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Le 03 avr 2020

Confinement

Majead At-Mahel Art’felinat pense que nous sommes tous égaux devant la privation de liberté. Mais attention la liberté que nous croyions avoir auparavant était une prison cadenassée. Que ferons nous de ce nouvel espace, quelle nouvelle définition de la liberté sortira de cette épreuve ? Dérapage politique et idéologique programmé. Mais pourquoi pas ? C'est un texte programmé dans la série monBestSeller : Ecoutez le silence.

Confinement

Alors, Homme, que reste-t-il de ta liberté, de ton arrogance  à croire que tu es le maître du temps, le maître de la nature, le maître du jeu ? Homme ! Il est où ton look coco ?

 

          « Je n'ai pas le temps ! »

Voilà l'humain contraint de le prendre ce temps. Confiner dans son p'tit ou dans son grand chez soi, nous sommes tous logés à la même enseigne. Celle de notre vulnérabilité. Celle d'une prise de conscience. Celle d'un retour au pays intérieur, à la source de notre véritable habitat : l'humilité.

 

Une crise, qu'elle soit collective ou personnelle, nous fait toujours dégringoler de notre superbe, pour nous enseigner l'art de l'essentiel. Que ce confinement contraint et forcé, soit aussi l'expérience d'un confinement délibéré et plus que nécessaire, celui de l'introspection aux confins de son âme, à la lisière de ses souvenirs, afin de retrouver celui ou celle que nous sommes fondamentalement, ou celui ou celle que nous souhaitons réellement devenir. Redéfinir les contours d'un bien-être et des possibles.

Être présent ou absent pour une vie et un monde meilleur. Ce sont nos choix, qui nous perdent ou qui nous sauvent...

 

           À titre posthume

Le virus nous a violemment arrêté en plein milieu de nos vies. Il nous a volé à l'arrache une valeur hors de prix. Nous portons désormais le deuil de nos libertés. Nous vivons quasiment à titre posthume, avec une liberté confinée entre quatre murs. Sous surveillance. Victime de l'homme et ses folies de grandeur, de pouvoir et de prestige. Donc, victimes de nous-mêmes.

 

Formidable leçon de vie. Formidable occasion de questionner la liberté. 

Qu'est-ce que la liberté ? Qu'en faisions-nous hier ? Qu'en ferons-nous demain ? La mettrons nous au service du vivre ensemble, avec intelligence du coeur, ou, (comme nous avons toujours fait jusqu'à présent), du chacun pour sa gueule et le diable pour tous, en laissant les lois du marché, les lois politiques et médiatiques définir ce qu'est la liberté ? La négation de sa propre liberté, c'est quand nous la cédons à l'ultralibéralisme qui décide de ce quoi doit être notre liberté. Il n'y a pas plus esclave de la liberté que celui qui pense faire ce qu'il veut, où il veut et quand il veut. Agir de la sorte, c'est précisément vivre dans la turpitude de ses désirs et la servitude de son ego. Le drame de notre époque, c'est d'avoir donné un prix, un code barre, à ce qui n'a pas de prix : la liberté.

Le virus nous a violemment arrêté en plein milieu de nos vies.

Cadeau. Cadeau de renaissance. Cadeau de mariage universel. Cadeau à ouvrir. Dedans, la vie est belle. Digne de nous. La terre est magnifique. Digne de nous. L'humain est beau. Digne de la vie. 
Ce confinement : une occasion en or, de se souvenir de sa liberté, l'occasion de changer de crèmerie, changer la serrure, changer ses habitudes, changer l'eau des fleurs, changer son fusil d'épaule, changer de vêtement, changer de lunettes, changer son regard sur soi, sur la vie, sur les Hommes, changer... La vie n'est que changement. 

L'occasion de se souvenir et de ne pas oublier que nous sommes responsables de cette liberté sacrée, de cette liberté chérie, et que nous avons du temps, beaucoup de ton temps, pour réfléchir et faire un choix, pour un avenir meilleur. 

 

Merci pour ce beau texte, Majead, pour ce partage d'une réflexion à laquelle j'adhère, étonnée quotidiennement par l'observation d'une première prise de conscience pour nombre de mes congénères. Comme si, en plus du temps, la volonté d'introspection leur avait fait défaut une vie durant. Que le poids d'une vie de réflexion contrainte avait franchi les portes de leur inconscient suite à ce monumental coup de frein... Vous lire m'a évoqué une chanson de Michel Berger... Allez savoir pourquoi ;-)...
"... Et moi qui danse ma vie
Qui chante et qui ris
Je pense à lui
Diego, libre dans sa tête
Derrière sa fenêtre
Déjà mort peut-être "
Bon week-end. Amicalement, Michèle

Publié le 04 Avril 2020