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Le 20 nov 2018

Rituel d'écriture : écrire cachée mais au chaud

Une douche chaude... d'images, de phrases, de héros qui me racontent en trombe dès le matin leur vie. Puis un thé tout chaud... posé à côté de l'ordi. Un bureau... devant ma fenêtre, sous la couette, sous un arbre, dans un bar, un train, le métro, mais chaleureux aussi. Une bonne paire de chaussettes, dans mon dos un coussin où lover mes vertèbres, une bouteille d'eau, et s'il le faut des boules Quiès pour rester et rêver dans ma musique à moi. Mais avant tout cela...
Ecrire cachée mais au chaudEcrire cachée mais au chaud

Mais avant tout cela...
Le monde. 
Savoir le monde tout autour et qui sait derrière moi.
Me rappeler, plutôt que l'inverse qu'il est là, que j'y suis, y écris... et que si ça se trouve il s'en réjouit !

Et voilà. Je ne sais pas si je peux parler de rituel quand je n'ai écrit encore qu'un roman, et entame comme une re-nouvelle personne l'aventure du second. Même si, c'est vrai, 1 roman représente déjà et au moins 912 matins, ou nuits, ou transports en commun. Bref 912 moments où l'on s'est répétitivement assis, ou non, devant un carnet, un écran ou sur un strapontin. Mais je peux vous confier ici, surtout ici, les astuces et les antidotes au doute, au vide, les endroits, les lumières, les regards, la chaleur et les petits gestes qui m'ont tenu la main et fait battre jusqu'au dernier chapitre la confiance et le cœur.

Car l'inspiration ou la page blanche n'est pas le problème. C'est surtout ce qu'on y projette, nos petits mais parfois costauds scénarios internes qui nous figent ou nous freinent. 

La mienne était déjà pleine dans le sens... comble !

Elle n'avait donc pas de place pour moi, pas le temps non plus ni l'envie d'en perdre en lisant mes balbutiements de débutante venant d'ailleurs et de loin, de la danse et du cinéma, illégitime à prétendre poser un pied, ou plutôt un mot en son monde. 

J'y lisais donc et déjà Mais pour qui elle se prend celle-là ? Mais que c'est prétentieux et ridicule d'écrire un roman, surtout quand on ne sait pas si on a du talent ! Et puis qu'est-ce que son livre est chiant ! Son histoire déjà vue mais en bien plus pertinent ! Bon ben qu'est-ce qu'on fait, on l'ignore poliment, on l'humilie direct ou par bonté on lui ment ?!

Alors au début, j'ai sorti un bras de dessous ma couette pour saisir mon ordinateur comme ma chance et écrire cachée mais au chaud. Je venais de revendre les parts de ma société de production de films et studio de casting. Je passais d'une éclatante et criante vitrine au silence plus vrai mais glaçant de ces traversées en solitaire dont on ne voit pas au départ l'issue ni le fond. Juste une direction, un panneau murmurant en soi et en gros Ta vie passe par là maintenant ! On y va !! Parce que quoi ? Parce qu'il faut !!!

Sous la couette et dans mon voyage sabbatique, j'ai ensuite apporté des tasses et des tonnes de thé. Puis des vivres pour tenir plus que pour manger. J'ai allumé la télé devant moi, sans le son, comme un échantillon de fenêtre sur le monde où, au début de mon roman et de ma mue, excepté pour les courses, les copains, un ciné et danser, je ne m'aventurais plus.

Puis au bout de quelques mois ou plutôt quelques lignes, les premières, un chapitre validé par mon autocensure ou perfectionnisme, enfin ! Etayée par le sentiment matérialisé noir sur blanc que je pouvais écrire, sortir une musique, une intrigue, des visages et des émotions prenant forme ensemble, et avec eux celle d'un possible bouquin. Plus forte, moins seule car moins vide tout à coup là dedans, donc plus chaude à aller continuer d'écrire en vrai et plus grand, je suis redescendu dans le monde et ses cafés combles où les gens se sont glissés sous la couette ou sur la même banquette, ont bu un thé et écrit leurs journées avec moi. Ont repeuplé sans le savoir par centaines et souriants regards ma page blanche, ma confiance. L'évidence d'appartenir à la même planète qu'eux. A ce même et légitime besoin de chaleur humaine qui nous donne des ailes et nous rend heureux.

Ils ont dû le sentir un peu, car souvent ils sont venus m'interrompre en amis et toute délicatesse pour me demander ce que je faisais. Me décrire de quoi j'avais l'air concentrée comme ça et comme ça les inspirait de me voir bosser ainsi dans le monde, dans le bruit. L'endroit de la Terre et de ma vie devenu grâce à eux le plus beau pour moi alors infiniment libre, légitime, presque aimée d'écrire.

Et voilà. J'écris toujours le matin et le reste du temps reçois mes coachés. Je ne tapote plus autant dans les cafés aujourd'hui car j'ai ramené tout ce précieux monde à la maison avec moi. Ma page vierge n'est plus blanche mais accueillante, ouverte, professionnelle, prête à me recevoir 24h/24 à la manière des cafés, des garçons et des filles, des lumières si chaudes de mon quartier de Bastille. 

A la manière toute pareille, stimulante, éclairée, solidaire de cette autre place où écrire qu'est monBestSeller...

Dans quatre mois mon premier roman "A l'instant même où l'on bouge" va reparaître aux Edition Carnets Nord que j'ai rencontré ici, grâce à vous. 

Mon second roman est en route, du matin sous la douche jusqu'aux post'it collés sur les murs de mon bureau, ça c'est nouveau !

Ma page est désormais multicolore, noire d'un monde à côté, à venir. Comble d'amour, la première pierre de mon rituel, et la plus chaude, qui avant toutes me fait écrire.

 

 

Vera Seret

Un petit mot de plus mais un grand merci à vous chères @Eva Verna et @bernadetteL pour vos retours complices et chaleureux. Drôles aussi, tant s'écrire et se lire reste à mes yeux quelque chose de doux, de joyeux, d'appliqué mais surtout pas sérieux !
Merci tout plein et pleinement pour votre temps et vos mots à vous.
Et puis à bientôt au détour d'autres lignes.
Avec vrai plaisir...

Publié le 07 Décembre 2018

Un joli texte sur l'"état" d'écriture qui montre l'obsession et l'intensité de notre vie quand on s'y colle.

Publié le 26 Novembre 2018

@Eva Verna, je t'ai dit que je t'aime ? Et est-ce que tu sais le nombre exact de bouquins que dégurgite annuellement l'édition française,dont les trois quarts ne sont pas même dignes du pilon ? Un gros baiser pour ta bouche, Eva Verna de mon coeur et des Galeries Lafayette réunis.

Publié le 21 Novembre 2018

Quel joli texte, flirter avec les mots, en jouer, les retourner, les caresser. Leur donner vie, du contenu, pas celui qu'on attend forcément. Etre objectif et suggestif, précis et poétique. Très jolie intervention à la hauteur de la qualité de votre roman.
Quant à vous Amalia, quand êtes vous éditée, nous sommes impatients ? Retournez à votre fado, pardon fadaises...

Publié le 21 Novembre 2018

Très bel exemple d'amphigourisme, de charabia, de baragouin, de galimatias, de sabir et de volapük. Bravo, Madame, il fallait le faire,et ça n'est pas à la portée de chacun.

Publié le 21 Novembre 2018