Cher Antar Abdelaziz 77, j'ai lu ces derniers jours " Le Morisque " et je souhaitais vous décerner les 3 cœurs, ce que je ne fais pas systématiquement. En voici les raisons :
1) Sur la forme. Vous avez un style, il me semble, " classique " au sens presque du 19e siècle ( les Zola, Flaubert, Balzac ...). D'aucun le qualifierais peut-être de désuet. Je l'apprécie beaucoup. Il reste sobre, sans emphase, mais propose une rigueur, une beauté de la langue, une émotion, une sensualité parfois aussi ... bref je pense que vous maîtrisez vraiment bien cette partie du sujet, sans aucun doute. Le rythme des chapitres et des enchaînements m'a semblé aussi équilibré, harmonieux, ni trop ni pas assez, ... une sorte de tempérance du style bien agréable pour le lecteur.
2) Sur le fond, vous proposez une recette littéraire à trois ingrédients, ce qui la rend savoureuse. L'intrigue est ancrée (et bien encrée) dans l'histoire avec un grand H de ces périodes turbulentes du royaume d'Espagne. Les thématiques sont riches, empruntées peut-être un peu au Comte de Monte Cristo pour la trahison (sans la vengeance) et à Roméo et Juliette pour les amours impossibles. Enfin, il me semble que vous désirez transposer en partie ce passé dans notre présent où géopolitique, classes sociales, religions, pouvoir, autorité, loi ... s'entrechoquent pour donner un monde bien complexe dans lequel in fine émerge, comme dans votre roman, une grande violence (inquisition par exemple). En ce sens vous visitez le passé pour mieux aborder le présent et peut-être anticiper un futur.
3) Enfin sur la portée de l'opus, la force de son message. Même si vous désignez très clairement les bons et les méchants, vous dénoncez les dérives de la loi (divine ou non) qui prend le dessus sur la foi, le bon sens, et bestialise un tantinet l'humanité dans ses rapports sociaux.
Il reste que vous montrez aussi, il me semble, que rien n'est plus beau et plus fort que l'amour entre deux êtres, fussent-ils séparés par des barrières de castes ou religieuses ou politiques ... Et vous le narrez d'une façon qui laisse à penser que vous l'avez peut-être vécu personnellement dans votre histoire.
Pour conclure, on tourne les pages avec envie, et c'est bien cela le plus important. Nous sommes en présence d'un marqueur de la qualité d'une œuvre littéraire. Félicitations ! Bonne continuation avec les mots, les phrases, les chapitres et les personnages.
Publié le 10 Janvier 2026