Actualité
Le 16 Jan 2014

Publier un livre gratuitement : une question de valeur?

Les descendants de Zola doivent vilipender le système marchand du livre…les petits enfants de Verlaine aussi. Dans le domaine public, aucune rémunération du talent ou même de la vente papier n’est générée. Ce n’en sont pas moins des Best Sellers ! Leurs écrits sont gratuits sur le net. Cela leur retire-t-il de la valeur ?
Publier un livre gratuitement : une question de valeur ?Publier un livre gratuitement : une question de valeur ?

Pour les vivants, le débat est identique...ou presque. Le net permet à chacun de diffuser ses écrits, (sa musique, ses dessins) de les partager et de rayonner. Quelque soit la position des défenseurs et des détracteurs du système du partage gratuit, la machine est en route et le retour en arrière est impossible : Calameo, WeLoveWords, monBestSeller.com et bien d’autres ont fait de ces diffusions de contenus gratuites une de leurs raisons d’être. Partage de savoirs, partage d’expériences, mais aussi critiques sur les œuvres diffusées. En un mot, le net lance un débat sur des œuvres qui n’auraient, dans beaucoup de cas, eu que peu d’échos.

Tout travail mérite salaire disent les uns. Et ne serait-ce que par respect de l’effort, tout écrit rendu public devrait être rémunéré. Cela est défendable. Mais quelque soit le talent des auteurs, nous vivons dans une Société de communication. Les chefs d’œuvre peuvent rester enterrés des années (cela ne se limite pas à la littérature). Comme des ouvrages légers et futiles peuvent être mis en lumière et encensés par les média.

A quel seuil, à quel moment, à quel instant un auteur peut-il revendiquer un revenu et surtout à quel moment des lecteurs vont acheter ? Ce n’est pas forcément quand la littérature est bonne ! Preuve en est tous les chefs d’œuvre classique en lecture libre sur le net !

Jusqu’à présent, acheter un livre c’était se fier à un auteur (de notoriété), à un éditeur, à une critique média, au conseil d’un libraire, au bouche à oreilles. Acheter un livre sans garantie est il possible ? En quoi le net a-t-il créé un immense espoir pour les auteurs ? Est-ce un leurre ?

Ce n'est pas un leurre, mais c'est loin d'être une panacée, le net fonctionne sur un registre unique « la visibilité ». Avant même de penser à la commercialisation, un auteur doit se forger une réputation, des lecteurs de soutien et utiliser ces soutiens pour optimiser son livre. Pour commercialiser son livre sur Amazon, même à 99 centimes, il faut avant tout être repéré et désiré.

Chez monBestSeller, nous faisons ce pari. Les écrivains amateurs ou amateurs avertis (il n’y a pas là d’échelle de talents) ne peuvent chercher une rémunération immédiate sur le net : ils n’en auront pas ou si peu. En revanche, ils pourront trouver une visibilité organisée et amplifiée qui leur permettra d’être reconnus voire lancés. La quête de reconnaissance passe par la mise en ligne de son livre gratuit qui le rend accessible à tous. Mais attention, cette gratuité ne prend de sens que si l’auteur est « lu » et bénéficie de retours et bien sûr de retours « qualifiés ».

Dans ce cas et dans ce cas seulement, la mise en ligne gratuite d’un livre est justifiée car elle confère à l’auteur non seulement une « existence » mais aussi une rampe de lancement possible. Avec pour étape ultime l’édition, pourquoi pas ?

Reste à définir ce que sera la rémunération de l’auteur demain sur le net ? Probablement pas les droits d’auteurs dans leur forme actuelle !

 

Christophe Lucius

Je dirais que pour savoir si le prix influe sur la qualité perçue d'un livre, il suffirait d'une expérience. On prend deux groupes de lecteurs (même tranche d'âge, goûts littéraires, groupe socio-économique, etc.). On demande au premier groupe d'évaluer "ce livre/ebook gratuit". On demande à l'autre d'évaluer "ce livre/ebook à 10 euros" (on leur laisse le prix dessus par exemple). Et puis on compare les appréciations des deux groupes. On saura alors quelle dimension inconsciente donne un prix à un livre.
Publié le 07 Décembre 2014
Il ne faut pas oublier que meme gratuit sur un site d'edition, la visibilite d'un roman dependra aussi beaucoup de la visibilite du site en question. Ca peut tres vite devenir un cercle vicieux puisque plus il existe de sites devoues a la publication de romans gratuits plus il devient difficile d'etre vu et encore plus d'etre lu quand le nombre de romans visibles augmente de facon exponentielle.
Publié le 25 Février 2014
Point d'amertume en ce qui me concerne en tout cas, oh non. Juste un constat constant. Les lignes bougent depuis une petite dizaine d'années, mais si doucement... Dans les esprits le coût reste un garant. Cet état d'esprit n'aura pas empêché l'exemplaire succès (tellement mérité) d'Anna Galore - http://www.anna-galore.com - qui depuis 2006 a fait les délices d'un impressionnant nombre de lecteurs et a réussi à se faire un nom (pas encore assez de mon point de vue). Comme site communautaire, il convient aussi de citer un des précurseurs: Alexandrie Online, qui existe depuis l'an 2000, et reste un formidable outil (quoique légèrement vieillissant). MBS est dans le domaine la plus flagrante et récente réussite, mais il s'agit encore pour le moment d'une plateforme de lecture libre, pas encore un support d'autopublication en tant que tel (la possibilité de télécharger, quand elle sera en place, sera un atout décisif pour les auteurs, qu'ils jouent avec les textes ou veuillent viser plus loin). La littérature gratuite acquiert ici une crédibilité par la visibilité du site, il faut s'en réjouir. Pour certains, c'est la voie menant à la reconnaissance et à l'édition: chance inestimable tant le talent de certains ici mérite d'être exposé au grand jour. Signe qu'il est temps que les valeurs se bouleversent un peu, et signe que c'est effectivement le cas. Comment ne pas en être heureux, malgré tout?
Publié le 17 Janvier 2014
90% d'accord JC. A la nuance près qu'il y a beaucoup d'auteurs qui s'amusent avec les écrits et les plateformes interactives (plutôt la notre) sans amertume...
Publié le 16 Janvier 2014
Pas d'existence marchande, et vous passerez pour un rigolo: ça c'est une première chose, les "chroniqueurs" sérieux s'occupent rarement de ce qui n'est pas édité ou autoédité, or le sceau de la critique apposé sur une oeuvre importe à pas mal de lecteurs. Pas critiqué, ça ne vaut pas le coup. Et puis c'est gratuit, donc ça doit être pire que tout. En revanche, on peut être (très) confortablement téléchargé: ce qui devrait être satisfaisant. Oui, mais téléchargé ne signifie pas lu. Et parfois, faute de retours, on se dit qu'il y a des fichiers qui doivent massivement finir à la poubelle sans être ouverts. Oui, mais, intervient-on : "Souvent, lorsque l'on se lance, donner un de ses livres gratuitement est le meilleur moyen de gagner des lecteurs qui vont ensuite acheter vos autres livres. Bien sûr, lorsqu'un auteur est établi, la gratuité n'est plus utile sauf pour des opérations de lancement."* A quoi je m'empresse de répondre: on reste dans une logique qui veut qu'il faille vendre. On peut très bien décider sciemment, délibérément, de ne jamais sortir de la gratuité - pour le numérique du moins c'est tout à fait possible, pour l'édition papier il faut s'arranger pour vendre au moindre coût (sans faire le moindre bénéfice). Et là, quelle que soit la qualité de l'auteur, on se confronte à la subtile hiérarchie des valeurs qui veut que l'édition soit en haut, suivie de loin par l'autoédition destinée aux aigris ou aux ratés, d'encore plus loin par l'édition à compte d'auteur réservée aux bons gros pigeons, et derrière l'horizon par l'autopublication "gratos" dont il convient de ne tenir aucun compte - ça ne doit rien valoir du tout, pensez donc. Cette hiérarchie, même mise à mal par des sites comme MBS, Atramenta, dans une moindre mesure par Feedbooks (qui recèle pourtant des perles dans la catégorie "oeuvres originales"), demeure vivace. Il reste admis que publier, c'est vendre. Pourtant, publier c'est avant tout chercher à être lu. La question pour moi est d'un autre ordre: y a-t-il désormais (enfin) place pour une littérature gratuite? Oui, sans doute - mais pour qu'elle s'impose il va encore falloir bien des efforts et de l'acharnement de la part des auteurs qui auront pris ce chemin de traverse qui néglige le top 100 Amatruc. Et surtout faire céder les réticences implicites: parce que du gratuit excellent, voire meilleur que ça, il y en a plus qu'on imagine. Et qu'on passe souvent à côté pour de trop mauvaises raisons. PS: je cite l'article, "cette gratuité ne prend de sens que si l’auteur est « lu » et bénéficie de retours et bien sûr de retours « qualifiés »". Tout l'enjeu, voire l'enjeu crucial, est là et bien là: c'est le but à atteindre. Pas facile. Mais ce doit être jouable. * Note de l'auteur : il s'agit de la réponse de MBS sur Facebook aux propos ci-dessus repris presque tels quels.
Publié le 16 Janvier 2014