Conseil
16 juin 2015

Comment trouver son style ? Conseils pour travailler son écriture

Qu’on écrive des romans, des essais et même de la poésie, le style en littérature est un concept ambivalent. Il porte en lui une ambiguïté lourde. C’est à la fois la particularité et la singularité d’un auteur, et c’est en même temps un standard jugé collectivement comme un modèle idéal d’écriture. Chaque écrivain a bien sûr son rapport à l’écriture, au livre, au roman. Au 19ème siècle, la plupart des mythes littéraires étaient rapportés à la norme stylistique. Des trois grands on disait : Flaubert écrivait bien, Balzac écrivait mal, et Stendhal n’écrivait pas. Les règles à respecter et 5 conseils clés pour trouver votre style, le travailler et l’améliorer.
Comment travailler son style d'écriture ?Le style en littérature ne s'apprend pas, mais il se travaille...

Roman, essai, biographies… : un style ou des styles d’écriture ?

Dans sa version minimaliste, bien écrire, c’est écrire simple et clair.

Mais chaque époque, et surtout chaque transition d’époques, ont amené leur lot de surprises. Les libertés, les déliés, les trahisons de la langue, la liberté de non enchaînement ont souvent été les points de comparaison à l’académisme référent.

« Le parfait est toujours un peu médiocre » disait Jules Renard…

Et il est vrai que « le 3ème ou 4ème de la classe est souvent plus intéressant que le premier ».
Cela pose la question compliquée : faut-il être partisan d’un style ou le défenseur des styles ? En réalité le lecteur n’attend pas un style en particulier, il attend qu’il y ait du style. Et dès lors qu’il y a du style, celui-ci ne doit pas être un artifice de distinction mais au contraire une nécessité qui soit au service du fond.
Le style a été le tourment perpétuel de Flaubert, qu’il a abondamment traité dans ses Correspondances. Il prône la précision comme une force et se bat avec les répétitions. Son cauchemar : les assonances, les plis grammaticaux.

Mais bien écrire ne relève sans doute pas exclusivement de l’académisme.

Céline et Bataille nous marquent aujourd’hui, plus qu’Anatole France. Flaubert écrit de sa plume peut-être la plus belle définition d’un roman, et plus particulièrement du style qui l’anime :

   « Il faut que les phrases s’agitent dans un livre comme des feuilles dans une forêt,
                           toutes dissemblables en leurs ressemblances. »

 

Le style d’écriture est vraisemblablement la propriété propre de tout écrivain.

Le style est lié à l'identité de l'auteur. C’est sa signature, son empreinte

Il est certain que l’imitation d’autres auteurs n’est pas une solution très valorisante. Pour les romans comme les essais et comme tout type de littérature, le style ne s’invente pas. Le style est propre à chaque plume.
En revanche, l’influence inconsciente des grandes plumes est, dans certains cas, intéressante car elle agit sur le subconscient et n’empêche pas des développements de créativité propre.
Mais comme le dit Socrate « Connais-toi toi-même », la manière la plus intéressante de révéler son style c’est de garder pleinement son identité.

Le style est paradoxalement ce que le lecteur va percevoir en tout premier lieu

Il attire ou il repousse, c’est la première invitation au lecteur. Mais son pouvoir d’attractivité n’est pas infini. L’histoire, le fond vont prendre progressivement leur rôle, tôt si le style est médiocre, plus tard s’il séduit le lecteur. Un scénario passionnant perd tout son intérêt s’il est mal raconté. En revanche, d’un scénario banal, un bon écrivain peut faire un chef d’œuvre. Pourquoi Madame Bovary est devenu le symbole du romantisme piétiné ?
Pourquoi Le lys dans la vallée est l’incarnation de la flamme de la passion ou l’on se consume d’amour ? Pourquoi Le rouge et le noir est le roman de la psychologie ? Ce n’est pas le synopsis, ce n’est pas l’histoire qui font de ces œuvres des chefs-d’œuvre, c’est la manière dont elles sont menées, la manière dont le rythme est tenu, l’expression, la construction, le choix des phrases et des mots, leurs combinaisons, leurs enchaînements.
Le style élégant est si nécessaire, a dit Voltaire dans son Dictionnaire philosophique, à l'article Style, que sans lui « la beauté des sentiments est perdue ». On comprend avec lui alors, l’importance du style en littérature.

Savoir travailler son style

> En littérature, comme en peinture le style ne s’apprend pas, il se travaille

En réalité, pour travailler son propre style d’écriture, il ne faut pas suivre des règles prédéfinies. Il n’y a pas de mauvais style d’écriture. Au même titre qu’en peinture, personne n’a enseigné à Otto Dix l’expressionisme, personne n’a enseigné à Manet, Renoir ou Sisley l’impressionnisme, comme personne n’a enseigné à Picasso le cubisme, le style d’un auteur lui appartient. S’il ne s’est pas révélé, il est inhérent, il dort, il suffit de le réveiller.

> Y a-t-il un bon style, un mauvais style pour un romancier, un essayiste ou un poète ?

Tous les auteurs ont un style mais ne sont pas nécessairement pour cela de bons écrivains, car avoir un style n’est pas une fin en soi. Il ne faut pas se démarquer pour le simple fait de se distinguer des autres, mais plutôt se révéler et transmettre sa personnalité dans une forme de sincérité. Apprivoiser le langage, le revoir, le réinventer pour le faire sien, et trouver son style.

Qu’est ce qui définit le style en littérature ?

> Le style n'est autre chose que la manière de s'exprimer, il n'existe pas en soi

Aucun livre bien écrit ne correspond aux mêmes canons du bien écrit. Des écoles, à tord (Esthétiques, Poétiques, Rhétoriques) imposent un modèle ou un idéal, un canon du bien écrire ou du bien peindre. Elles le définissent, il est vrai que les auteurs qui s’y plient n’ont en général que peu de saveur. La loi des grammairiens ne doit pas prendre le pas sur la loi de la création, sous peine de devenir une discipline scientifique.

> Dans les arts, et particulièrement en littérature et dans les romans, le style est souvent imposé par les circonstances et l’environnement

Les hommes, par le truchement du sens collectif et de la culture, sentent et pensent en groupe. Il y a des modes de sentiments ou d'idées comme une mode pour les vêtements. Il y a des préjugés, des conventions, des usages dans l’ordre du bon goût et des conventions. En matière de style, c’est pareil. Des écoles, c’est à dire des élèves qui acceptent aveuglément les règles d'un maître, ne développent leur savoir-faire qu'à l'ombre de leurs règles, et cela est préjudiciable. Il arrive même, en peinture notamment, que la manière fusionne avec la sienne au point qu’on ne puisse pas reconnaître qui a fait quoi.

> Nationalités, lieux, nature ou âge, degré de développement d'une langue créent des écoles de style

Un contemporain de Socrate ne pouvait pas écrire comme un contemporain de Balzac, et, dans un autre art - puisqu'en un certain sens, toute littérature est donc liée à une langue - un contemporain de Goethe ne pouvait pas écrire comme un contemporain de Cervantès. A cet égard, la manière de s'exprimer est liée aux moyens dont l'artiste dispose.
La peinture à l’huile a révolutionné l’histoire et le style de la peinture. La poésie française avec l'évolution des exigences de la rime aussi. On peut parier que l’apparition de l’ordinateur modifie considérablement la manière d’écrire par une visualisation différente, souple, non figée de l’écrit. Le style est donc ainsi engagé ou asservi à des lois que l'artiste ou l'écrivain subit et qui voilent d’une certaine manière la transparence de sa personnalité.

5 conseils clés pour travailler son style en littérature

Comme nous l’avons précisé, l’écrit est le miroir de votre inconscient, de votre expérience de vie et de culture. Votre langage intérieur et votre mode d’expression, sont donc essentiels pour véhiculer vos émotions ou vos récits. Un bon style ne s’impose pas, il se hume, il s’apprivoise, il séduit, il surprend. Ne l’imposez pas de manière autoritaire s’il déplait à tout le monde. Vous risqueriez, au mieux de passer pour un auteur maudit et au pire pour un très mauvais romancier.

  • 1. Lire et écrire
    > L’exercice régulier de la lecture est la règle numéro un. D’abord pour prendre une leçon d’humilité, puis pour se repérer, se définir soi même. 
    > Il faut aussi écrire abondamment. Écrire sur tous les sujets par bribes : journal, expérience, sentiments, joies, déceptions. C’est là que l’essence de votre style apparaît.

  • 2. Diagnostiquer ses erreurs 
    > Se relire, évaluer la qualité des mots choisis, le rythme, la tournure, le glissement des idées, les enchaînements, la progression. Et surtout, paradoxe, avoir quelque chose à dire. Le style donnera un relief aux sentiments, aux sensations les plus éphémères quand elles sont bien amenées bien décrites, une goutte de pluie, un bateau qui passe, la démarche d’une femme…

  • 3. Ne pas, parce qu’on a un style, échapper aux règles académiques d’orthographe et de syntaxe.
    > Il ne faut pas se distinguer pour de mauvaises raisons. La simple provocation qui consiste à enfreindre les règles est bien sûr pénalisante. Comme en peinture, il faut prouver que l’on sait peindre avant de partir dans des abstractions libres.

  • 4. Imposer en douceur son style.
    > Le travail, quand il se sent, est pénalisant. Et si, pour conserver votre style, vous maltraitez le fond, le lecteur le ressentira. Une immense tirade, quelles qu’en soient les vertus stylistiques, peut gâcher un contexte ou le campement d’une situation. Un dialogue en langue banlieusarde peut lasser s’il dure dix pages (avec les exceptions qui confirment les règles).
    > Naturel et inspiré, le style est un véritable atout. Imposé et académisé, il peut abîmer vos écrits et surtout faire fuir le lecteur.

  • 5. Souscrire aux règles élémentaires universelles de l’écriture.
    > Choisir ses mots. La langue française recèle de nombreux mots. Souvent proches, leurs nuances apportent des saveurs particulières au récit selon leurs précisions, leurs contours ou leurs évocations.
    > Créer une cadence de récit. Si l’unité stylistique est importante, les ruptures de rythmes -dialogues, description, actions, retour en arrière- sont indispensables pour tenir le lecteur en éveil.
    > Être fluide. Permettre au lecteur de s’installer dans un récit. Les enchaînements sont essentiels, les digressions risquées. Choisir ses mots ne veut pas dire les surcharger de sens au travers d’expressions sophistiquées.
    Une lecture à voix haute est sans doute la meilleure épreuve à faire passer à votre roman, votre essai, votre témoignage…
    > Traquer les répétitions. Le cauchemar de Flaubert doit être aussi le vôtre. Anaphores, pléonasmes, utilisation de la même expression à deux pages d’écart donnent une dimension amateur à votre livre. Même aux grands écrivains.
    > Rechercher la précision et la simplicité. Re-lire et revenir toujours avec un œil neuf sur son manuscrit plusieurs fois, remplir les vides, évider les trop pleins, éliminer le superflu, chercher une autre manière de dire la même chose en plus simple, ausculter les adjectifs, vérifier l’utilité des mots.

Voilà en quelques mots le difficile labeur de l’écrivain quand il se penche sur les questions de style. 

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