement les dents qu’ils en ont usé l’émail et les ont fragilisées.
Pour finir, je dirais juste que le meilleur apprentissage reste et restera toujours la lecture et les meilleurs professeurs, les grands maîtres. Et faire le choix d’écrire avec un plan ou bien de partir à l’aventure est affaire personnelle (si au fil de l’écriture il y a des incohérences, la réécriture gommera ces incohérences).
FF
PS: Oups ! j'ai oublié de saluer @FANNY DUMOND au passage.
RE PS : mais vous avez raison… maîtriser les codes… pour mieux s'en émanciper.

Publié le 27 Février 2019

@Filippo Fuchs : je vous avais bien compris en ce sens et j'aime beaucoup vos deux dernières phrases.
"Travaillons nos textes dans le souci du lecteur qui aura à les lire. Écrire simple est peut être aussi la chose la plus compliquée." C'est assez vrai et il est important de souligner la place du lecteur, ce que certains auteurs occultent complètement. Personnellement je préfère lire une belle histoire qui pique parfois un peu les yeux qu'un texte superbement écrit où il ne se passe rien et où on se fait royalement ch... Après, j'imagine qu'il en faut pour tous les goûts. Certains apprécieront l'histoire, les personnages, l'action, le lyrisme, etc. d'autres apprécieront simplement l'emballage, la tournure d'une phrase, la musique de la langue, etc. Quoi qu'on fasse et quoi qu'on écrive, on ne plaira jamais à tout le monde et on recevra toujours des critiques négatives comme positives. L'essentiel, c'est d'aimer ce qu'on écrit, d'aimer écrire tout court, et que son lectorat cible (ou ses lectorats cibles) y prenne également du plaisir et sache qu'il retrouvera la patte de l'auteur dans chaque nouvel écrit.
Bonjour @FANNY DUMOND : désolé, j'écrivais mon précédent message pendant que vous postiez le vôtre. Je vous comprends bien. C'est super de pouvoir écrire comme ça, au gré de son imagination et de son inspiration. Le travail de réécriture, à mon humble avis, serait cependant beaucoup moins lourd et fastidieux avec un parcours balisé en amont, lequel ne nuit aucunement au libre déroulement de l'inspiration et de la "fièvre" d'écrire. Cela a en tout cas été le cas pour moi. J'ai eu un travail de réécriture immense sur mes premiers écrits, et bien moins important sur les suivants, après avoir justement acquis des outils qui m'ont aidé à guider mon écriture, sans en limiter la liberté. C'est du coup plus agréable d'écrire, et surtout de réécrire. Si c'est moins vrai pour des oeuvres "one-shot", ça l'est grandement pour des séries et autres sagas. Partir bille en tête sans préparation solide me paraît fort périlleux. Ceci dit, je respecte tout à fait les choix de chacun. Ce qui convient à l'un ne convient pas forcément à l'autre et vice-versa.
C'est aussi une question de démarche. Dans mon cas, l'écriture est devenue un métier supplémentaire et je suis en passe d'obtenir une autonomie financière avec le seul produit de mes ventes. J'ai donc forcément cherché des outils pour être plus efficace et mieux gérer mon temps. Des écrits plus rapidement terminés me permettent de me mettre plus rapidement à l'écriture des suivants, et ne pas répéter les grosses erreurs des premiers écrits sur les suivants me fait gagner un temps et une aisance importants. J'ai aussi un bonus de 5 enfants en bas âge qui me pousse à prendre tout ce qui me permet d'avancer avec plus d'efficacité :p

Publié le 27 Février 2019

Bonjour à toutes et à tous et merci pour vos commentaires.
@Catarina Viti : ma dernière intervention "publique" sur mBS remonte à ma série de 3 articles sur la thématique de la bêta-lecture, c'est clair que ça fait un bout de temps (ça devait être à l'été 2016 il me semble)... Merci pour tes encouragements. La route est encore longue et ne s'arrêtera probablement jamais, mais si on sent que ça s'améliore, ça me rassure^^
@Thalia Remmil : transmettre des émotions est en effet essentiel, et cela s'acquiert en grande partie par la pratique, même si certaines personnes seront plus fines ou plus sensibles que d'autres à les mettre en mots. Quant à la créativité, au même titre que l'écriture, cela s'apprend et se travaille. Archimède et Aristote en ont d'ailleurs bien défini l'essence. Je pense proposer un prochain billet sur la thématique de la créativité posée en parallèle de l'inspiration, qui pour sa part se travaille plus comme le style, via la pratique, mais ne s'apprend pas vraiment, même si elle peut se nourrir de la créativité et que grâce à cette dernière on peut sensiblement l'attiser. En tout cas, pour en revenir au présent sujet, je suis sincèrement convaincu que l'on peut écrire avec bien plus de liberté quand on a pris le temps de bien baliser le terrain, et si l'architecture de l'écrit sur lequel on travaille est solide et bien posée, on peut se tourner de manière plus sereine et plus efficace sur l'acte d'écriture, à savoir transmettre des émotions et utiliser les mots "justes". Je fais indéniablement partie des personnes qui sont plus à l'aise en sachant où elles vont qu'en écrivant au fil de la plume, ce qui conduit très souvent à de nombreuses incohérences ou confusions, et nuit à mon sens aussi bien à l'écriture qu'au confort de lecture.
@Hubert LETIERS : "L’âme d’un roman relève pour l’essentiel du talent. Mais savoir mettre des mots pour la révéler est une affaire de travail, bien plus que d’inspiration." j'aime beaucoup ta manière de tourner ça :-) C'est en tout cas tout à fait l'image que j'ai de l'écriture. Pour le succès, je suis bien d'accord, c'est quelque chose d'assez aléatoire, mais on s'en approche plus facilement en travaillant avec soin qu'en attendant passivement qu'il vienne à soi ;-) Je te remercie pour tes encouragements. Je suis aussi ton parcours de loin, notamment via Facebook. Je n'écris en effet que dans les thématiques de l'imaginaire, et je me suis en quelque sorte "spécialisé" dans la fantasy, le médiéval-fantastique, les contes lyriques et merveilleux, les récits sur le légendaire régional et la fiction historique, notamment sous forme d'uchronies.
@Filippo Fuchs : trop travailler ses phrases peut effectivement se révéler un écueil de taille. Ne dit-on d'ailleurs pas que "mieux" est l'ennemi de "bien" ? Peaufiner est légitime, mais il faut savoir s'arrêter avant de tomber dans un polissage abusif ;-) L'apprentissage et la méthode me semblent incontournables quand on veut proposer ses écrits à un large public et que ses textes collent à ce que le lectorat attend, sans pour autant se travestir ni travestir son "style". Je pense que c'est surtout cette démarche qui différenciera l'amateur du professionnel. Connaître toutes les ficelles du métier me semble un peu utopique, il y a et il y aura toujours des choses qu'on ne connaîtra pas ou qu'on ne maîtrisera pas. Toutefois, il y a des bases et des incontournables qu'il est important de connaître et qui facilitent grandement l'acte d'écriture quand on a pris la peine de les apprendre. L'idée de se former, c'est de trouver des outils pour rendre son travail plus confortable et plus pertinent, et mieux cibler le lectorat auquel on s'adresse, ainsi que ce qu'il attend, car il y a des codes, et qu'on écrive de manière instinctive ou non, ces codes existent et ce serait dommage de ne pas en tenir compte (si on veut toucher des lecteurs j'entends). Je n'ai pas de réponse non plus à votre question, mais je suis intimement persuadé qu'à aisance et "style" semblables, celui qui écrit au fil de la plume touchera très souvent moins de lecteurs que celui qui connaît les codes et les utilise, pour la simple et bonne raison que l'écriture n'est pas qu'affaire de mots, mais aussi de sentiments et de psychologie, et que ces éléments suivent des parcours connus que l'on peut apprendre et utiliser.
@lamish : je n'ai toujours pas pris le temps d'aller te lire, mais j'ai ça au chaud dans ma BV^^ Je lis fort peu en numérique... Je pense que tous ceux qui écrivent le font par plaisir, ou dans certains cas comme "thérapie", d'où la notion de plaisir n'est d'ailleurs pas absente, même si elle revêt un sens différent. Il me paraît important et même essentiel d'avoir sa patte. On a tous ses points forts et ses défauts. Toutefois, dès lors qu'on espère toucher un large lectorat, acquérir les outils adaptés pour bien s'adresser à lui est également important. Quand j'écrivais pour moi-même et pour avoir quelques avis de parfaits étrangers, je n'étais pas particulièrement exigent avec moi-même. Par contre, quand je me suis mis en tête de me professionnaliser, il m'est vite apparu que j'avais besoin de me former. En fonction du bagage et du parcours de chacun, certaines personnes auront plus ou moins besoin de se former que d'autres. Pour ma part, j'en ai vite ressenti le besoin, j'ai suivi tout un tas de formations avec un intérêt et un succès variables, et j'ai simplement voulu écrire un billet encourageant ceux qui écrivent pour être lus à ne pas négliger l'aspect de la formation, et tout ce qu'il peut nous apporter, notamment des formations comme l'écriture narrative. J'ai tellement entendu de personnes, même des professionnels, dire que ça ne s'apprenait pas mais qu'on avait le don, ou qu'on ne l'avait pas, que je trouve totalement absurde et même incompréhensible de ne pas encourager tout à chacun à se doter des outils qui l'aideront à améliorer sa pratique.
@Victoire Sentenac : je suis d'accord avec vous sur les textes parfaits. De tels textes existent-ils seulement ? Je ne le pense pas. Par contre il existe bel et bien des brouillons^^ L'avantage avec une formation, c'est qu'on prend et qu'on laisse ce qu'on veut. On n'est aucunement obligé de suivre une méthode étudiée, ou d'utiliser des outils découverts. Par contre, on dispose d'un plus large éventail de choix, et d'un recul plus confortable sur sa pratique. Rien que ça, c'est déjà bon à prendre :-) Bon, j'ai toujours aimé apprendre des choses et suivre des formations, sur tout et n'importe quoi, donc j'en parle forcément avec enthousiasme (en parallèle de l'écriture et conjointement avec elle, je me forme depuis l'été 2018 à l'enluminure, aux lettres ornées et à l'écriture "médiévale", notamment onciales, gothiques, romanes et celtiques. Depuis que j'ai 18 ans, il ne se passe pas une année sans que j'aie suivi une formation sur un thème ou un autre). En tout cas, l'essentiel, c'est de prendre du plaisir à ce qu'on fait, et si on peut le partager et donner du plaisir autour de soi, alors c'est formidable, qu'on suive une méthode ou simplement son coeur et sa muse !
@tous : merci une nouvelle fois pour vos réactions et bonne continuation dans l'écriture.
J'espère que ce billet aura donné envie à certains lecteurs, même restés discrets et qui n'auront pas forcément commenté, de se former. Je pense sincèrement qu'on a toujours à gagner à apprendre quelque chose, ainsi qu'à le transmettre.

Publié le 27 Février 2019

Bonjour @Yannick Fradin
Après lecture attentive de votre tribune, je me permets d’ajouter ma petite expérience : quand l’irrépressible envie d’écrire me prend de jour comme de nuit, je suis soulagée que lorsque j’ai pris un crayon ou posé mes doigts sur le clavier. J’écris toujours de façon intuitive sans plan ni notes. Je m’enferme dans ma bulle et gare à ceux qui voudraient m’en faire sortir ! Mes histoires se déroulent au gré de je ne sais quelle force et je suis stupéfaite du résultat lorsque je me relis car je ne savais pas que tout cela était niché dans mon imagination. Ensuite, bien sûr, vient le fastidieux travail de relecture (coquilles, synonymes, répétoscope, mise en page) sans trop toucher à la spontanéité du premier jet. Je rejoins totalement @Filippo Fuchs (que je salue) dans son intervention fort pertinente sur ce point. En outre, chaque semaine je fais des gammes sur un sujet proposé par un ami écrivain. Bien que mes ouvrages soient en vente de par leur publication (0 vente depuis 2015 car VRP est un métier), je n’écris jamais dans l’optique de vendre. J’ai fait le choix d’offrir mes petites écritures aux francophones qui veulent bien me lire. La boule de neige grossit alors, que demander de plus ? Et bien sûr, je remercie les lecteurs et auteurs de mBS qui me donnent un formidable élan à poursuivre ce qui reste pour moi une simple, mais si belle aventure. Cordialement. Fanny

Publié le 27 Février 2019

Petite précision sur la formulation de "texte trop travaillé". J'entendais par là un texte qui en devient "prétentieux", "ampoulé", "m'as-tu-vu"… un texte où l'auteur est dans la démonstration : voyez comme je sais écrire de très belles phrases. Et ce, au détriment de la fluidité d'un texte, voire du fond, car pour certains, seul le style compte… ce qui est, évidemment faux, sauf pour les adeptes de l'"ampoulage" (pardon du néologisme).
Quant au texte un peu sali, ce n'est pas un texte mal écrit, bien entendu. C'est un texte un peu rugueux, qui n'est pas aussi lissé qu'on pourrait le faire.
Le meilleur exemple que j'ai de cela, c'est L.F Céline (qui pourtant, disait lui aussi, dans ses interviews, que seul le style compte. En fait il prétendait que c'est à la portée de n'importe qui de raconter une histoire. On peut être célinien et au moins le contredire sur ce sujet : non ce n'est pas à la portée de n'importe qui de raconter une histoire, d'aller au bout de quelque chose de cohérent et qui ne perd pas ses lecteurs).
Travaillons nos textes dans le soucis du lecteur qui aura à les lire.
Écrire simple est peut être aussi la chose la plus compliquée.
FF

Publié le 27 Février 2019

@lamish @Victoire Sentenac @Filippo Fuchs Je suis d'accord aussi avec vous dans le sens où je pense qu'être écrivain n'est pas un métier à part entière ; Je me retrouve bien dans ce que vous dîtes Victoire car c'est ainsi que j'ai écris mes premiers romans, sans même réfléchir, un peu comme si ma main était guidée sans que j'y sois pour grand-chose... D'ailleurs étonnement, cela ne colle pas trop à mon côté plutôt organisé et carré mais c'est cela aussi la créativité. On me dit pourtant que mes textes sont trop travaillés, parfois trop bien écris alors que presque tout est arrivé comme ça, presque trop facilement. On m'a dit aussi que les personnages mériteraient plus d'épaisseur, plus de reliefs et aussi que je devrais architecturer mes romans avant de commencer à les écrire. Je n'ai jamais pratiqué ainsi mais je pense que cela peut valoir le coup de réviser un peu ma façon d'écrire en passant du temps avant l'écriture sur les bases solides du roman afin de pouvoir ensuite laisser libre cours à ma plume. En tous cas, c'est comme ça que j'entame l'écriture du prochain, ensuite je pourrai me faire une opinion. Belle journée. Thalia

Publié le 27 Février 2019

@Filippo Fuchs et @Lamish je me retrouve totalement dans vos ressentis. J'ai un peu de mal avec les textes "parfaits", extrêmement travaillés, et j'aime aussi percevoir les fêlures de celui/celle qui écrit. Par contre, il faut sentir que l'auteur y a mis du coeur, car rien n'est pire qu'un texte livré tel quel, sans relecture, naturel ne veut pas dire brouillon.
En ce qui me concerne, je crains de n'être pas trop bonne élève... @Yannick Fradin, je suis convaincue que toutes les formations et conseils que vous décrivez ici sont potentiellement révélateurs de qualités et compétences qui ne verraient pas le jour sans eux, mais j'aime trop écrire sans contraintes pour m'y soumettre... tant pis pour moi ;-)
J'accepte l'effort et les exigences de l'écriture, son impériosité, mais c'est elle qui s'impose à moi, ce n'est pas moi qui vais vers elle. J'ai essayé pour mon 2ème roman de "dompter" un peu ce côté instinctif, en posant des personnages, en écrivant les structures des chapitres à l'avance... mais comme pour le premier, il est sorti du cadre et a fini par s'écrire "tout seul", sans aucune méthode, sans plan, sans avoir aucune idée de la fin avant de l'écrire.
Néanmoins, vos arguments sont percutants, alors je laisse ma porte ouverte, pour voir si ma passion aura le courage un jour de vouloir se transformer en "métier". Merci pour ce partage.

Publié le 26 Février 2019

Merci pour cette tribune, Yannick. J'ai toujours été épatée par ton organisation et ta capacité de travail. Une méthode qui fonctionne bien pour toi, et tu m'en vois ravie. Je partage votre avis, @Filippo Fuchs. L’abus de polissage peut finir par émousser le naturel, le tranchant d’un texte. J’aime bien évidemment les qualités plumitives d’un auteur, mais j’aime aussi ses défauts, ceux qui font sa patte, qui le singularisent. Nous savons tous que le charme fait la pige à la beauté parfaite. Après, chacun voit midi à sa porte. Moi, les propos doctes ont tendance à me donner l’élan contraire, d’où un goût prononcé pour l’école buissonnière dès mon plus jeune âge :). J’ai dû faire des efforts pour présenter des textes corrects à lire, mais jamais je n’irai au-delà. Pour moi, l'écriture est avant tout un plaisir, un partage. A tous amicalement, Michèle

Publié le 26 Février 2019

Cet article a plusieurs vertus dont la première est de mettre en avant le travail. Travail = labeur (dans le travail il y a toujours quelques tâches indispensables mais qui nous rebutent un peu)= contraintes…
Cependant, il y a deux écueils à éviter :
1/Trop travailler ses phrases
2/Penser en termes de « métier »
1/Il existe bon nombre de textes très bien écrits et si bien écrits qu’on sent le labeur. Chaque mot a été pesé, chaque verbe fait mouche, chaque adjectif est le plus précis de la liste que l’on ait à portée de soi et tellement précis qu’il devient « savant » aux yeux du lecteur. Si la phrase, en soi, est parfaite et que rien ne peut lui être reproché, l’accumulation de cette perfection, de phrase en phrase peut devenir indigeste. Le lecteur que je suis peut être épuisé par sa lecture. Alors, oui, on pourra me dire qu’un livre sert à apprendre du vocabulaire, que le style est si important qu’il faut que, comme dans une belle mécanique, tout soit nickel ! En ce qui me concerne, j’aime aussi le naturel, pardonnez-moi : j’aime aussi quand c’est un peu sale. Quand c’est cabossé. Quand c’est brut (ou, ruse de l'auteur lorsqu'il nous donne cette illusion). J’aime aussi les textes qui coulent (mais avec quelques accidents/ un peu comme lorsque le Niagara rencontre ses chutes, bien plus joli à voir qu'un canal bien droit, bien tracé) et parfois, des textes trop travaillés me rebutent.
Je pense que c’est aussi un choix d’auteur et dans ce domaine il faut savoir en faire suffisamment sans en faire trop : « la belle ouvrage », c’est quand l’effort ne se voit pas.
2/Écrire, est-ce un métier ? Si « métier » veut dire apprentissage, on peut tomber d’accord. Si métier veut dire : " je connais toutes les ficelles du métier", on peut être sûr que le livre (roman) proposé n’aura rien d’original : ni dans la forme ni dans le fond. Donc, la grande question à laquelle je n’ai pas de réponse est : l’œuvre « instinctive » peut-elle être aussi une grande œuvre parce que justement originale et dépassant les codes ?
FF

Publié le 26 Février 2019

@Yannick A. R. FRADIN
Dans l’écriture comme dans tout métier de création, le talent est en effet un don que seul le travail assidu peut sublimer.
Et fournir ce travail est une nécessité dès lors qu’on entreprend d’écrire avec l’envie d’être lu par un vaste public. Je ne peux qu’être d’accord avec Yannick sur ce point.
L’âme d’un roman relève pour l’essentiel du talent. Mais savoir mettre des mots pour la révéler est une affaire de travail, bien plus que d’inspiration.
En littérature, trouver son chemin de Damas n’est pas une sinécure. D’autant que si l’union « talent-travail » reste une condition nécessaire pour prétendre à un minimum de reconnaissance, elle n’en est pas pour autant une condition suffisante garantissant le succès.
Le succès est une notion compliquée et non modélisable.
Au-delà de son indéfectible gentillesse, Yannick possède aussi cette qualité rare qu’est la lucidité.
Au fil des années, son écriture s’est en effet considérablement bonifiée.
Il ne s’est pas dispersé dans différents registres. Non, il s’est focalisé sur la littérature de l’imaginaire. Une littérature qui a ses codes singuliers. Il a travaillé dur pour les assimiler, puis les compléter pour y façonner peu à peu sa propre signature littéraire.
Personnellement, je ne suis pas un adepte de la littérature fantastique ni de la science-fiction. Mais j’ai toutefois gardé une vue aérienne sur l’évolution de son écriture, parce que dans notre tribu d’auteur(e)s, sa démarche et son sens désintéressé du partage dénotait avec nombre d’attitudes à la fois laxistes et très autocentrées.
Donc, Yannick, bravo pour le chemin déjà parcouru ! Et merci pour cet article.

Publié le 26 Février 2019

Merci @Yannick Fradin pour cet article fort intéressant. Je suis entièrement d'accord avec vous : l'écriture nécessite du travail, beaucoup de travail ! Ecrire est métier qui s'apprend. Ecrire demande de la patience, de la persévérance, du courage,et aussi de l'imagination. Ecrire, c'est aussi créer et la créativité fait pour moi, partie du talent que l'on a ou pas, peu importe le domaine (décoration, activités manuelles, art-thérapie, peinture, musique, etc...). Après, je trouve qu'en améliorant la technique - apprendre à créer les fiches de personnage ; à architecturer son roman avant de commencer à l'écrire ; réfléchir aux chapitres ; aux différents piliers -, on améliore nettement son style, et qu'écrire devient un plaisir bien plus riche qu'avant car on se libère justement des carcans de la méthode pour rentrer dans ce qui est selon moi l'essence même de l'art : transmettre les émotions.
Merci pour ce partage. Thalia

Publié le 26 Février 2019

Je suis triplement heureuse.
Dans le désordre :
-De lire un article de toi, ici. Après tous ces mois passés... le nouveau Fradin revient les poches pleines d'expériences à partager. Formidable!
-De découvrir le contenu de ton article dont les idées me ravissent. Bien entendu ! Tous les grands l'ont confirmé et Pablo Picasso l'a exprimé ainsi : 5% de talent et 95% de travail. La formation est indispensable en écriture comme partout ailleurs. Comme en musique, par exemple : qui prétendrait savoir jouer du violon sans avoir jamais appris ?
-De vérifier depuis quelques mois les magnifiques progrès que tu as déjà fait, et de sentir le potentiel de ton écriture.
Ben, voilà, Yannick... y a plus qu'à
continuer.

Publié le 26 Février 2019