Interview
Le 12 nov 2019

Chiara Catalina, vainqueur du concours de nouvelles, sélectionnée au Prix Concours monBestSeller 2019 raconte...

Tout concourt à faire penser que nous avons là un bon écrivain. Preuves à l'appui. Il est tortueux le chemin qui mène à l'édition. Et plus complexe encore, celui qui mène au succès. Mais on voit à travers son cheminement que l'auteure prend son temps, procède par étape, elle fait d'elle même son pire re-lecteur, le plus exigeant, le plus sévère. Et repousse souvent les échéances qui consistent à montrer son travail.

Chiara Catalina construit d'autres mondes dans sa ville natale du Havre

Née en 1966 au Havre, ville aux briques rouges inondées de pluie, Chiara Catalina pressent un autre monde. D'autres mondes. Pas forcément meilleurs. Son imagination sait rêver. Elle s'invente des personnages, des vies... L'on dit d'elle qu'elle a souvent le regard dans le vide. Mais dans son esprit, il n'y a de vacuité nulle part. Si elle disparaît parfois de la réalité pour d'autres appelées fictives, elles sont, à ses yeux, tangibles malgré leur immatérialité. Vers l'âge de 17 ans, elle commence, maladroitement, à transposer cette immatérialité dans la matière. Elle griffonne, quotidiennement, quelques phrases sur des brouillons qu'elle conservera des années avant de les jeter.

Un principe salvateur : la conscience de ses propres imperfections

Elle écrit son premier roman à l'âge de 25 ans. Consciente des imperfections de ce texte achevé sans l'être, elle l'oublie au fond d'un tiroir. Cette nouvelle expérience tenue secrète lui fait comprendre qu'elle veut, plus que tout, écrire, mais qu'il lui faut apprendre. Car écrire, c'est avoir l'univers sous ses doigts. Écrire, c'est le droit d'avoir tous les droits. Patience et ténacité seront désormais ses partenaires de route.

Elle écrit un second roman, puis un troisième, soumis au même traitement que le premier.

Le quatrième, "Terraise", commence enfin à "ressembler à quelque chose". Perplexe au sujet du fond et de la forme, elle le soumet à Antoine Sénanque qui lui fait un retour de lecture honnête, lui suggère de pousser la psychologie de ses personnages, et lui dit : "continuez, vous êtes déjà un auteur". Forte des ces recommandations et ne sachant comment remercier, elle écrit "Mal au temps", "Elles rient, mon amour, elles rient..." et "Soleil Bleu".

"Elles rient, mon amour, elles rient..." est ce qu'elle considère être son premier texte achevé. Corrigé par Claude Lemesle qui a eu la gentillesse de relire tous ses romans, elle est désormais, pour lui, un auteur digne de ce nom. Elle se fait alors confiance, ce qui débride son écriture, et lui permet de progresser encore.

Ecrire, recommencer encore et encore... jusqu'à se sentir à l'aise avec ses écrits

Un cinquième roman est actuellement en chantier : "La pimbêche mal fagotée". Pour la première fois depuis qu'elle écrit, elle se sent à l'aise, joue avec les mots, sourit, prend un plaisir immense sans se soucier de ce qu'elle produit.

Il y a quelques mois, elle décide qu'il est temps de partager tout ce travail, de le soumettre à la critique. monBestSeller lui semble être la plateforme idéale. Elle y dépose tous ses romans et la voilà, reconnaissante, sélectionnée pour le prix de l'auteur indépendant 2019 avec "Elles rient, mon amour, elles rient..."

"Elles rient, mon amour, elles rient..." est l’histoire d’une enfant maltraitée qui souffre la barbarie de la matrice, comme elle appelle sa mère biologique. C'est un roman très dur. Les mots agressifs se sont imposés. Comment Pola pouvait-elle raconter autrement ce qu'elle a subi ? Cette femme à laquelle elle ne peut s’identifier, cette matrice, a semé, dans son corps et dans son esprit, durant des années, de la brutalité. Une brutalité qui peut tuer et conduit inévitablement à une haine féroce, contenue, larvée, qui, lorsqu’il devient enfin possible de l’extraire, de l'extirper, la déraciner, ne peut s'exprimer autrement que par la violence.

Les familles ont des secrets souvent inavouables, mais quand la vie trouve le moyen de faire pousser des miracles sur des ruines, cela donne un texte dont le lecteur ne ressort pas indemne.

11 CommentairesAjouter un commentaire

@MURIEL LAROQUE. Bonsoir, Muriel. À mon tour d'être touchée, par vous, qui connaissez, pour l'avoir plaidé, le sujet. Oui, la simplicité, bien difficile à atteindre, est ce que je cherche sans répit. Je ne la perds jamais de vue. Elle permet de se rendre accessible, de se faire comprendre pour le meilleur des partages. Il m'a fallu des années pour l'approcher et nul doute que je peux et vais l'améliorer encore. J'ai le reste de ma vie pour apprendre... Une jolie soirée à vous. Et merci pour vos vœux. Chiara.

Publié le 25 Novembre 2019

Bravissimo j'ai été très très touchée par Elles elles rient mon Amour .
La simplicité et la sobriété de votre écriture donne une force incroyable à ce récit qui fait écho à certains dossiers sinistres de maltraitance que j'ai plaidés dans une autre vie. J'ai beaucoup aimé la rage et l'énergie fabuleuses de ce petit corp recroquevillé...
Un magnifique roman, merci à vous .
Je croise les doigts pour que votre talent soit récompensé.

Publié le 25 Novembre 2019

@Cristina Leg, @Thalia Remmil, un grand merci à vous deux. Je nous souhaite à tous de belles et longues heures de partage. Bonne journée. Chiara.

Publié le 14 Novembre 2019

@Chiara Catalina, cette interview donne l'envie de vous lire, et je m'en remet volontiers aux avis de @lamish @Christina Leg et les autres... Bravo pour ce parcours riche et courageux. Thalia

Publié le 14 Novembre 2019

@Chiara Catalina, je rejoins @Lamish, @Bossy et @Eva Verna. Un roman tellement bien écrit, qui nous bouleverse, nous chamboule par votre plume si délicate et sensible. Je confirme, votre talent mérite d'être reconnu. Belle journée. Amicalement. Cristina

Publié le 14 Novembre 2019

@Bossy, un grand merci. Je suis sans mots mais je vais vous dire à quel point je suis heureuse de toucher quelques lecteurs/auteurs. Quel beau partage ! Vraiment, merci merci. Chiara.

Publié le 13 Novembre 2019

@Chiara Catalina@lamish. Je partage complètement l’avis de lamish et longue vie à Chiara, parmi les meilleurs auteurs du site. Mérite amplement le prix Concours 2019. Cordialement

Publié le 13 Novembre 2019

@Eva Verna, merci pour nous deux. Jolie soirée. Chiara.

Publié le 13 Novembre 2019

@lamish@chiara Catalina. je suis d'accord la bonne écriture vient de la sobriété et de l'exigence en même temps. Et je pense que vous tendez vers cet équilibre

Publié le 13 Novembre 2019

@lamish, vous venez de faire monter des larmes dans mes yeux... Ce que vous m'écrivez est très touchant. Vous êtes probablement l'être qui dévore le plus de lignes et vous avez toujours le commentaire ajusté. J'aimerais vous répondre en privé, alors je vais, une fois encore, me contenter d'un merci. Non, un Merci. J'espère ne jamais vous décevoir. Amitiés. Chiara.

Publié le 13 Novembre 2019

Chiara a été mon coup de cœur 2019. Découvrir une auteure qui peaufine sa prose sans tomber dans l'excès, qui sait garder le rythme... tout cela sans abuser des effets de style, sans intellectualiser à outrance, sans violer son lecteur par l'accentuation du ton, et tout en préservant cette vibration initiale "made in cœur et âme" avec sensibilité et pudeur, c'est rare... J'ai lu de belles choses ici, depuis que j'ai boulotté son œuvre, mais aucune ne m'a touchée à ce point. Alors longue vie à Chiara,à ses personnages si attachants et, je l'espère, une reconnaissance littéraire méritée. Bonne journée à tous. Amicalement, Michèle

Publié le 13 Novembre 2019