Donner naissance à un texte sans revendiquer une quelconque pater-maternité.
Cela revient en quelque sorte à donner naissance à un texte sans revendiquer une quelconque pater-maternité.
Notez que cela fut l’usage en France, jusqu’en 1537, date à laquelle François Ier impose à tout auteur ou imprimeur le dépôt légal de ses œuvres (à but de censure, évidemment). Puis, progressivement, le nom de l’auteur devint aussi célèbre que celui de son œuvre ; puis le nom de l’auteur prit la place de l’œuvre (tout le monde a entendu parler de Yourcenar, Gide, Brecht, etc. sans nécessairement avoir lu une seule de leurs lignes) ; puis de nos jours -technologie et réseaux aidant-, toute personne sachant utiliser un clavier peut s’autoproclamer auteur/écrivain et pilonner l’espace numérique de sa production.
Devant une telle avalanche de textes, on bataille, on ferraille que ce soit sous son patronyme ou derrière une multiplication de pseudo, on inonde la toile jour après jour.
Exciter de toute manière possible la réaction du consommateur-lecteur.
De cette gabegie, si l’on veut sortir la tête, il n’est qu’une solution : devenir porte-étendard de sa propre production et exciter de toute manière possible la réaction du consommateur-lecteur.
Évidemment, tout cela ne se fait pas sans risque, le premier, bien entendu, étant la surenchère des ego et, dans la foulée, la libre expression des émotions parfois viscérales à l’encontre d’un auteur qu’on ne connaîtra jamais, mais envers lequel on ressent dans un ordre incertain l’admiration béate, celle frisant l’envie, la jalousie évoluant en haine. La toile, macrocosme, dont ce site est un microcosme, offre alors le spectacle affligeant de la libre expression de la moelle épinière des uns, des autres, en définitive quelques-uns, toujours prêts à se vautrer dans le "bac à sable".
Devant un spectacle si dérisoire, on peut se poser une question « Qu’avons-nous fait à la littérature ? » à laquelle s'impose une seule réponse : « Nous l’avons noyée ».
Succomber au désir d'auteur
Nous avons succombé au "désir d’auteur" et à l’appétit pour le pseudo et le scandale, au détriment du "désir de texte".
Qui a écrit le texte ? Voilà la question première ! Qui ? Que l’on puisse savoir s’il y a lieu d'encenser ou de canarder. Comment et pour quoi ce texte a-t-il été écrit n’arrivent qu’au rang des interrogations mineures et accessoires. Non, ce qu’on veut savoir en priorité, c’est l’identité de l’auteur. Cette identité devenant rapidement un sésame qui permet de consolider son groupe d’appartenance : le groupe qui a lu tous les Tartempion, celui qui guette la sortie du prochain Machin, celui dont les membres se rassemblent pour conspuer Branquignole et soutenir Trucmuche, etc.
Qui a écrit ? Il faut le savoir afin de pouvoir applaudir, liker ou à l’inverse démolir un auteur sans risquer de se tromper de camp.
Nous vivons l’âge de l’auto-sacrement, l’auto-contemplation, l’auto-promotion, l’auto-édition avec ses corollaires de mise à l’index, dénonciation, jugement, jugement lapidaire // célébration, éloges, félicitations, likes, étoiles et congratulations.
Ecrire sous X pour respirer
Alors oui, dans cette curée, écrire sous X est comme une bouffée d’oxygène. Le luxe de laisser vivre sa plume et de créer sans attendre de retour.
Sous X, seul compte le texte, lequel, en fin de compte, devrait être l’unique sujet de préoccupation de l’auteur et l’unique sujet de passion du lecteur.
Vous avez un livre dans votre tiroir ?
Publier gratuitement votre livre
Vous avez écrit un livre : un roman, un essai, des poèmes… Il traine dans un tiroir.
Publiez-le sans frais, partagez-le, faites le lire et profitez des avis et des commentaires de lecteurs objectifs…
On peut écrire sous X tout simplement parce que l'on fuit la célébrité et que l'on veut rester anonyme.
Je ne comprends pas la discussion sur les réseaux sociaux.
Cela n'a strictement rien à voir ?
Je ne me baigne pas dans les égouts donc je ne vais pas sur ces réseaux ; dommage pour le concours d'été !
UN PEU DE BARBARIE (Philosophie)
J'essaie de comprendre pourquoi lire n'intéresse plus personne. Sommes-nous au seuil d'un important changement de civilisation, d'un bouleversement culturel sans précédent ? Comparable à l'invention de l'imprimerie, mais dans le sens inverse...
La découverte de l'imprimerie a provoqué une formidable explosion des idées. La traduction de la Bible est à l'origine du protestantisme qui, par la diffusion et l'accès de tous aux textes sacrés, a permis de semer le doute sur l'usage exclusif qu'en faisait l'Eglise. La Révolution française est l'aboutissement laïque de cette évolution : tous égaux, même si certains sont « plus égaux que d'autres », disait Michel Colucci dans ses bons jours.
Aujourd'hui, à l'exception de quelques ouvrages gore ou prétendument ésotériques, genre Da Vinci Code, de romans « feel-good » à la mode, plus personne ne lit.
Il y a évidemment des médias de substitution : les vidéos qui inondent les réseaux sociaux : courtes, rapides, répétitives, elles déversent des millions d'informations, contradictoires, spectaculaires et choquantes...
Cette mutation est un fait culturel qu'il faut accepter, comme on accepte celle des insectes ou des papillons sous l'effet des conditions climatiques ou alimentaires. Ce qui pose véritablement problème, c'est la disparition du lien social qu'elle engendre.
Des phénomènes de niches se créent à l'infini ; une fragmentation de la société qui se disperse en autant de chapelles idéologiques, culturelles, ethniques ou religieuses. La fin d'une civilisation cohérente qui partageait un socle commun où querelles et disputes participaient du lien.
C'est désormais le règne de l'indifférence généralisée, des petits mondes refermés sur eux-mêmes. Les hommes comme des fourmis décérébrées n'œuvrent plus ensemble, n'agissent et ne s'agitent que dans leurs micros sphères...
Or l'homme est un animal grégaire et social. La destruction du lien qui l'unissait aux autres annonce un retour au « chacun pour soi », à la loi du plus fort, du plus violent, du plus égoïste : la barbarie.
De nouvelles idéologies ou religions redonneront-ils du goût et du sens à la vie ? Le pire comme le meilleur est à craindre...
Elle a ressurgi récemment après une absence ( séjour en HP ?) sous un pseudo fantaisiste et squatte la tête de publication... un style facilement identifiable avec de multiples avatars tout aussi bizarres qui l'encensent...
@PUZZLE
Concernant @Jézabel Foutredieu, je ne saurais dire d’elle qu’elle était vicieuse. Elle utilisait un langage qui, bien que particulier, ne me semblait guère vulgaire. Du moins au sens non littéraire de ce terme. Elle fonçait sans réfléchir sur le tas. Bien que j’aie eu quelques échanges avec elle, j’ai une profonde estime envers elle. Du reste je me demande ce qu’elle est devenue.
Ces interventions dans les commentaires ressemblent plus à ceux des réseaux sociaux qu’à la littérature. Par rapport à ses écrits, j’avais lu un de ces textes courts qui m’a plu.
@aj.michel
Je suis assez d'accord avec ce que vous dites. D'ailleurs, je pense que, médisance ou non, ce qui compte en littérature, c'est le talent. Certains auteurs ont été infects avec leurs contemporains, mais ils le faisaient avec un tel talent que c'est un régal.
Même la teigne Jézabel, si elle se donnait un peu de mal à construire du fonds et évitait les répétitions, pourrait se révéler, bien que vicieuse à donf', agréable à lire, ou pour le moins instructive d'un point de vue littéraire.
Citer les réseaux sociaux me semble malvenu. Les écrits dans les réseaux sociaux sont courts, pleins de fautes d’orthographe, de fautes de syntaxe, grossiers, comportant des raccourcis, ainsi que des expressions spéciales. Ce n’est donc jamais de la littérature. Les médisances sous pseudo qui existent dans ce milieu ne sont pas reliées à la littérature. La médisance est en fonction de la couleur de la peau, de l’origine ethnique, en fonction du pays d’origine…
Une médisance anonyme en littérature serait que, sous pseudo, une œuvre dénigre de façon injustifiée un auteur. Pour le moment, je n’en vois pas énormément.
@Hugues Hugo Cayzac
PS : j'aime bcp votre pseudo "Hugues Hugo " (de Cayzac ?) qui fait qd mm un peu plus "pête dans la soie" que "Charles-Charlot" ou "Jean-Kevin"... Une infinie modestie vosu guette...
@Hugues Hugo Cayzac
J'aime cette technique qui consiste a désigner un coupable à la vindicte publique, au nom de la salubrité, la main sur le cœur et la bouche en c** de poule... Vous avez loupé de belles époques où la délation faisait flores... Mère-grand, l'alibi de votre héroïsme fantasmé doit se retourner dans sa tombe.
Avec en prime, un soupçon de chantage : "Faites qq chose ou je m'en vais !" Utlisé par celles ou ceux qui n'ont plus rien a dire et tentent la, victimisation...
Je vous conseille la lecture de mon avant dernier txt : "No passaran", il se pourrait qu'il vous aille comme un gant sur un pied...
@PUZZLE
Bonjour. Je pensais que montBestseller avait nettoyé sa plateforme des lâches profitant de l'anonymat pour s'en servir pour dégoiser des âneries comme sur 'importe quel réseau dit "social". Ce pourquoi je recommençais à mettre des commentaires. On ne m'y reprendra pas.
@Hugues Hugo Cayzac
1) Qui a dit du mal de votre grand-mere ? C'est un scandale ! Vous avez des noms ?
2) Bon, 45 000 pages, c'est bcp pour ce soir, je lirai demain...
J'aime beaucoup. Je ne savais pas que c'était l'usage avant François 1er. Vous le notez en passant. Ce serait passionnant de consacrer un long article à l'histoire de l'anonymat en littérature. Qu'est-ce qui était recherché quand on écrivait ainsi ? L'usage actuel du nom d'auteur, du désir de célébrité, d'un enrichissement, est lourd de conséquences je crois sur l'écriture elle-même. Certains ont réfléchi à la gloire solitaire dans la Grèce antique, l'instant de gloire d'une vie dans le soi à soi, sans que personne ne le sache. Même si l'on écrit, que l'on a publié sur un site internet, et que l'on espère désespérément un succès, cela n'empêche pas de beaucoup apprécier votre texte qui pose des questions bien au-delà de l'acte d'écrire, sur le fait même de vivre et de s'exprimer.
@PUZZLE
Bonjour. Vous avez lu "45344"? Ah ah ah, non, mes grands-parents n'étaient pas des lâches! On se reparle quand nous serons obligés de (re)passer à la clandestinité?
@RENCONTRES...
Bonjour. En théorie, je suis d'accord avec vous. Dans la pratique, les moyens de la résistance doivent s'adapter aux changements. Je pense qu'à jouer à cache-cache avec le technofascisme, nous partirions perdants.
@Hugues Hugo Cayzac
Les résistants qui utilisaient des pseudos étaient-ils des lâches ?
Mais vous avez parfaitement raison, on ne lit plus qqun en fonction de son talent, mais s'il pense comme nous... Dangereuse descente aux enfers de l'intelligence et de la culture...
@Hugues Hugo Cayzac
Récuser le droit au pseudonyme, n'est-ce pas avouer que ce qui compte n'est pas ce que l'on dit, mais celui qui le dit ? Ce qui est souvent le cas.
Nous le voyons en littérature : les éditeurs usent jusqu'à la corde un auteur, ou plutôt son nom. Il écrit un premier roman acceptable, puis on lui fait signer un contrat et l'on presse le citron. Chaque année, il doit produire un nouveau roman que les critiques et les libraires mettent en avant et que les lecteurs achètent par reflexe.
Et bien davantage en politique, le même proposition ne sera acceptée qu'en fonction du parti qui la propose...
Refuser les pseudonymes, c'est refuser que le talent ou la vérité puissent s'exprimer indépendamment de la notoriété ou de la personnalité d'un locuteur. C'est accorder davantage d'importance à la signature qu'au texte.
C'est aussi une garantie de liberté, dans un système où l'on blackliste à vie ceux qui sont hors les clous, les esprits libres qui font tant défaut en littérature... Dans un pays où les cerveaux sont conditionnés, calibrés, jugés, condamnés pour le moindre délit d'opinion...
Alors tous fichés ?
@Hugues Hugo Cayzac
Vous avez farpaitement raison !!!
Au-delà des désidératas de qui écrit, la pertinence du pseudonyme varie selon les époques. Par les temps qui courent, et ils courent croyez-moi! l'anonymat est associé, grâce aux réseaux sociaux, à la lâcheté, l'irresponsabilité, la malveillance sinon l'agressivté. Aussi je ne recommande à personne d'adopter un pseudo d'écriture; pour l'instant.
Je poste un second commentaire pour que l’on ne m’accuse pas de critique stérile.
Le thème de l’écriture sous X est important, encore faut-il l’aborder sans s’acharner sur autrui. C’est comme si au lieu de parler de l’opéra, sujet important, on décrie ceux qui utilisent le karaoké.
Il est crucial que le mot écrire soit utilisé au sens large, c’est-à-dire avec publication. Autrement, comment comprendre un écrivain qui écrit sous X exclusivement pour lui-même. Soit il a atteint l’ultime sagesse du détachement, soit il souffre d’un dédoublement de la personnalité. Une partie de lui écrit, l’autre ignore qui en est l’auteur
Le terme sous X évoque au moins deux éléments populaires.
– Naissance sous X. Ici, s’il existe bien un bébé, rien ne le rattache à ses parents, sa famille, à sa culture. Au contraire, tout est fait pour que rien ne le rattache à ses origines.
– Écrit sous X dans le cadre de la délation, du corbeau.
Dans mon commentaire j’aborde exclusivement la psychologie de l’auteur.
Quelques éléments doivent être rappelés. En ce moment, il est pratiquement impossible d’écrire sans signer sa production. Bien sûr, il pourrait toujours émerger de la plate-forme complètement anonyme. C’est-à-dire que les écrits ne sont absolument pas signés.
Il existe, du point de vue de la psychologie de l’écrivain, une différence énorme entre une écriture sous X, une écriture signée X, une écriture en utilisant un pseudonyme.
Théoriquement, dans une écriture sous X, comme pour la naissance sous X, il faudrait que rien ne puisse rattacher l’auteur à son ouvrage. Il s’agit d’un état d’esprit de détachement suprême. Je ne sais si ceci existe, ou s’il existera un jour, néanmoins, une écriture sous X au sens strict du terme, ce serait ceci.
Par extension, on pourrait recourir à l’usage d’un pseudonyme. Cependant, ce pseudo devrait être strictement aléatoire. Lorsqu’il est choisi intentionnellement l’état mental de l’écrivain change. Il n’est plus celui de l’écriture sous X. Cependant, s’il est utilisé plusieurs fois, le pseudonyme finit par représenter une identité de substitution de l’auteur. Ce n’est plus une écriture sous X au sens théorique du terme.
Il y aurait énormément de choses à dire sur une écriture sous X.
Plusieurs raisons peuvent mener un auteur à écrire sans révéler son identité. Thème injurieux ; thème pornographique ; expression d’opinion politique particulière ; corbeau ; médisance, etc.
Cependant, une écriture sous pseudo, ou sous X strict, peut cacher une vanité, voire une hubris profonde de l’auteur. Même s’il écrit de manière inconnue, l’auteur inconsciemment souhaite être reconnu. Il voudrait que, par le truchement d’une quelconque magie on puisse le reconnaître et le louer. Du reste, cela se pratique chez des écrivains connus. S’ils écrivent sous pseudo, tout un tintamarre est mis en place pour deviner qui est ce prodigieux écrivain inconnu.
Autre raison d’écrire sous pseudo consiste en un crash test. Certains écrivains célèbres le disent, avant de publier une œuvre prochaine, ils en testent la notoriété sur des plates-formes, telles que Wattpad. Ils utilisent, sûrement, un pseudo. Je pense que cette pratique a disparu de cette plate-forme du fait de sa nouvelle orientation particulière.
Ce que je voudrais dire en fin de compte est qu’un sujet aussi important que l’écriture sous X doit d’abord porter sur la psychologie et la mentalité de l’écrivain lui-même. C’est du reste sur ce thème qu’est proposée cette suite d’articles. Le reproche que je fais à l’auteur est de s’acharner sur les réseaux sociaux et de considérer le lecteur consommateur. En ce sens, cette publication est navrante.
Ce texte a un sens profond car il montre du doigt la censure, le délit d'opinion, tout ce qui limite la liberté et le débat. La monarchie n'est pourtant pas le pire des censeurs, car la démocratie a condamné des auteurs à mort pour leurs écrits. L'intolérance envahit tous les périmètres de la société et même les lecteurs sont fustigés pour avoir donné une critique favorable de Céline. @Sylvie de Tauriac
1) Ce texte, écrit sous X, est bien plus profond et intéressant que les critiques qu'il essuie pourraient le laisser croire.
2) Ce qui est gênant n'est pas d'utiliser un pseudo, ne serait-ce que pour respirer un peu comme il est dit... dans une jungle où les copines ne lisent que les copines et où les copains s'extasient devant les copines, "me-too et bobo-land" obligent, au détriment d'excellents auteurs... le pire étant réservé ceux qui ont froissé les ego des écrivain(e)s apptoximatif(ve)s... Bcp ne lisent leurs ami(e)s que pour être rassuré(e)s et lu(e)s en retour, alors que la littérature doit être un questionnement, une remise en cause, pas slmnt un confort...
3) En revanche, il faut bien reconnaître qu'il est ridicule et superfétatoire d'user d'une panoplie de pseudonymes, jusqu'à se faire passer pour les admirateurs idolâtres de soi-même. Deux auteurs que je ne citerai pas, sombrent dans ce ridicule. L'un(e) a, il est vrai, un style qui n'est pas médiocre, mais le fonds se résume à un érotisme graveleux barbant à grimper au lustre; l'autre multiplie les auto-éloges panégyriques et narcissiques en se créant carrémant un fan-club dont il occupe tous les postes, président, adhrents, trèsorier, membre bienfaiteur, midinettes... Grotesque.
4) Un pseudo n'a jamais empêché de reconnaitre un auteur. Un lecteur attentif et averti, au bout de trois lignes, sait qui écrit quoi... que le style soit excellent ou lourd...
5) Excellente analyse de @Cyrus Slapstick 2 que je soupçonne fort d'être Jézabel dans ses meilleurs jours... Vous voyez bien que je suis honnête et pas rancunier... Enfin, il faudra qu'il-elle se lève plus tôt pour que je me fatigue à exprimer une rancune..
Écrire sous X, c'est faire comme Cortex qui signait avec cette dernière lettre l'aveu que son texte appartenait au mystère de l'inspiration et de la création. Mieux valait encore faire précéder la lettre de quelques autres inutiles, et faire croire que le nom avait un sens. Cortex sous X, c'est le dire encore mieux et éclairer la démarche : envouter le lecteur, lui arrondir ses pupilles et l'emmener haut dans le ciel, où se pare de ses plus belles couleurs la fantasmagorie d'un temps de lecture et de retrouvailles. Car c'est là que les esprits sensibles s'entendaient à s'entendre pour former cette confrérie que l'on appelle aujourd'hui "Le fan-club cortexien".
J'avoue nourrir une irrépressible tentation d'écrire sous X. D'abord parce qu'on peut naître sous X sans que cela empêche d'avoir des idées. Ensuite parce qu'une plainte contre X a souvent plus de succès qu'une plainte contre son propre style. Le jour J, à l'heure H, je signerai donc d'un X bien appliqué, en laissant aux graphologues le soin d'y voir une croix, une inconnue ou un aveu de paresse calligraphique.
Certains prétendent que tout dépend des chromosomes X et Y. Je veux bien, mais, en littérature, c'est surtout une question de variables : X désigne l'auteur, Y le lecteur, et le roman tente de résoudre l'équation sans jamais montrer le calcul. Mon éditeur réclame un nom ; je lui fournis une inconnue. Les critiques cherchent un visage ; je leur offre une lettre.
Au fond, X est un merveilleux complice : il masque, il multiplie, il rature, il croise, il coche la case sans jamais la remplir. Une lettre qui ne dit rien… et suggère absolument tout. De quoi donner envie d'écrire l'œuvre X, au chapitre X, dans un siècle X, avec l'espoir très cartésien qu'un lecteur finira bien par trouver la valeur de l'inconnue.
C'est étonnant, cette vision que vous nous donnez de mBS. Je ne m'y retrouve pas, je cherche en vain des querelles opposant Branquignole et Trucmuche, des déchaînements de haine, d'envie et de jalousie, l'entrechoc des egos, et tutti quanti. De fait, parcourant mBS, je me donne plutôt l'impression de visiter un cimetière, où la seule chose qu'on perçoit c'est comme qui dirait le murmure du vent, d'un vent qui passerait incognito entre les tombes. Cela se pourrait-il que votre article soit complètement anachronique, rédigé par un nostalgique de la grande époque, cette sorte d'âge d'or durant lequel une certaine Jézabel (mais elle avait encore une bonne cinquantaine d'autres pseudonymes) menait la danse sur le site, prenant un plaisir évident à critiquer les bouquins sans prendre de gants, sans faire dans la mièvre dentelle, à monter l'ego dilaté des uns contre celui distendu des autres, aimée et appaudie par certains, abhorrée et conspuée par d'autres, accusée de tout et du reste (sauf, peut-être, d'être une agente du FSB, parce qu'à l'époque la Russie n'avait pas encore envahi l'Ukraine), publiant des textes d'une pornographie ostentatoire au grand dam de la confrérie des coincés du bocal, virée par la porte mais ressurgissant toujours par la fenêtre, chassée à courre par une bande d'excités qui ne l'attrapait jamais, bref, qui menait grand train sur mBS et y mettait une animation rabelaisienne (combien de guerre picrocholines !) qu'on n'a plus connue depuis ?
Si c'est cela, le rédacteur a plusieurs métros de retard. Il nous dépeint un monde malheureusement disparu.
Pour ma part, je n'ai jamais entendu parler de Yourcenar et j'ai longtemps cru que Brecht était le nom d'une marque de solvants industriels. En revanche, je sais que Frédéric Branlequeu est l'auteur des "Stances à Mlle Ponpon". Est-ce que ça n'envoie pas quelque peu votre argumentation à la dérive ?